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Bennett : 15 000 Israéliens doivent être évacués d’Ukraine en urgence d’ici mardi

Le Premier ministre estime que la fenêtre pour les évacuations est en train de se fermer, selon Washington ; les compagnies aériennes préparent des vols spéciaux en urgence

Les militaires ukrainiens de la 92e Brigade mécanisée mènent des exercices à balle réelle près de la ville de Chuguev, dans la région de Kharkiv, le 10 février 2022. (Crédit : Sergey Bobok/AFP)
Les militaires ukrainiens de la 92e Brigade mécanisée mènent des exercices à balle réelle près de la ville de Chuguev, dans la région de Kharkiv, le 10 février 2022. (Crédit : Sergey Bobok/AFP)

Le Premier ministre Naftali Bennett cherche à évacuer autant d’Israéliens que possible de l’Ukraine d’ici mardi, au milieu des craintes croissantes d’une invasion russe, selon des informations publiées samedi.

Les responsables israéliens pensent que le temps presse, et que l’évacuation doit être terminée avant mercredi matin. La liste des pays appelant leurs ressortissants à quitter l’Ukraine ne cesse de s’allonger, avec notamment les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Canada, la Norvège ou encore l’Australie, le Japon.

Il y a 4 500 Israéliens enregistrés auprès de l’ambassade d’Israël en Ukraine, a déclaré le ministère des Affaires étrangères au Times of Israel. Le ministère a estimé qu’il y a entre 10 000 et 15 000 Israéliens dans le pays.

L’administration Biden a averti Israël que la Russie pourrait envahir l’Ukraine dans les prochains jours, selon les informations publiées samedi. Washington a insisté vendredi sur le risque d’une invasion « imminente » de l’Ukraine par la Russie, qui a massé plus de 100 000 soldats près de la frontière et vient d’entamer des manoeuvres militaires en mer Noire et au Bélarus, encadrant de facto le pays.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, lors de sa rencontre avec le président américain Joe Biden au Bureau ovale, à la Maison Blanche de Washington, le 27 août 2021. (Crédit : (GPO)

Depuis les premiers déploiements de troupes près de l’Ukraine, en novembre, Moscou nie toute intention d’invasion, mais réclame la fin de l’expansion de l’Otan et du soutien de l’Occident à cette ex-république soviétique, qu’elle considère comme faisant partie de sa sphère d’influence.

Ajoutant aux tensions, la Russie a lancé samedi de nouvelles manoeuvres navales en mer Noire pour s’exercer à « défendre » la Crimée, péninsule annexée en 2014. Le ministère de la Défense a par ailleurs affirmé que la marine russe avait chassé un sous-marin américain de ses eaux dans l’océan Pacifique samedi.

Faux, a répondu Washington : « Il n’y a aucune vérité dans les affirmations russes concernant nos opérations dans leurs eaux territoriales », a démenti l’armée américaine. Les Occidentaux excluent d’engager leurs armées en cas de guerre, mais ont prévu des représailles économiques dévastatrices.

Les compagnies aériennes israéliennes ont commencé à augmenter le nombre de vols vers l’Ukraine pour faciliter l’évacuation. Les compagnies aériennes israéliennes El Al, Israir et Arkia offrent des vols de secours.

Le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré samedi qu’il avait chargé Tsahal de se préparer à la possibilité d’aider à évacuer les Israéliens de l’Ukraine.

Des sources militaires ont indiqué au site d’information de Walla que le scénario était considéré comme une option en dernier recours, et que les compagnies aériennes civiles seraient le mode de transport privilégié dans une opération d’évacuation.

Le bureau de Gantz a déclaré que toute aide de Tsahal « dépendrait des scénarios et des évaluations de la situation ».

Bennett aurait ordonné aux ministres du gouvernement de ne pas se prononcer publiquement sur les actions de la Russie et de limiter les commentaires publics à l’évacuation des Israéliens d’Ukraine. Israël entretient une relation délicate avec la Russie en raison de l’alliance de Moscou avec la Syrie, où Israël mène depuis des années des frappes contre des cibles liées à l’Iran.

Le Premier ministre Naftali Bennett à la Knesset de Jérusalem, le 7 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jérusalem est en contact avec Washington au sujet de la crise en Ukraine, et reçoit des mises à jour régulières des Américains, y compris après que le président américain Joe Biden s’est entretenu samedi avec son homologue russe Vladimir Poutine, a rapporté Ynet.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a commencé à travailler sur des plans d’urgence. Bien que les familles du personnel de l’ambassade et les familles des diplomates soient évacuées pour leur sécurité, l’ambassade elle-même continuera de fonctionner et sera même renforcée par du personnel supplémentaire en provenance d’Israël afin de renforcer les services consulaires pour les Israéliens qui souhaitent quitter le pays.

Samedi, le ministère des Affaires étrangères a publié un nouvel avertissement « plus strict » à l’attention de l’Ukraine, exhortant les Israéliens actuellement dans le pays à le quitter « le plus tôt possible ». Les Israéliens qui prévoient de se rendre en Ukraine devraient annuler leurs voyages, a ajouté le ministère.

Le ministre des Affaires de la diaspora, Nachman Shai, a déclaré qu’Israël doit également commencer à préparer des plans pour l’ « immigration d’urgence » des Juifs en provenance d’Ukraine en cas d’invasion russe.

L’Agence juive a déclaré samedi qu’elle évacuerait une partie de son personnel et leurs familles dimanche. Les émissaires qui dirigent l’Agence resteront en Ukraine, a rapporté Walla.

Des militaires ukrainiens pendant un exercice dans la région de Donetsk, dans l’Est de l’Ukraine, le 10 février 2022. (Crédit : AP Photo/Vadim Ghirda)

Samedi, Bennett a appelé les citoyens israéliens à quitter l’Ukraine immédiatement, après deux réunions qu’il a tenues avec des hauts responsables de la sécurité et des diplomates.

« Il a été convenu d’augmenter les mises en garde liées aux voyages dans cette région, tout en appelant les citoyens israéliens à partir immédiatement », a déclaré le porte-parole de Bennett.

Plus tôt samedi, le chef de bureau du Premier ministre, un Juif pratiquant, a déclaré que la première réunion en ce jour de repos juif avait eu lieu « pour accélérer les préparatifs en vue d’évacuer les Israéliens du pays ».

Bennett a rencontré samedi Lapid, Gantz, le chef d’état-major de Tsahal Aviv Kohavi, le conseiller à la sécurité nationale Eyal Hulata, le chef du Shin Bet Ronen Bar et d’autres, au sujet de la crise.

Biden a averti Poutine, lors d’un appel téléphonique de 62 minutes samedi, que les États-Unis « réagiront de façon décisive et imposeront des sanctions rapides et sévères envers la Russie » si elle envahit l’Ukraine.

Selon un compte rendu de la Maison-Blanche, Biden a souligné que « bien que les États-Unis demeurent prêts à s’engager dans la diplomatie, en pleine coordination avec nos alliés et partenaires, nous sommes également prêts à d’autres scénarios ».

Des tanks et des blindés pendant un entraînement militaire conjoint entre la Biélorussie et la Russie au champ de tir de Brestsky, en Biélorussie, le 4 février 2022. (Crédit : Service de presse du ministère russe de la Défense via AP, File)

Les efforts diplomatiques marqués par une frénésie d’appels téléphoniques entre les dirigeants occidentaux et Moscou ont échoué à atténuer les tensions autour de l’Ukraine, le Kremlin dénonçant « l’hystérie » américaine et Biden menaçant Poutine de « répercussions sévères et rapides » en cas d’attaque.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a quant à lui mis en garde samedi, après son entretien avec son homologue Sergueï Lavrov, contre une possible « provocation » russe, prétexte à la guerre. « Personne ne devrait être surpris si la Russie déclenche une provocation ou un incident qu’elle utilise ensuite pour justifier une action militaire qu’elle avait planifiée depuis le début », a-t-il dit.

Lors d’une discussion avec le président français Emmanuel Macron, Vladimir Poutine a critiqué les « livraisons d’ampleur d’armements modernes » à son voisin, estimant qu’elles créaient « les conditions préalables à de possibles actions agressives des forces ukrainiennes » dans l’Est de l’Ukraine, où la Russie soutient depuis huit ans des séparatistes armés.

La compagnie aérienne KLM a annoncé samedi la suspension jusqu’à nouvel ordre des vols vers l’Ukraine.

Moscou a aussi rappelé une partie de son personnel diplomatique, affirmant craindre des « provocations » adverses.

Les Etats-Unis ont également ordonné le départ de l’essentiel du personnel de l’ambassade américaine à Kiev, relevant qu’une offensive russe pouvait « commencer à tout moment et sans avertissement ».

Le Canada a quant à lui annoncé samedi fermer temporairement son ambassade à Kiev et déplacer ses opérations dans un bureau temporaire à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine.

Et l’Australie a annoncé dimanche évacuer ses derniers diplomates encore en poste à Kiev, déplaçant elle aussi ses activités à Lviv.

Le Président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky, interviewé dans son bureau à Kiev, le 18 janvier 2020. (Service de presse du Bureau du Président de l’Ukraine)

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a pour sa part une nouvelle fois jugé les déclarations américaines trop alarmistes. « Toutes ces informations (quant à une éventuelle attaque) ne font que provoquer la panique et ne nous aident pas », a-t-il dit.

A Kiev, des milliers de manifestants ont défilé samedi, disant refuser de céder à la panique justement, même s’ils prennent la menace au sérieux. « La panique, ça sert à rien. Il faut s’unir et lutter pour notre indépendance », déclare l’étudiante Maria Chtcherbenko, tenant une pancarte « Je reste calme. J’aime l’Ukraine ».

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