Biden, l’ami d’Israël, contre les implantations, serait en désaccord sur l’Iran
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Biden, l’ami d’Israël, contre les implantations, serait en désaccord sur l’Iran

En 1982, le jeune sénateur du Delaware a affronté Menachem Begin de manière "intense", mais Netanyahu considère désormais le président élu comme "un membre de notre famille"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) rencontre le vice-président des États-Unis Joe Biden à Jérusalem, 2010. (Avi Ohayun/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) rencontre le vice-président des États-Unis Joe Biden à Jérusalem, 2010. (Avi Ohayun/GPO)

Joe Biden, le 46e président des États-Unis nouvellement désigné, est un véritable ami de l’État juif, les amis et même les adversaires politiques du nouveau président élu en conviennent.

« Il a un sentiment profond pour Israël », a confié Michael Oren, qui a été ambassadeur d’Israël aux États-Unis lorsque Biden était vice-président. Oren s’est opposé à presque toutes les politiques du Moyen-Orient défendues par Biden et son patron, Barack Obama, en particulier sur l’Iran et la question israélo-palestinienne. Pourtant, il participe chaque année à la fête de Rosh HaShana de Biden, et affirme que l’ancien sénateur du Delaware se préoccupe réellement du bien-être d’Israël.

« Biden est d’une génération qui se souvient de 1967 et 1973 », a indiqué Oren, en faisant référence à la guerre des Six jours et à la guerre de Kippour, respectivement. « Il a Israël dans son cœur. Il l’a vraiment compris. Il comprend Israël. »

Originaire de Scranton, en Pennsylvanie, Biden a été élevé par des parents catholiques qui soutenaient fermement Israël et lui ont inculqué un grand respect pour l’État juif.

« Vous avez été bénis par l’une des plus grandes générations de pères et mères fondateurs de toutes les nations de l’histoire du monde – [David] Ben Gurion, [Golda] Meir, [Menachem] Begin, [Ariel] Sharon, [Yitzhak] Rabin, [Shimon] Peres. Ils ont tous fait d’Israël une démocratie vivante », a-t-il déclaré en 2015.

« Et ce faisant, vous avez construit l’une des sociétés les plus innovantes de la planète. Ce faisant, vous avez défendu votre patrie et êtes devenu l’armée la plus puissante de toute la région. Et toutes ces années plus tard, les choses ont changé, mais le danger existe toujours », a-t-il ajouté. « Et le simple fait d’être un Israélien – cela demande toujours un courage hors du commun ».

Meir et Begin

Biden a connu tous les Premiers ministres israéliens depuis Golda Meir, « et plus que de manière occasionnelle », a-t-il fait remarquer.

Il a raconté à plusieurs reprises l’histoire de sa rencontre avec Golda Meir à l’été 1973, lors de son premier voyage à l’étranger en tant que jeune sénateur : la Première ministre israélienne lui a montré des cartes et lui a parlé de la situation militairement précaire dans laquelle se trouvait son pays. Biden avait l’air déprimé, mais Meir lui a remonté le moral en lui disant que les Israéliens disposaient d’une arme secrète contre les Arabes : ils n’ont nulle part ailleurs où aller.

Pendant ses décennies de politique, Biden – qui a des petits-enfants juifs, puisque deux de ses trois enfants ont épousé des Juifs – a rencontré d’innombrables dirigeants mondiaux. Mais il décrit toujours ses relations avec Golda Meir comme « l’une des rencontres les plus importantes que j’ai eues dans ma vie ».

A gauche, le tout nouveau jeune sénateur démocrate du Delaware, Joe Biden, au Capitole de Washington, le 13 octobre 1972 – à droite, la Première ministre israélienne Golda Meir s’exprime devant les Nations unies le 22 d’octobre 1970. (Crédit : AP photos)

Moins connue est la rencontre avec son successeur Menachem Begin quelques années plus tard, que le New York Times a décrite à l’époque comme une « confrontation hautement chargée d’émotion ».

En juin 1982, quelques jours après le début de la guerre du Liban, connue sous le nom d’opération « Paix pour la Galilée », Begin a rencontré la commission des relations étrangères du Sénat à Washington. Plusieurs députés l’ont interrogé sur l’usage disproportionné de la force par Israël.

« Le jeune sénateur s’est levé et a prononcé un discours très passionné – je dois dire que cela fait longtemps que je n’ai pas entendu un orateur aussi talentueux – et il a en fait soutenu l’opération ‘Paix pour la Galilée' », a déclaré M. Begin aux journalistes israéliens après son retour à Jérusalem.

Le sénateur – Biden – a déclaré qu’il irait encore plus loin qu’Israël, ajoutant qu’il repousserait avec force quiconque chercherait à envahir son pays, même si cela impliquait de tuer des femmes ou des enfants.

« Je me suis dissocié de ces remarques », a déclaré M. Begin. « Je lui ai dit : non, monsieur ; il faut faire attention. Selon nos valeurs, il est interdit de faire du mal aux femmes et aux enfants, même en temps de guerre… Parfois, il y a aussi des victimes parmi la population civile. Mais il est interdit d’aspirer à cela. C’est un critère de la civilisation humaine que de ne pas faire de mal aux civils. »

Le Premier ministre Menachem Begin, (à gauche), est escorté par le secrétaire d’État Alexander Haig à l’arrivée de Begin à Washington, le 9 septembre 1981. (AP Photo, File)

Mais alors que Biden avait de la sympathie pour les actions de Jérusalem au Liban, il a fait savoir qu’il s’opposait aux implantations israéliennes en Cisjordanie. Il a averti Begin qu’Israël « perdait le soutien de son pays à cause de la politique des implantations », selon le Times.

« Il a laissé entendre – plus encore – que si nous poursuivons cette politique, il est possible qu’il propose de réduire notre aide financière », a rappelé M. Begin. « Et je lui ai donné une réponse claire à ce sujet : monsieur, ne nous menacez pas de réduire l’aide. Tout d’abord, vous devez savoir que ce n’est pas à sens unique. Vous nous aidez, et nous vous en sommes très reconnaissants ; mais c’est une rue à double sens : nous faisons beaucoup pour vous. Et aussi dans les récentes batailles, nous avons beaucoup fait pour les États-Unis ».

Begin, dans son discours, a averti le jeune sénateur du Delaware que « si à un moment quelconque vous nous demandez de céder sur un principe auquel nous croyons, tout en menaçant de réduire l’aide, nous n’abandonnerons pas le principe auquel nous croyons ».

C’était « une discussion animée » qu’il a trouvé « très utile », a conclu M. Begin.

Le plus admirable chez vous, c’est que vous ne nous avez jamais demandé de nous battre pour vous. Mais je vous promets que si vous étiez attaqués et accablés, nous nous battrions pour vous, à mon avis

Il existe différentes versions de cette réunion. Selon l’une d’entre elles, Biden avait non seulement élevé la voix, mais aussi frappé du poing sur la table à deux reprises. « Ce bureau est conçu pour écrire, pas pour les poings », a déclaré Begin au sénateur.

Et dans sa réfutation de la menace apparente de Biden de refuser l’aide, Begin aurait lancé, selon certaines versions : « Je suis un juif fier. Trois mille ans de culture sont derrière moi, et vous ne me ferez pas peur avec des menaces ».

Pas d’excuses pour le soutien à Israël

C’est peut-être la réaction énergique de Begin qui a poussé Biden à abandonner à jamais l’idée de menacer de réduire l’aide à l’État juif. Depuis, il est l’un des plus ardents défenseurs de l’aide américaine à Israël.

« Il est temps que nous arrêtions de nous excuser pour notre soutien à Israël. Il n’y a pas d’excuses à faire, aucune », a-t-il déclaré au Sénat en juin 1986. « C’est le meilleur investissement de 3 milliards de dollars que nous faisons. S’il n’y avait pas d’Israël, les États-Unis d’Amérique devraient inventer un Israël pour protéger ses intérêts dans la région ».

Au cours de la campagne 2020, Biden a été l’un des rares candidats démocrates à assurer qu’ils n’utiliseraient pas l’aide américaine à Israël comme moyen de pression pour obtenir des concessions. (Une autre était sa future colistière, la sénatrice californienne Kamala Harris).

« Israël est absolument essentiel – absolument essentiel – [pour] la sécurité des Juifs dans le monde entier. Et c’est pourquoi vous n’avez jamais négligé votre sécurité. Vous avez accepté toute l’aide que nous pouvions vous apporter », a-t-il déclaré lors d’une cérémonie de Yom HaAtsmaout, la fête de l’indépendance d’Israël en 2015. « La chose la plus admirable à votre sujet est que vous ne nous avez jamais demandé de nous battre pour vous. Mais je vous promets que si vous étiez attaqués et accablés, nous nous battrions pour vous, à mon avis ».

Le vice-président des États-Unis Joe Biden prononce un éloge funèbre lors d’une cérémonie à la mémoire de l’ancien Premier ministre Ariel Sharon à la Knesset à Jérusalem, le 13 janvier 2014. (Haim Tzach/GPO)

Mais au fil des ans, comme l’avait montré son échange avec Begin, les sentiments chaleureux de Biden et son soutien indéfectible à l’État juif ne l’ont pas empêché de critiquer parfois amèrement certaines de ses politiques, en particulier sur la question palestinienne.

Critiques palestiniennes

« Je crois fermement que les mesures prises par le gouvernement israélien au cours des dernières années – l’expansion constante et systématique des implantations, la légalisation des avant-postes, les saisies de terres – font avancer Israël dans la mauvaise direction. Elles nous mènent vers une réalité d’un seul État, et cette réalité est dangereuse », a-t-il déclaré dans un discours prononcé en 2016 devant le lobby pro-israélien de gauche J Street.

« Nous avons donc une obligation écrasante, nonobstant notre contrariété parfois écrasante avec le gouvernement israélien, nous avons l’obligation de le pousser aussi fort que nous le pouvons vers ce qu’il sait viscéralement être la seule solution ultime – une solution à deux États. »

L’opposition de Biden aux implantations l’a conduit à s’opposer à l’annexion unilatérale de certaines parties de la Cisjordanie prévue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le plan a depuis été suspendu pour permettre l’accord de normalisation avec les Émirats arabes unis, mais Biden a clairement indiqué qu’il ne permettrait pas que cela se produise sous sa présidence.

Au contraire, il « exhortera le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne à prendre des mesures pour maintenir la perspective d’un résultat négocié de deux États et éviter des actions, telles que l’annexion unilatérale de territoire et les implantations, ou le soutien à l’incitation et à la violence, qui sapent les perspectives de paix entre les parties », selon le site web de sa campagne.

Il s’est en outre engagé à inverser la « coupure destructrice des liens diplomatiques avec l’Autorité palestinienne et l’annulation des programmes d’assistance qui soutiennent la coopération israélo-palestinienne en matière de sécurité, le développement économique et l’aide humanitaire pour le peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza ».

Des gens réunis aux abords du bureau de la délégation de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington, le 10 septembre 2018. (Crédit AFP PHOTO / Andrew CABALLERO-REYNOLDS)

Son administration prévoit également de rouvrir le consulat américain à Jérusalem-Est et la mission de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington, que l’administration Trump avait fermée.

Dans le même temps, il s’est engagé à pousser l’AP à mettre fin à sa politique de versement d’allocations aux terroristes. Il a également promis « d’exhorter les États arabes à aller au-delà des discussions discrètes et à prendre des mesures plus audacieuses en vue de la normalisation avec Israël”.

Bien qu’il n’ait pas été favorable au déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem, il a fait savoir qu’il ne la réinstallerait pas à Tel Aviv.

Le vice-président américain Joseph Biden, (à gauche), et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas saluent la presse avant leur rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (AP Photo/Tara Todras-Whitehill)

Préoccupations iraniennes

Pour Israël, de telles mesures seraient une nuisance, mais finalement bien moins préoccupantes qu’un mouvement vers le renouvellement de la participation de Washington à l’accord nucléaire iranien, selon Oren, l’ancien ambassadeur.

« Les questions palestiniennes sont surtout symboliques. Mais l’Iran représente une menace stratégique », a-t-il souligné.

Le président Biden va-t-il réellement relancer le pacte nucléaire de 2015 qu’il défendait à l’époque ?

Le vice-président américain Joe Biden (à droite) s’adresse au président Barack Obama (à gauche) sous le regard du conseiller à la sécurité nationale Tom Donilon (deuxième à droite) et du conseiller à la sécurité nationale du vice-président Tony Blinken, dans le bureau ovale, le 4 novembre 2010. (Pete Souza/Maison Blanche)

« Ce que le vice-président a dit, c’est que si l’Iran se remettait en conformité avec ses obligations en vertu de l’accord, nous ferions de même et travaillerions ensuite avec nos alliés et partenaires pour construire un accord plus long et plus solide », a déclaré Tony Blinken, le conseiller principal de Biden pour la politique étrangère, au Times of Israel la semaine dernière.

« Il a également été très clair sur le fait qu’il ne permettrait pas à l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Mais nous avons découvert que la meilleure façon d’empêcher cela est de conclure un [accord nucléaire]. Et cela a fonctionné. »

Une telle politique pourrait mettre Washington à nouveau sur une trajectoire de collision avec Jérusalem. En effet, une administration Biden rejoignant l’accord pourrait conduire à une guerre entre Israël et l’Iran car Jérusalem serait « forcé d’agir », a averti jeudi le ministre des Affaires des implantations, Tzachi Hanegbi.

Une longue histoire avec Netanyahu

Cependant, contrairement à Obama, Biden a une relation personnelle longue et intime avec Netanyahu.

« Nous sommes amis depuis près de trois décennies », a affirmé ce dernier en 2010, alors qu’il accueillait le vice-président dans son bureau de Jérusalem. « Et pendant tout ce temps, tu as été un véritable ami pour moi et un véritable ami pour Israël et pour le peuple juif. »

Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le vice-président américain Joe Biden à Jérusalem, le 9 mars 2010. (Emil Salman/Pool/Flash90)

Six ans plus tard, le Démocrate s’est à nouveau rendu en Israël.

“J’espère que vous vous sentirez chez vous ici en Israël, car le peuple d’Israël considère la famille Biden comme faisant partie de notre famille. Vous faites partie de notre mishpucha”, a déclaré le Premier ministre lors d’une conférence de presse commune, en utilisant le terme yiddish pour désigner la famille.

« C’est vrai que le Premier ministre Bibi et moi avons un long passé en commun », a répondu le vice-président.

« Il y a longtemps, lorsque vous étiez au consulat israélien, nous nous sommes rencontrés sur un parking à l’extérieur d’un restaurant où je rencontrais des dirigeants juifs américains », se rappelle-t-il. Nous sommes devenus des amis proches et je t’ai plus tard signé une photo sur laquelle j’ai écrit en plaisantant : « Bibi, je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu dis, mais je t’aime ».

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