Charlottesville : Richard Spencer est “heureux” que Trump n’ait pas accusé les nationalistes blancs
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Interview

Charlottesville : Richard Spencer est “heureux” que Trump n’ait pas accusé les nationalistes blancs

Alors qu’il a fallu des jours au président pour condamner les suprématistes blancs, le leader de l’extrême-droite pense que Trump partage ses opinions sur l’histoire américaine

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Richard Spencer, cadre de l'extrême-droite américaine, à l'université A&M du Texas, le 6 décembre 2016. (Crédit : Capture d'écran)
Richard Spencer, cadre de l'extrême-droite américaine, à l'université A&M du Texas, le 6 décembre 2016. (Crédit : Capture d'écran)

WASHINGTON – Richard Spencer est ravi du président américain.

Suprématiste blanc, figure montante de l’extrême-droite, Spencer a déclaré qu’il était « heureux » que le président américain Donald Trump n’ait pas immédiatement accusé son mouvement des violences mortelles qui se sont produites pendant le rassemblement « Unite the Right » qui a eu lieu samedi à Charlottesville, en Virginie.

Après le rassemblement, organisé pour protester contre le projet municipal d’enlever la statue du général confédéré Robert E. Lee, un jeune homme de 20 ans venu de l’Ohio a foncé avec sa voiture dans un groupe de contre-manifestants, tuant une personne et en blessant 19 autres. Trump s’est ensuite adressé à la nation.

Il a condamné « dans les termes les plus forts les flagrantes manifestations de haine, de sectarisme et de violence, chez de nombreuses parties. » Il a ensuite répété, pour souligner, « de nombreuses parties. »

Les paroles prononcées samedi par Trump ont rapidement scandalisé, beaucoup les voyant comme un parallèle tracé entre les suprématistes blancs et leurs opposants, sans préciser qui avait tort.

Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington, D.C., le 28 juin 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington, D.C., le 28 juin 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Mais pour Spencer, le membre le plus célèbre de l’extrême-droite qui était présent à la manifestation, Trump a envoyé un message rassurant.

« Je suis heureux qu’il n’ait pas affirmé que les nationalistes blancs ont créé ces problèmes » à Charlottesville, a dit Spencer lundi au Times of Israël. « Je pense qu’il sait, dans ses tripes, que nous ne sommes pas ceux qui agressent. »

Quand il lui a été demandé s’il se sentait personnellement condamné par la déclaration faite samedi par le président, Spencer a répondu : « non ».

Il a fallu deux jours et une pression incessante pour que Trump accepte de prendre une position plus ferme, affirmant lundi depuis la Maison Blanche que le « racisme est mal », et pour citer les nationalistes blancs.

Manifestation du Ku Klux Klan contre le retrait d'une statut équestre du général confédéré Robert Lee d'un jardin public de Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Chet Strange/Getty Images/AFP)
Manifestation du Ku Klux Klan contre le retrait d’une statut équestre du général confédéré Robert Lee d’un jardin public de Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Chet Strange/Getty Images/AFP)

« Ceux qui ont recours à la violence en son nom sont des criminels et des voyous, y compris KKK [Ku Klux Klan], les néo-nazis, les suprématistes blancs et d’autres organisations racistes qui sont à l’opposé de tout ce qui nous est cher en tant qu’Américains », a dit Trump.

Vendredi soir, des centaines de suprématistes blancs, torches à la main, ont marché dans le campus bucolique de l’université de Virginie, scandant des slogans racistes et antisémites comme « les Juifs ne nous remplaceront pas », et « sang et terre », traduction du chant nazi « Blut und Bodes ».

Samedi, le rassemblement a déclenché encore plus de violences. Avant l’attaque à la voiture-bélier d’un sympathisant nazi de 20 ans, qui a tué une femme de 32 ans, il y avait eu des tirades de haine raciale, des bousculades, et des affrontements pendant que les manifestants marchaient dans les rues avec des symboles nazis et confédérés.

Les choses en sont rapidement arrivées à un stade où le gouverneur de Virginie, Terry McAuliffe, a déclaré l’état d’urgence et fait appel à la Garde nationale.

Ces mesures, associées à la tentative d’Adolf Hitler d’exterminer les Juifs européens, n’ont pas gêné Spencer. « C’était un évènement ouvert, a-t-il dit. Les gens s’expriment. » (Spencer est devenu célèbre en novembre, quand il a été filmé en train de saluer Trump avec une expression nazie pendant que d’autres faisaient un salut nazi.)

Le nationaliste blanc Richard Spencer, au centre, et ses partisans lors d'un affrontement contre la police de Virginie pendant un rassemblement d'extrême-droite à Charlottesville, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)
Le nationaliste blanc Richard Spencer, au centre, et ses partisans lors d’un affrontement contre la police de Virginie pendant un rassemblement d’extrême-droite à Charlottesville, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

Pendant le reste de la journée de samedi, les responsables de la Maison Blanche s’en sont tenus à la déclaration de Trump sur les « nombreuses parties » à accuser pour ce qui s’était passé à Charlottesville.

Quand il lui a été demandé de préciser les propos, un cadre de l’administration a répondu que « le président a condamné la haine, le sectarisme et la violence venus de toutes les sources et de toutes les parties. Il y a eu des violences entre manifestants et contre-manifestants aujourd’hui. »

Ce n’est pas avant 12h09 dimanche qu’un responsable anonyme de la Maison Blanche, en parlant des remarques du président a dit qu’elles « comprenaient évidemment les suprématistes blancs, le KKK, les néo-nazis et tous les groupes extrémistes. Il a appelé à l’unité nationale et à rapprocher les Américains. »

Et, alors que le vice-président Mike Pence a condamné explicitement l’extrême-droite pendant une conférence de presse organisée dimanche à Cartagena, en Colombie, disant que « nous n’avons aucune tolérance pour la haine et la violence des suprématistes blancs, des néonazis ou du KKK », Spencer a souligné que ces paroles ne venaient initialement pas du président lui-même.

« Beaucoup de ces personnes comme Pence, je pense, ne sont pas particulièrement brillantes, a dit Spencer. Je suis certain qu’il indique juste une posture morale, comme ‘nous condamnons ceci et nous condamnons cela’. »

Spencer a également trouvé « intéressant » que Trump, dimanche, dise « nous devons nous aimer les uns les autres, nous respecter les uns les autres, et chérir notre histoire et notre futur ensemble. C’est tellement important. Nous devons nous respecter les uns les autres. Idéalement, nous devons nous aimer les uns les autres. »

Un homme réalise un salut nazi à l'université Texas A&M, pendant que le leader de la droite alternative, Richard Spencer, prononce un discours, le 6 décembre 2016. (Crédit : Ricky Ben-David/Times of Israel)
Un homme réalise un salut nazi à l’université Texas A&M, pendant que le leader de la droite alternative, Richard Spencer, prononce un discours, le 6 décembre 2016. (Crédit : Ricky Ben-David/Times of Israël)

Au-delà de ce bon sentiment, Spencer a pensé que les termes encourageant les Américains à « chérir notre histoire » trouvaient une résonance chez lui et d’autres nationalistes blancs.

L’objectif du rassemblement était après tout de protester contre le retrait d’une statue confédérée.

« C’était une remarque très intéressante, a dit Spencer. Je pense qu’il y a des raisons de croire qu’il veut une Amérique où l’on peut regarder la guerre de Sécession comme un évènement profondément tragique tout en honorant de grands hommes, comme Robert E. Lee. »

« Le slogan de Trump, ‘Make America Great Again’, est un slogan intrinsèquement nostalgique sur le retour de quelque chose », a-t-il ajouté.

Lee, général qui commandait l’armée confédérée de Virginie du nord pendant la guerre de Sécession américaine, pendant laquelle, lui-même propriétaire d’esclaves, il a défendu le droit à posséder des hommes parce qu’ils étaient noirs.

Il est souvent vu comme un héros par les suprématistes blancs, et toute tentative d’enlever des statues de lui ou d’autres confédérés rencontrent une intense résistance de personnes comme Spencer, qui affirment que l’adoption du multiculturalisme est une agression contre « l’héritage blanc » des Etats-Unis.

Trump n’a jamais rien dit soutenant ces opinions. Spencer a cependant affirmé que ses discours de campagne, et sa réponse aux évènements de Charlottesville, lui ont fourni un signe.

« Je pense qu’il veut être dans cette Amérique, a dit Spencer. Mais ce qu’a réellement Trump dans la tête et dans le cœur, je ne peux pas le dire. »

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