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Ce qu’a dit le grand rabbin d’Iran lors de sa visite dans un centre Habad américain

Yehuda Gerami, en visite en Virginie, a notamment évoqué la mort du général Soleimani, la vie des Juifs d'Iran sous les sanctions

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le rabbin Yehuda Gerami, grand rabbin iranien, s'exprime devant la congrégation 'Habad de NoVa, le 14 novembre 2021. (Capture d'écran)
Le rabbin Yehuda Gerami, grand rabbin iranien, s'exprime devant la congrégation 'Habad de NoVa, le 14 novembre 2021. (Capture d'écran)

Le grand rabbin iranien a déclaré, dimanche soir, que la communauté juive du pays avait craint des attaques physiques de la part de certains musulmans après l’assassinat, au mois de janvier 2020, du commandant des forces al-Quds, le général Qassem Soleimani, par les États-Unis.

« La situation était extrêmement délicate », a déclaré le rabbin Yehuda Gerami, qui s’exprimait devant les membres de la communauté ‘Habad de Fairfax, en Virginie. « Et nous l’avons bien senti – ce n’était pas à cause du gouvernement mais à cause des gens, qui parlaient de se venger ».

Et en même temps, a souligné Gerami, « l’Iran est le seul endroit où aucune sécurité n’est nécessaire autour des synagogues. Mais nous devons nous montrer avisés : Nous sommes des invités et nous devons faire preuve de diplomatie ».

Le président américain de l’époque, Donald Trump, avait entraîné une onde de choc dans toute la région avec l’assassinat ciblé de Soleimani, un général vénéré en Iran, et celui de son lieutenant irakien. Ces meurtres avaient causé la fureur de la république islamique et de ses alliés.

Trump avait déclaré que cette frappe était venue en réponse à une série d’attaques contre les intérêts américains en Irak. Selon certaines informations, Israël avait alors fourni aux États-Unis les renseignements nécessaires pour mener l’opération.

Gerami a dit avoir pris la décision de condamner publiquement l’assassinat et de présenter ses condoléances à la famille de Soleimani pour apaiser la situation – ce qui avait été efficace.

« Nous avons eu le sentiment qu’il y avait un danger », a-t-il poursuivi. « Nous avons alors dû donner des interviews et dire que nous n’étions pas favorables à ce qui était arrivé, que nous étions en désaccord avec cette guerre ».

Gerami s’est essentiellement exprimé en perse au cours de ce discours étonnamment franc mais il a commencé son allocution en évoquant l’extrait hebdomadaire de la Torah en hébreu.

Des piétons passent devant des affiches du général des Gardiens de la révolution iraniens Qassem Soleimani, qui a été tué en Irak lors d’une attaque de drones américains vendredi, sur la place Tajrish dans le nord de Téhéran, en Iran, jeudi 9 janvier 2020. (AP Photo/Vahid Salemi)

Gerami a indiqué qu’il disait aux responsables iraniens que la Terre d’Israël était – et resterait – sacrée aux yeux des Juifs, indépendamment de qui la gouvernerait.

« La Terre sainte est la terre. C’est ce qui est écrit dans la Torah », a-t-il noté. « Je leur dis, par exemple, que l’Arabie saoudite est sainte, que leur prophète était là-bas, que la Kaaba était là-bas. Mais je leur rappelle qu’ils n’entretiennent aucun lien avec le gouvernement d’Arabie saoudite. Je leur rappelle qu’ils sont même contre ce gouvernement ».

Gerami a aussi parlé longuement de la vie quotidienne des Juifs en Iran. il a reconnu que le gouvernement bloquait des sites internet mais que « presque tout le monde dispose d’un VPN et le gouvernement lui-même le sait très bien ».

« On peut même lire les informations depuis Israël », a-t-il ajouté.

Il a admis que certains postes, dans la haute-administration et dans l’armée, étaient fermés aux Juifs. « Peut-être ne leur est-il interdit de faire des études dans le domaine de l’énergie atomique », a-t-il continué avec un sourire.

Le grand-rabbin iranien Yehuda Gerami lors d’un entretien avec une chaîne de télévision iranienne pour la journée al-Quds, le 22 mai 2020 (Capture d’écran : Twitter)

Gerami a souligné de manière répétée que les Juifs restaient à l’écart de la politique, et qu’ils se concentraient sur la nécessité de respecter les commandements religieux.

Évoquant les sanctions économiques imposées au pays, il a indiqué que la situation économique était extrêmement difficile et que les Juifs étaient, eux aussi, frappés de plein fouet.

En même temps, selon Gerami, il y a aussi des signes encourageants et la vie communautaire juive est saine. Sous son mandat, les écoles juives ont rouvert leurs portes, comme c’est le cas également d’une yeshiva qui forme des rabbins. Il y a des restaurants casher à Téhéran, à Ispahan et à Shiraz, a-t-il précisé.

« Nous devons souligner en permanence que nous ne nous impliquons pas dans la politique », a-t-il déclaré. « Nous devons toujours le faire. Et parfois, c’est très dur ».

Gerami a raconté avoir vécu et étudié, il y a une décennie, à Jérusalem, et que le gouvernement iranien ne s’en était guère préoccupé à l’époque. Le Parlement a depuis durci les sanctions à l’encontre des personnes qui se rendent au sein de l’État juif.

Des Juives iraniennes dans un bureau de vote de la capitale de Téhéran, le 21 février 2020. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

« C’est une restriction que nous n’apprécions pas mais nous devons respecter la loi », a-t-il continué.

Avant la révolution islamique, en 1979, il y avait environ 100 000 Juifs en Iran. En 2016, selon un recensement effectué au sein de la république islamique, ils étaient moins de 10 000.

Le ton adopté par Gerami à Fairfax a été nettement plus mesuré au sujet d’Israël que cela avait pu être le cas lors de déclarations récentes.

En 2020, Germani avait critiqué vivement le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, et les Juifs israéliens alors que l’Iran célébrait sa journée anti-israélienne annuelle, la Journée al-Quds. A cette occasion, il avait dit aux Israéliens en hébreu que « vous ne représentez pas le judaïsme ».

D’importantes personnalités de la communauté juive d’Iran, dont le régime islamiste dit ouvertement vouloir éliminer Israël, font par intermittence des déclarations anti-israéliennes, conformes à l’agenda des dirigeants du pays.

La république islamique soutient financièrement des groupes terroristes déterminés à effacer l’État juif de la carte, notamment le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.

Gerami a rencontré les membres des communautés juives originaires d’Iran à Los Angeles et à New York, et il devrait repartir pour la république islamique dans la journée de lundi.

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