Bolton: Poutine dit ne pas pouvoir sortir l’Iran de Syrie, mais veut son départ
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Bolton: Poutine dit ne pas pouvoir sortir l’Iran de Syrie, mais veut son départ

Washington ne cherche pas un changement de régime mais de "comportement", a indiqué le conseiller à la sécurité nationale à Jérusalem

John Bolton lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 22 août 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
John Bolton lors d'une conférence de presse à Jérusalem, le 22 août 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président russe Vladimir Poutine a dit aux Etats-Unis que son pays aimerait que les forces iraniennes se retirent de Syrie mais qu’il ne pouvait pas les forcer à partir, a déclaré mercredi le conseiller à la sécurité nationale du président Trump, malgré les appels israéliens en faveur d’un départ immédiat de la République islamique.

Comme l’Iran, la Russie fournit un appui militaire au régime de Bashar el-Assad dans la guerre civile syrienne. L’Etat juif a averti de manière répétée qu’il ne tolérerait pas la présence militaire de l’Iran ou de ses groupes mandataires en Syrie et il a mené des frappes aériennes contre des cibles iraniennes sur ce territoire.

Dans une conférence de presse qui a eu lieu mercredi en présence de journalistes américains et israéliens à Jérusalem, John Bolton a expliqué que Poutine avait déclaré souhaiter que l’Iran se retire de Syrie, ajoutant : « Mais il a dit qu’il ne pouvait le faire lui-même ».

Bolton, qui achève une visite de trois jours en Israël, a postulé que Poutine avait voulu dire que « la coopération américaine et russe pourrait être suffisante » pour amener un retrait iranien. « C’est quelque chose dont j’assurerai le suivi avec mon homologue russe dès demain », a-t-il continué.

Dans une interview publiée par l’agence de presse Reuters, mercredi matin, Bolton a expliqué que Poutine – qui a rencontré le président Trump à Helsinki le 16 juillet – avait dit à des responsables américains que Moscou ne pouvait pas obliger les Iraniens à accéder à une telle demande.

« Mais il a également précisé que ses intérêts et ceux de l’Iran n’étaient pas exactement les mêmes. Nous allons donc manifestement parler avec lui du rôle qu’ils peuvent jouer », a confié Bolton à Reuters.

Il doit quitter Israël mercredi après-midi pour Genève, où il rencontrera son homologue russe, Nikolai Patrouchev.

Interrogé sur les priorités de l’administration Trump en Syrie, Bolton a répondu à Reuters que les Etats-Unis veulent « terminer la destruction du califat territorial de l’EI et gérer la menace continuelle du terrorisme de l’Etat islamique » et, usant d’un langage moins résolu, « s’inquiéter de la présence des milices iraniennes et des forces régulières ».

Il a toutefois insisté sur le fait que malgré les hésitations de Poutine, le départ des troupes iraniennes était une étape nécessaire pour mettre un terme à la guerre civile sanglante qui fait rage depuis sept ans en Syrie.

« Nous allons voir ce que nous et d’autres pouvons accepter en termes de résolution du conflit en Syrie. Mais un pré-requis est le retrait des forces iraniennes en Iran », a poursuivi Bolton.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov (à droite) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem le 24 mars 2011. (Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Le mois dernier, Israël a rejeté une proposition russe de conserver les forces iraniennes en Syrie à 100 kilomètres de la frontière au nord d’Israël, avait fait savoir un haut-responsable israélien après une réunion entre le ministre des Affaires étrangères russe Sergey Lavrov et le Premier ministre Benjamin à Jérusalem.

Le responsable avait déclaré que l’Etat juif maintenait sa demande que l’Iran ne soit autorisé à conserver aucun ancrage militaire en Syrie, insistant sur la nécessité du retrait de tous les missiles à longue portée du pays détruit par la guerre ainsi que de toutes les usines de production de missiles de précision sur le territoire.

Bolton, dans sa conférence de presse, a qualifié les frappes israéliennes sur des convois d’armement iraniens en Syrie « d’actes complètement légitimes d’auto-défense » mais il ne s’est pas engagé à des frappes américaines similaires sur des cibles iraniennes pour les obliger à se replier plus loin de la frontière israélienne.

Le haut-responsable américain a par ailleurs prévenu que les Etats-Unis répliqueraient « très fortement » si le régime syrien de Bashar al-Assad se servait d’armes chimiques dans son offensive pour reprendre la province d’Idleb (nord).

John Bolton a espéré que de précédentes frappes américaines contre le régime syrien auraient un effet dissuasif. « Mais que les choses soient claires : si le régime syrien emploie des armes chimiques, nous réagirons très fortement, et ils feraient bien de réfléchir un bon moment avant une quelconque décision », a-t-il affirmé.

Au mois d’avril 2017, puis une nouvelle fois au mois d’avril 2018, les Américains avaient pris pour cible une série de cibles militaires syriennes en réponse à l’utilisation présumée d’armes chimiques contre la population.

« Nous observons actuellement le régime syrien se préparer à reprendre l’offensive à Idlib et nous sommes inquiets de ce qu’Assad puisse refaire usage d’armes chimiques », a dit Bolton en évoquant cette ville du nord du territoire syrien qui se trouve entre les mains des rebelles. « Mais pour qu’il n’y ait pas de confusion – si le régime syrien utilise des armes chimiques, nous répondrons… Il n’y a aucune ambiguïté sur la position des Etats-Unis sur ce point ».

L’armée syrienne et ses alliés appuyés par les Russes et les Iraniens ont, depuis juin, mené une offensive dans le sud de la Syrie, faisant naître l’inquiétude de ce que les forces soutenues par l’Iran puissent prendre des positions dans les zones adjacentes au plateau du Golan qui étaient détenues par les rebelles. Israël a demandé à ce que l’accord de désengagement de 1974 que le pays avait conclu avec la Syrie soit maintenu et a averti les forces syriennes de ne pas pénétrer sur la zone démilitarisée qui se trouve le long de la frontière.

Des chars israéliens Merkava Mark IV prennent position près de la frontière syrienne sur le plateau du Golan le 9 mai 2018. (AFP PHOTO / JALAA MAREY)

Bolton a également évoqué devant la presse à Jérusalem la décision de Trump de rétablir des sanctions à l’encontre de la République islamique ainsi que les manifestations survenues ces derniers mois en Iran.

Les Etats-Unis ne cherchent pas un renversement du régime iranien, mais à obtenir de sa part « un changement radical » de comportement, a-t-il expliqué.

« Pour être clairs, la politique américaine n’est pas à un changement de régime en Iran, mais ce que nous voulons est un changement radical de comportement de la part du régime », a-t-il dit.

Bolton a mis les manifestations sur le compte de la mauvaise gestion de longue date de l’économie par Téhéran, mauvaise gestion dont l’accord nucléaire international de 2015 a selon lui « atténué » les effets.

Après avoir dénoncé l’accord, réimposé les sanctions américaines et « fait retomber le marteau » sur l’Iran, « nous avons vu un effet profondément négatif sur l’Iran, je crois même plus sévère que nous ne l’aurions prédit », a dit Bolton.

Il a assuré que les manifestations n’étaient pas organisées et ne résultaient pas d’un « complot ».

Les Etats-Unis sont prêts à un accord avec le régime iranien, mais si ce dernier ne se conforme pas aux exigences américaines, ils exerceront une « pression maximale sur l’Iran pour signifier clairement qu’ils n’obtiendront jamais d’armes nucléaires opérationnelles », a encore prévenu John Bolton.

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