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Biden salue Lapid et Aoun pour l’accord frontalier conclu entre Israël et le Liban

"Vous entrez dans l'Histoire", a dit le président américain aux deux hommes ; l'État juif déclare qu'il bénéficiera de garanties des États-Unis

De gauche à droite : Le Premier ministre Yair Lapid, le président américain Joe Biden et le président libanais Michel Aoun. (Crédit : Collage/AP)
De gauche à droite : Le Premier ministre Yair Lapid, le président américain Joe Biden et le président libanais Michel Aoun. (Crédit : Collage/AP)

Le président américain Joe Biden s’est entretenu séparément au téléphone avec le Premier ministre israélien Yair Lapid et avec le président libanais Michel Aoun mardi en fin de journée, les félicitant pour être parvenus à s’accorder sur la toute première frontière entre leurs territoires respectifs dans le cadre d’un accord négocié par les États-Unis qui visait à régler un conflit de plusieurs décennies. Cette démarcation est dorénavant reconnue par les deux pays.

« Vous entrez dans l’Histoire », a dit Biden à Lapid, selon un compte-rendu émis par le bureau du Premier ministre qui a ajouté que le chef de gouvernement était parvenu à obtenir une série de garanties économiques et sécuritaires de la part des États-Unis, parallèlement à cet accord.

L’accord maritime qui a été annoncé mardi par les deux gouvernements « va permettre le développement de gisements énergétiques au bénéfice des deux pays », a indiqué le président américain, pour qui cet accord « protège les intérêts sécuritaires et économiques d’Israël » et permet « au Liban de commencer à exploiter ses propres ressources énergétiques ». Dans le même communiqué émis par la Maison Blanche, il a souligné que l’accord ouvrait la voie « à une région plus prospère et plus stable », et qu’il permettrait de « tirer profit de nouvelles ressources énergétiques vitales pour le monde ».

« Il est désormais essentiel que toutes les parties tiennent leurs engagements et travaillent à la mise en place de l’accord », a exhorté le président des États-Unis, alors que de nombreuses interrogations continuent à se poser sur les possibilités de mise en vigueur de l’accord dans la mesure où les deux pays sont actuellement dirigés par un gouvernement transitoire et que des élections vont avoir lieu dans quelques semaines seulement en Israël.

De son côté, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a qualifié l’accord « d’avancée historique ».

« Cette avancée représente une nouvelle source de prospérité, de stabilité, et de coordination régionale qui offrira à terme des ressources énergétiques vitales pour le monde entier », a dit Blinken.

Un haut-responsable israélien proche des négociations a fait savoir aux journalistes, mardi, que l’accord prévoyait que la frontière maritime marquée par des bouées qui avait été établie par l’État juif en l’an 2000 à cinq kilomètres de la côte de Rosh Hanikra serait reconnue par des deux parties dans le cadre d’un statu-quo convenu. Le Liban ne sera pas autorisé à faire de nouvelles revendications concernant cette frontière à moins qu’un nouvel accord soit signé entre les deux pays.

Carte illustrant les revendications sur la frontière maritime entre Israël et le Liban. (Crédit : AFP)

Après les bouées, la frontière israélienne suivra l’extrémité sud du secteur disputé entre les deux pays qui est connu sous le nom de Ligne 23, a poursuivi le responsable.

Le Liban pourra ainsi bénéficier des avantages économiques du secteur situé au nord de la Ligne 23 – y-compris du gisement gazier de Cana. Toutefois, le haut-responsable israélien qui a donné aux journalistes les détails de l’accord a précisé que Jérusalem recevrait une compensation pour avoir cédé une partie de ses droits sur Cana, et notamment la reconnaissance du statut israélien de ces eaux. L’indemnisation qui sera versée à Israël sera déterminée lors de négociations avec la compagnie française TotalEnergies, en charge des travaux de forage et d’exploitation dans le champ de Cana.

Israël recevra également une lettre de garantie de la part des États-Unis soulignant l’engagement de Washington en faveur des droits sécuritaires et économiques du pays, au cas où le Hezbollah ou un tiers échoue à respecter les dispositions de l’accord, selon le haut-responsable qui a ensuite précisé que ce dernier contribuera à la stabilité sur la frontière et qu’il réduira la dépendance financière du Liban face à l’Iran.

De son côté, un responsable américain qui s’est exprimé auprès des journalistes après les entretiens au téléphone de Biden avec Lapid et Aoun a beaucoup insisté sur la nécessité de ratifier au plus vite cet accord négocié sous l’égide des États-Unis.

« Personne ne sait de quoi l’avenir sera fait et en conséquence, personne ne peut garantir que ces opportunités offertes en faveur de la sécurité d’Israël et en faveur également de la prospérité économique du Liban seront toujours les mêmes à une période différente », a-t-il commenté en réponse à une question qui concernait le moment choisi pour annoncer l’accord, quelques semaines seulement avant les élections à la Knesset du 1er novembre.

Les députés de l’opposition, aux côtés aussi de la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked — qui a exprimé son désir de rejoindre un nouveau gouvernement formé d’un grand nombre de partis de l’opposition – estiment que l’accord maritime ne saurait être conclu alors qu’Israël est placé sous l’autorité d’un gouvernement transitoire et qu’il doit être présenté, quoiqu’il arrive, devant les députés, alors que la Knesset est actuellement en congé.

Des manifestants libanais montent à bord d’un yacht portant une bannière en arabe sur laquelle on peut lire : « Pas de compromis, pas de renonciation, pas de négligence, nos ressources maritimes nous appartiennent », lors d’une manifestation réclamant le droit du Liban aux champs pétroliers et gaziers maritimes contestés, dans la ville frontalière de Naqoura, au Liban, le 4 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Mohammed Zaatari)

L’officiel de l’administration Biden a toutefois indiqué être optimiste.

« Les gouvernements, des deux côtés, sont conscients de la réalité politique dans laquelle ils vivent et j’ai toutes les raisons d’anticiper que cet accord sera signé et qu’il sera mis en vigueur dans les meilleurs délais », a-t-il noté.

« Quand l’opportunité se présente, quand il y a une marche à suivre pour finaliser un accord, il faut en profiter au bon moment », a-t-il ajouté.

Il a ensuite confirmé qu’Israël avait obtenu le plein contrôle du gisement de gaz de Karish, qui est situé au sud de la Ligne 23. Il a par ailleurs rejeté les menaces faites par le Hezbollah, qui avait mis en garde Israël contre de possibles attaques si l’État juif devait lancer des activités d’extraction de gaz fossile sur le site avant la conclusion définitive d’un accord maritime.

Interrogé par le Times of Israel au cours de ce briefing téléphonique sur la possibilité que l’accord maritime, qui a été annoncé mardi, ait pris en compte les mises en garde du Hezbollah, l’officiel américain a répondu que « ce ne sont pas les menaces qui ont entraîné les négociations. Ce qui a entraîné les négociations, c’est la nécessité de sécuriser toute la côte d’Israël et d’offrir des opportunités économiques au Liban ».

« Dans ce contexte, les États-Unis ont toujours soutenu le droit d’Israël à exploiter le gisement de Karish, et nous sommes satisfaits et heureux à l’idée que le Liban pourra dorénavant exploiter le champ gazier de Cana ainsi que d’autres », a expliqué le responsable américain.

Alors que le Liban, ces derniers mois, avait accepté de négocier une frontière qui était basée sur la Ligne 23, il avait émis auparavant une revendication plus ambitieuse, sur la Ligne 29 – ce qui aurait entraîné un conflit entre les deux parties sur le champ de gaz de Karish.

Système de production flottant (FPSO) d’Energean dans le champ gazier de Karish en Méditerranée. (Crédit : Energean)

Le responsable de Biden a ultérieurement écarté d’un revers de la main les critiques de l’ancienne administration américaine du président Donald Trump et de l’opposition israélienne, qui ont affirmé que l’accord était outrageusement favorable à Beyrouth et bénéfique pour le Hezbollah.

« De nombreuses personnes ont pu dire, ces derniers jours, qu’un meilleur accord aurait pu être conclu pour une partie ou pour une autre. D’autres ont affirmé qu’ils auraient pu négocier un meilleur accord – certains issus de la région, certains vivant aux États-Unis », a-t-il déclaré.

« Ils ont été au pouvoir. Ils n’auraient pas pu conclure un meilleur accord », a-t-il continué. « Et quand ces dispositions soi-disant ‘meilleures’ pour une partie ou une autre ont été sur la table, ce qui s’est passé, c’est qu’ils ont fini par ne pas conclure d’accord. »

Quand l’information portant sur la finalisation rapide d’un accord avait été rendue publique, la semaine dernière, l’ancien envoyé du président américain Donald Trump, qui avait eu pour mission de mener les négociations dans le même cadre, avait confié au Times of Israel que le Liban voyait ses demandes à 100 % satisfaites. Ce qu’avaient également répété l’ancien ambassadeur de Trump au sein de l’État juif, David Friedman, ainsi que le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu. L’ex-Premier ministre était allé jusqu’à qualifier l’accord de « capitulation devant le Hezbollah » et il avait accusé le Premier ministre Yair Lapid d’abandonner un territoire souverain d’Israël au Liban.

Les anciens responsables américains et israéliens avaient par ailleurs affirmé que des accords antérieurement élaborés et réfléchis avaient été plus favorables pour Israël. Dans l’entretien par téléphone, l’officiel de Biden a dédaigné ces arguments, disant qu’il y avait eu « plusieurs propositions avec des dispositions soi-disant meilleures pour une partie ou pour l’autre mais dans la mesure où elles n’ont pas été acceptées, il ne s’agit que de propositions – tandis que les menaces d’insécurité, de violences et de conflits, elles, ont toujours continué à croître ».

« Cet accord – qui a été en fait le seul à avoir été conclu – est donc celui qui contient les meilleures dispositions pour Israël et qui contient, en fin de compte, les meilleurs dispositions pour le Liban. Pourquoi ? Parce que lorsqu’il sera mis en vigueur, il offrira des garanties sécuritaires et des assurances pour Israël et il offrira des garanties économiques et un nouvel espoir pour le Liban. »

« Les propositions précédentes ne sont finalement que ça : des propositions qui n’ont débouché sur rien », a ajouté le responsable de Washington.

Reconnaissant qu’il est encore difficile de déterminer de manière exacte la quantité de gaz qui pourra être extraite dans le périmètre qui a été au cœur de ce long conflit, le haut-responsable a indiqué que l’accord offrait néanmoins à la population libanaise l’espoir d’un avenir économique meilleur après des années de déclin et de marasme.

Lapid avait indiqué, mardi matin, que « l’accord historique renforcera la sécurité d’Israël, injectera des milliards de shekels dans l’économie et assurera la stabilité à la frontière nord ».

Des gens brandissent des portraits du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, alors qu’ils se rassemblent pour accueillir des pétroliers transportant du carburant iranien, à leur arrivée de Syrie dans la ville de Baalbeck, dans la vallée de la Bekaa au Liban, le 16 septembre 2021. (Crédit : AFP)

Le Premier ministre rencontrera le Conseil de sécurité mercredi, puis le Conseil des ministres lors d’une réunion extraordinaire pour approuver l’accord, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

L’annonce faite par les autorités israéliennes avait fait suite à celle du président libanais Michel Aoun qui, sur Twitter, avait écrit que « la version finale de l’accord satisfait le Liban, puisqu’elle répond à ses exigences et qu’elle garantit ses droits sur ses ressources naturelles ».

Même le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a salué l’accord mardi en fin de journée, affirmant que la stratégie de son organisation terroriste – qui avait menacé et lancé des drones vers l’État juif – avait aidé à la finalisation de l’accord.

La conclusion de l’accord est à mettre au crédit du médiateur américain, Amos Hochstein, qui est parvenu à concilier les revendications des deux parties.

Les négociations s’étaient intensifiées, il y a une semaine, sur la base du précédent projet proposé par Hochstein, dont la mission était d’apporter une solution au conflit portant sur le contrôle de plusieurs gisements de gaz au large des côtes d’Israël et du Liban – deux pays officiellement en guerre et sans frontière maritime officiellement convenue entre les deux parties.

Le président libanais Michel Aoun, à droite, rencontre l’envoyé des États-Unis pour les Affaires énergétiques Amos Hochstein, au centre, et l’ambassadrice des États-Unis au Liban, Dorothy Shea, à gauche, au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beyrouth, au Liban, le 9 février 2022. (Crédit : Dalati Nohra/Gouvernement libanais via AP)

Cet accord mettra fin à un conflit déjà ancien qui portait sur une zone de quelque 860 kilomètres carrés en mer Méditerranée qui couvre les gisements gaziers de Karish et de Cana.

Jérusalem s’était rapidement dite ouverte à la précédente version du projet d’accord, finalement rejetée par le Liban en raison de réserves sur la reconnaissance officielle de la frontière unilatéralement matérialisée par des bouées israéliennes.

Alors que les perspectives d’un accord semblaient diminuer, Hochstein avait continué ses pourparlers avec les deux parties, ce week-end, avec finalement une avancée réalisée dans la journée de lundi.

Israël et le Liban n’ont pas davantage délimité ensemble leur frontière terrestre, s’en tenant à une « ligne bleue » de cessez-le-feu imposée par l’ONU et laissant dans le flou pendant longtemps leur zone économique exclusive en mer. L’absence de frontière maritime avait commencé à poser problème il y a une dizaine d’années, lorsque des gisements de gaz avaient été découverts en Méditerranée orientale, redessinant l’avenir économique de la région.

Les administrations américaines successives auront tenté de négocier un accord maritime : Hochstein avait d’ailleurs déjà négocié sur la question pour le compte de l’administration Obama. Cette initiative, reprise quelques années plus tard lors de la présidence de Donald Trump, était restée dans l’impasse.

Hochstein avait accepté de se charger des nouvelles négociations pour le compte de l’administration Biden, des pourparlers qu’il a menés au cours des quinze derniers mois.

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