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Ben Gvir exigera une loi qui pourrait annuler le procès pour corruption de Netanyahu

Le leader du Likud accuse les médias d'être responsables de l'ascension de Ben Gvir, dont il a lui-même orchestré l'entrée à la Knesset

Itamar Ben Gvir, député d'extrême droite israélien et leader d'Otzma Yehudit, visitant le marché Hatikva pendant sa campagne en vue des élections de novembre, à Tel Aviv, le 21 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
Itamar Ben Gvir, député d'extrême droite israélien et leader d'Otzma Yehudit, visitant le marché Hatikva pendant sa campagne en vue des élections de novembre, à Tel Aviv, le 21 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Itamar Ben Gvir exigera une loi qui permettra l’annulation du procès pour corruption du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, selon un enregistrement du législateur d’extrême droite diffusé dimanche.

Le site d’information Ynet a obtenu l’enregistrement de Ben Gvir s’exprimant lors d’un événement au début du mois, peu après que son partenaire politique, le leader du parti HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, a dévoilé un programme de grande envergure de réformes judiciaires radicales qui, s’il était adopté, réduirait considérablement l’autorité judiciaire et pourrait mettre un terme au procès du chef du Likud, Benjamin Netanyahu.

Smotrich et le Likud de Netanyahu s’étaient empressés à l’époque de nier que les réformes proposées auraient un impact sur le procès pour corruption en cours de l’ancien Premier ministre.

Cependant, Ben Gvir a déclaré que s’il était membre du prochain gouvernement, il favoriserait l’adoption d’une loi dite « française », qui interdirait à la police d’enquêter sur des soupçons de corruption à l’encontre de Premiers ministres en exercice.

En outre, Ben Gvir a déclaré qu’il insisterait pour que la législation soit appliquée rétroactivement, ce qui signifie que le procès de Netanyahu serait annulé.

« En ce qui concerne la loi française, ma position est sans équivoque – beaucoup plus que celle de Smotrich. Je vais exiger une loi française rétroactive », a déclaré Ben Gvir.

L’ex-Premier ministre et député Benjamin Netanyahu arrivant pour une audience lors de son procès, au tribunal de Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Ben Gvir a déclaré qu’il ne croyait pas que la loi serait annulée par le système judiciaire.

« Je crois que cela passera sûrement l’épreuve de la Cour Suprême. Les juges de la Haute Cour – n’oubliez pas que je suis avocat – comprendront la logique et l’objectif de cette loi », a déclaré Ben Gvir. Avant d’entrer à la Knesset, l’ultra-nationaliste était un avocat spécialisé dans la défense des Juifs soupçonnés de terrorisme.

Le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir, qui fait partie de l’alliance du parti HaTzionout HaDatit, n’a pas nié avoir fait ces commentaires.

Netanyahu a affirmé qu’il ne permettrait pas l’annulation de son procès, affirmant au contraire que le dossier de l’accusation était sur le point de s’effondrer de lui-même.

Les critiques de la droite, à l’encontre des tribunaux et des forces de l’ordre, se sont intensifiées ces dernières années, alors que Netanyahu est jugé pour corruption et affirme – sans preuve – que ces accusations font partie d’un effort de ses rivaux politiques, des procureurs et des médias pour le chasser du pouvoir.

Netanyahu, qui est accusé de fraude d’abus de confiance dans trois affaires distinctes ainsi que de corruption dans l’une d’entre elles, nie tout acte répréhensible.

Le ministre de la Justice, Gideon Saar, n’a pas tardé à critiquer le plan de Ben Gvir, affirmant qu’il créerait un « paradis pour la corruption gouvernementale ».

« Le bloc Netanyahu est coordonné : l’abolition du procès et l’établissement de la République de Bibi – un paradis pour la corruption gouvernementale, où la Knesset et le gouvernement seront des refuges pour les criminels », a tweeté Saar, utilisant le surnom du leader du Likud.

Le ministre de la Justice, Gideon Saar, arrivant pour une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/POOL)

Cet article a été publié quelques heures après que Ben Gvir a déclaré qu’il n’était pas satisfait de la conduite de Netanyahu et qu’il pensait qu’il pourrait être mis sur la touche après les élections en faveur du parti du ministre de la Défense Benny Gantz, HaMahane HaMamlahti.

« J’ai du mal à digérer ce comportement parce qu’au final, je me suis mis en danger pour lui », a déclaré Ben Gvir au site d’information Ynet.

« Que ce soit à cause de l’union que j’ai formée avec le leader du parti  HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, ou en raison de mon amour inconditionnel pour lui. Il sait que je l’aime plus que de nombreux membres de la Knesset appartenant au Likud », a déclaré Ben Gvir.

Ben Gvir et Netanyahu auraient convenu de ne pas cibler les électeurs de l’autre. Cependant, à l’approche des prochaines élections législatives, les deux partis se battent pour obtenir des sièges à la Knesset.

Le législateur d’extrême-droite a déclaré que, tout en continuant à travailler à la formation d’un gouvernement de droite dirigé par Netanyahu, il pensait qu’il y avait une chance qu’il soit écarté en faveur du parti de centre-droit HaMahane HaMamlahti de Gantz si les calculs électoraux ne lui étaient pas favorables.

« Je ne suis pas naïf. Je sais que si j’obtiens moins que Gantz, ils pourraient préférer Gantz à moi », a-t-il déclaré.

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’exprimant lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 20 octobre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Gantz et Netanyahu ont tous deux juré de ne pas siéger l’un avec l’autre dans un gouvernement après les élections.

« Si le Likud a commencé à siphonner des sièges, il se pourrait que quelqu’un là-bas prépare un gouvernement avec Gantz », a déclaré Ben Gvir.

De nombreux sondages récents ne montrent pas ou peu de changement dans la taille des blocs, mais plutôt des mouvements internes, les électeurs changeant d’allégeance entre les partis.

La plupart des sondages, bien que peu fiables, estiment que le parti de Ben Gvir remportera plus de sièges que celui de Gantz.

« Netanyahu m’a dit, à d’innombrables reprises, que j’étais le seul à faire venir de jeunes électeurs de l’extérieur du bloc [de droite], qu’il le voyait dans tous ses sondages. Il est donc possible qu’il ait un de ses conseillers qui le pousse vers un plan différent », a déclaré Ben Gvir.

Bien que Ben Gvir et Netanyahu se rencontrent régulièrement, le leader du Likud a veillé à ce que les deux hommes ne soient pas photographiés ensemble.

Ben Gvir a également fait référence aux commentaires de samedi de député Ram Ben Barak du parti Yesh Atid du Premier ministre Yair Lapid, qui a évoqué le dictateur nazi Adolf Hitler tout en s’en prenant à un gouvernement potentiel que Netanyahu pourrait former avec l’extrême-droite.

« Vous pouvez vous dire que la politique est ce qu’elle est, mais Yair Lapid aurait dû l’évincer à ce moment-là », a déclaré Ben Gvir.

Le député Ram Ben Barak à la Knesset, à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une interview avec Radio Galey Israël, Netanyahu a blâmé les médias pour l’ascension de Ben Gvir, dont il a lui-même organisé l’entrée à la Knesset et qui, selon ce dernier, « pourra certainement » être ministre dans son éventuel cabinet.

« Pourquoi les médias mettent-ils en avant Ben Gvir de cette manière, vous l’êtes-vous demandé ? Parce qu’ils savent quel est le plan de Lapid – prendre des sièges au Likud pour donner l’équivalent à Lapid. Il ne fait aucun doute que je les chéris en ce moment – il ne peut y avoir d’autre gouvernement qu’un gouvernement de droite », a déclaré Netanyahu.

Les derniers sondages réalisés par les chaînes de télévision avant les élections du 1er novembre prévoient tous que le bloc religieux de droite de Netanyahu n’obtiendra pas la majorité à la Knesset, qui compte 120 sièges.

Selon trois sondages, le Likud de Netanyahu devrait remporter 30 à 31 sièges et être le plus grand parti.

Le parti Yesh Atid du Premier ministre Yair Lapid devrait remporter 24 à 27 sièges, tandis que le parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit, aligné sur le bloc de Netanyahu, devrait être le troisième parti de la Knesset avec 14 à 15 sièges.

Le député Itamar Ben Gvir, à droite, et le député Bezalel Smotrich, à gauche, lors d’un événement de campagne électorale à Sderot, le 26 octobre 2022. (Crédit : Flash90)

Dans le but d’améliorer ses chances de revenir au pouvoir avant les élections précédentes, Netanyahu avait orchestré un accord de fusion avec HaTzionout HaDatit qui a assuré l’entrée du parti extrémiste, Otzma Yehudit, de Ben Gvir à la Knesset. Il s’est efforcé de soutenir un accord similaire avant les prochaines élections du 1er novembre.

Ben Gvir est le numéro 2 de la liste du parti HaTzionout HaDatit, ce qui lui permet de se positionner pour obtenir un poste de ministre de premier plan si Netanyahu parvenait à former le type de coalition religieuse de droite dure sur laquelle il a fondé sa campagne.

Ben Gvir se décrit comme un disciple du rabbin extrémiste et ancien député Meir Kahane, dont le parti Kach a été interdit et déclaré groupe terroriste dans les années 1980, tant en Israël qu’aux États-Unis. Comme feu Kahane, Ben Gvir a également été condamné pour terrorisme, bien qu’il insiste sur le fait qu’il est devenu plus modéré ces dernières années et qu’il n’a pas les mêmes croyances que le fondateur du Kach.

Ben Gvir a été condamné pour incitation au racisme en 2007 pour avoir tenu une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Expulsez l’ennemi arabe » lors d’une manifestation.

Le législateur d’extrême-droite avait également accroché au mur de sa maison à Hébron une photo de Baruch Goldstein, qui, en 1994, a massacré 29 Palestiniens en train de prier au Tombeau des Patriarches, à Hébron. Il a retiré la photo lorsqu’il est devenu évident qu’elle lui portait préjudice sur le plan politique. Récemment, Ben Gvir a déclaré qu’il ne considérait « plus Goldstein comme un héros ».

Le mois dernier, un candidat à la Knesset pour Otzma Yehudit a été filmé en caméra cachée en train de dire que la récente modération des positions extrémistes de son parti était une « ruse » pour entrer à la Knesset, laissant entendre que les membres avaient en réalité des idéologies beaucoup plus extrêmes.

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