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Bennett et Netanyahu s’accrochent à la session d’ouverture à la Knesset

Le Premier ministre affirme que le précédent gouvernement a dirigé "deux ans de stagnation" ; le chef de l'opposition accuse la coalition "d'abandonner les citoyens à la mort"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

  • Le Premier ministre Naftali Bennett à côté du président israélien Isaac Herzog lors d'un discours à la Knesset à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit :   Menahem KAHANA / AFP)
    Le Premier ministre Naftali Bennett à côté du président israélien Isaac Herzog lors d'un discours à la Knesset à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
  • Le leader de l'opposition et ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de l'ouverture de la session d'hiver à la Knesset de Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
    Le leader de l'opposition et ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de l'ouverture de la session d'hiver à la Knesset de Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
  • La députée Likud May Golan exclu de la séance plénière lors de la session d'ouverture de la Knesset, le 4octobre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
    La députée Likud May Golan exclu de la séance plénière lors de la session d'ouverture de la Knesset, le 4octobre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
  • Le président Isaac Herzog lors d'un discours à la Knesset à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit :  Kobi Gideon/GPO)
    Le président Isaac Herzog lors d'un discours à la Knesset à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le lancement de la session d’hiver à la Knesset a été glacial lundi, le Premier ministre Naftali Bennett et son prédécesseur Benjamin Netanyahu éreintant leur gouvernance et leurs politiques respectives. Plusieurs membres de l’opposition ont été exclus de la séance plénière pour avoir chahuté Bennett au début d’un discours qui a souligné les résultats ostensibles obtenus par son gouvernement.

Dans une litanie de plaintes furieuses, le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu a accusé le gouvernement « d’abandonner les citoyens à la mort », prétendant que ce dernier avait trop tardé à lancer la campagne d’administration d’une injection de rappel dans le cadre de la crise de la COVID-19, même si Israël a été le tout premier pays dans le monde à proposer une troisième dose de vaccin.

Netanyahu, qui s’est adressé aux députés après le discours prononcé par le Premier ministre, a déclaré que le gouvernement avait toléré la mort de 1 400 Israéliens en l’espace de trois mois – trois mois marqués par la présence sur le territoire du variant Delta, très contagieux.

« Bennett, vous aviez fait la promesse que lorsque vous seriez Premier ministre, vous introduiriez un changement spectaculaire dans la politique de lutte contre le coronavirus. Vous aviez raison : vous avez en effet changé les choses mais pour le pire », a dit Netanyahu.

« Il y a quatre mois, quand nous étions au pouvoir, l’Indice de Bloomberg avait placé Israël à la cinquième place dans le monde au classement des pays luttant le mieux contre le coronavirus. Aujourd’hui, alors que vous êtes à la barre, Israël est 41e sur 53 pays. Presque au bas de la liste de tous les pays examinés », a continué l’ex-chef de gouvernement.

Dans son allocution, en contraste, Bennett est entré dans le détail des « grandes réussites », a-t-il affirmé, de la nouvelle coalition au cours de ses 113 jours d’existence et il a mis en cause le gouvernement précédent qu’il a accusé de « négligences en série ».

Le Premier ministre Naftali Bennett à côté du président israélien Isaac Herzog lors d’un discours à la Knesset à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

« Tous les ministres du cabinet et chaque membre de cette coalition se battent bec et ongles pour maintenir les revenus et les moyens d’existence des citoyens d’Israël. Nous nous battons et nous remportons la victoire », a-t-il déclaré.

« Nous avons traversé deux années de stagnation : sur le nucléaire iranien, dans le logement, sur le dossier de l’important trafic routier », a-t-il continué, se référant aux gouvernements de transition qui avaient dirigé le pays au cours des quatre campagnes électorales qui se sont succédées depuis 2019. « Pendant deux ans, tout a été bloqué. Trois mois et demi après les débuts de ce gouvernement, nous pouvons d’ores et déjà en voir les résultats : Israël est ouvert, nous avons pu célébrer ouvertement les Grandes fêtes malgré les prédictions de confinement ».

Le Premier ministre a vanté la politique mise en place par la coalition dans le cadre de la pandémie de COVID, une politique qui s’appuie sur la nécessité d’éviter les confinements et de garder l’économie aussi ouverte que possible. L’opposition, pour sa part, a riposté, hurlant que ces choix avaient coûté de nombreuses vies.

« Nous sommes en train de stopper le variant Delta, et nous l’avons fait sans un jour de confinement. L’État d’Israël est ouvert – quelque chose qui était, dans le passé, tenu pour acquis ne l’est plus », a-t-il continué.

La députée Likud Galit Distal Atbaryan a crié en guise de réponse : « Vous êtes un escroc, vous êtes un menteur, vous êtes le pire qui ait pu arriver à ce pays ».

May Golan, une autre législatrice du Likud, a renchéri : « Vous êtes le pire Premier ministre que nous ayons connu ».

Les deux femmes ont été exclues de la séance plénière aux côtés d’autres parlementaires du parti, David Amsalem, Shlomo Karhi, et Keti Shitrit. Tous avaient fait l’objet de mises en garde répétées de la part du président de la Knesset, Micky Levy, leur demandant de ne pas interrompre le discours du chef de gouvernement.

La députée Likud May Golan exclu de la séance plénière lors de la session d’ouverture de la Knesset, le 4octobre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Netanyahu, dans son allocution, a aussi affirmé que le gouvernement avait affiché de la tolérance à l’égard des activités nucléaires de l’Iran après avoir convenu de coordonner ses activités militaires avec les États-Unis et de ne pas s’opposer à la reprise potentielle d’un accord.

« Avez-vous perdu l’esprit ? », a-t-il demandé, attaquant Bennett pour ne pas s’être opposé à l’accord pendant son récente prise de parole à l’Assemblée générale des Nations unies. « Vous l’acceptez comme un fait accompli ».

Le leader de l’opposition et ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de l’ouverture de la session d’hiver à la Knesset de Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Netanyahu a aussi estimé que le gouvernement était incapable de traiter de manière appropriée le terrorisme iranien et palestinien.

« Il n’y a pas d’esprit de leadership, il n’y a pas de réaction, il n’y a pas de prise de décision, il n’y a que des relations publiques », a-t-il indiqué, prétendant que les médias servaient de porte-parole au gouvernement.

Alors que l’échéance de l’adoption d’un budget est le principal défi que doit actuellement relever le gouvernement, Bennett a également profité de son intervention pour faire l’éloge du plan financier proposé en évoquant « une aubaine pour l’État d’Israël ».

Le Premier ministre Naftali Bennett à côté du président israélien Isaac Herzog lors d’un discours à la Knesset à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Le budget passe en première lecture, il passera en deuxième et en troisième lecture bientôt avec l’aide de Dieu », a affirmé le Premier ministre. « Je voudrais féliciter mon ami, le ministre des Finances [Avigdor} Liberman, pour ce résultat et féliciter aussi tous les membres du gouvernement ».

Le rejet des deux projets de loi budgétaires à la Knesset – qui doivent être approuvés à la date-butoir récemment réexaminée du 14 novembre – entraînerait la dissolution automatique du Parlement, ce qui imposerait l’organisation de nouvelles élections.

Le budget est un test crucial pour le gouvernement de Bennett qui s’efforce de consolider sa mainmise sur le pouvoir.

Le mois dernier, la Knesset a donné son approbation en première lecture au budget de l’État pour l’année 2021-2022, un tournant majeur pour la coalition. La proposition a été approuvée après la conclusion d’accords entre les partis de la coalition sur différents sujets de discorde. Le projet de loi est actuellement réexaminé et il devra être adopté en deuxième et en troisième lecture avant d’être ancré dans la loi.

Israël n’a pas approuvé de budget depuis 2019 – année où le pays s’est retrouvé dans une impasse politique qui a duré deux ans.

Bennett a aussi profité de son discours pour dire aux membres de la Knesset que des agents de l’agence d’espionnage du Mossad avaient mené une opération pour retrouver Ron Arad, soldat israélien qui avait été kidnappé en 1986 au Liban par le groupe Amal et qui est porté-disparu depuis 1988.

Le navigateur de l’armée de l’air Ron Arad, disparu en 1986, dans sa combinaison de vol. (Crédit : Armée de l’air israélienne)

« Cela a été une opération complexe, une opération d’envergure. C’est tout ce que je peux dire pour le moment », a commenté Bennett. « Nous avons à nouveau tenté de mieux comprendre ce qui est arrivé à Ron ».

Bennett a remercié le personnel du Mossad, jurant de « continuer à lutter pour permettre à nos soldats, partout où ils se trouvent, de revenir dans leur foyer ».

Les attaques cinglantes de l’opposition contre Bennett ont eu lieu malgré l’appel lancé, quelques minutes auparavant, par le président Isaac Herzog qui avait demandé une reprise du « dialogue courtois, raisonnable » entre la coalition et l’opposition.

Le président Isaac Herzog lors d’un discours à la Knesset à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Même dans la frénésie des débats, n’oubliez pas cela : Les arguments de fond, oui ; donner une légitimité à la brutalité, non », avait dit Herzog.

Suppliant presque les législateurs auxquels il s’adressait, le président avait insisté : « Il n’y a pas d’autre voie possible que le dialogue, que le processus persistant, pragmatique, et éclairé de la réforme institutionnelle du renforcement de l’équilibre du pouvoir entre les instances gouvernantes en Israël ».

« Et cela peut se faire. Cela doit se faire », avait-il ajouté.

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