Clash entre Netanyahu et Gantz au sujet des manifestations anti-gouvernement
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Clash entre Netanyahu et Gantz au sujet des manifestations anti-gouvernement

Le Premier ministre attaque les médias et affirme sans preuve que les rassemblements aident à propager le virus ; pour Gantz, les manifestations sont "le moteur de la démocratie"

Des manifestants scandent des slogans et brandissent des pancartes lors d'un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence à Jérusalem, le samedi 1er août 2020. (AP Photo/Oded Balilty)
Des manifestants scandent des slogans et brandissent des pancartes lors d'un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence à Jérusalem, le samedi 1er août 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense, Benny Gantz, se sont affrontés lors de la réunion du cabinet de dimanche, le Premier ministre accusant les manifestants réclamant sa démission de « piétiner la démocratie » tandis que le chef de Kakhol lavan a pour sa part estimé que le droit à manifester devait être respecté et protégé.

« Je condamne toutes les violences. Elles n’ont leur place nulle part, des deux côtés, et nous n’avons aucune tolérance pour les manifestations de violences ou pour les menaces de violences », a déclaré Netanyahu lors de la réunion.

« Je constate une tentative visant à piétiner la démocratie. Toutes les règles sont dénaturées. Personne ne restreint les manifestations. Au contraire, on les accommode », a-t-il estimé. Mais, a-t-il ajouté, elles sont des « incubateurs de coronavirus, il y a des directives qui ne sont pas appliquées. Personne ne les restreint et personne n’a seulement tenté de les restreindre », a-t-il ajouté.

Les données ne font état d’aucune épidémie dont l’origine remonterait aux manifestations.

« Ces manifestations sont attisées par la mobilisation des médias, une forme de mobilisation dont je ne me souviens pas qu’elle ait déjà eu lieu auparavant », a continué le Premier ministre. « Elles sont encouragées, on autorise qu’elles paralysent des quartiers entiers ou qu’elles bloquent des routes, et c’est un contraste net avec tout ce qui avait été accepté dans le passé. »

Le Premier ministre a poursuivi en dénonçant la couverture médiatique apportée aux événements, affirmant : « Je condamne la partialité d’une majorité de médias. Ils ne couvrent pas les manifestations – ils y participent. Ils les attisent. »

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors du conseil de cabinet hebdomadaire au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, le 28 juin 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Gantz, qui est également Premier ministre d’alternance, a répondu à Netanyahu pendant la réunion en soulignant sa conviction que le droit à manifester était « le moteur de la démocratie ». Il a condamné les violences commises à l’encontre des manifestants.

« En tant que gouvernement, nous avons la responsabilité de permettre aux manifestations d’avoir lieu et de protéger les manifestants qui ont été malheureusement attaqués hier », a-t-il déclaré.

Gantz a précisé avoir évoqué le problème avec le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana, ajoutant qu’il répétait son appel lancé à toutes les parties de « s’abstenir de toute violence », et estimant que la police israélienne devait agir avec « la force minimale nécessaire » pour garantir le respect de la loi.

Le dernier rassemblement organisé à Jérusalem, samedi soir, a réuni environ 10 000 participants, selon les estimations. Il a été très largement pacifique. Cinq personnes ont été arrêtées pour des agressions présumées à l’encontre des manifestants anti-Netanyahu et douze personnes ont été placées en détention à l’issue du mouvement de protestation. La police a fait savoir qu’elles avaient refusé de se disperser.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de l’ouverture du cabinet, le 2 août 2020 (Capture d’écran/Treizième chaîne)

Cela fait des semaines que des rassemblements réguliers ont lieu aux abords de la résidence du Premier ministre située rue Balfour à Jérusalem, ainsi qu’à Tel Aviv et dans d’autres secteurs, réclamant la démission du Premier ministre en raison de son procès pour des faits de corruption. D’autres manifestants se sont joints au mouvement, dénonçant les politiques économiques mises en œuvre dans le cadre de la pandémie de coronavirus, et ce sont dorénavant des milliers de personnes qui ont pris d’assaut les rues du pays – un nombre qui ne cesse de croître.

Pour sa part, Netanyahu a protesté contre la couverture médiatique accordée à ces rassemblements qui, selon lui, est hors de proportion et exagérée. Samedi soir, il s’en est pris encore une fois aux chaînes de télévision alors que son parti du Likud a accusé ces dernières de « faire la propagande des manifestations de la gauche anarchiste ».

« On tente désespérément de faire un lavage de cerveau au public afin de renverser un Premier ministre de droite fort », a écrit le Likud dans un post qui a été partagé, sur Twitter, par Netanyahu.

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur le pont Sde Yaakov dans la vallée de Jezréel, dans le nord d’Israël, le 1er août 2020. (Crédit : Anat Hermony/Flash90)

Netanyahu a par ailleurs accusé les médias « d’ignorer la nature violente des mouvements de protestation et les appels lancés à assassiner le Premier ministre et sa famille ».

Le chef du gouvernement est actuellement traduit devant les juges dans une série de dossiers impliquant des cadeaux luxueux donnés par des amis milliardaires et pour avoir négocié des faveurs avec d’éminentes personnalités des médias israéliens, avec pour objectif d’obtenir une meilleure couverture médiatique des actions du Premier ministre et de sa famille.

Dimanche également, le ministre des Sciences et des Technologies Izhar Shay, issu du parti Kakhol lavan de Benny Gantz, a appelé Netanyahu à apaiser publiquement les tensions.

« Le Premier ministre doit prendre ses responsabilités et apaiser les choses », a confié Shay au site d’information Ynet. « Je ne sais pas où on va mais il est clair que le public montre ce qu’il a dans le cœur. Nous avons insisté sur le droit du public israélien à manifester [malgré la pandémie de coronavirus] ; sur le fait également que le droit démocratique de base doit figurer dans toutes les lois, dans toutes les directives. Certains ne sont pas d’accord avec nous et nous le respectons », a-t-il ajouté.

Le mouvement anti-gouvernemental ne cesse de croître et a réuni de nombreux citoyens ces dernières semaine, ainsi que de nombreux jeunes engagés politiquement.

Les Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 1er août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les tensions étaient particulièrement élevées après des violences commises lors d’un certain nombre de manifestations antérieures.

La police a permis aux manifestants d’occuper la place de Paris, à Jérusalem, jusqu’à une heure du matin, mais après le départ volontaire de la majorité des participants, elle a exigé aux derniers protestataires encore sur place de quitter les lieux. Des agents supplémentaires des forces de l’ordre ont été finalement déployés pour dégager la place et c’est alors que douze personnes ont été arrêtées, a noté la police.

Un autre mouvement de protestation a été organisé près de l’habitation privée du Premier ministre dans la ville côtière de Césarée.

Des centaines de personnes se sont aussi rassemblées dans le parc Charles Clore de Tel Aviv pour protester contre les politiques économiques mises en place pendant la pandémie de coronavirus. Après le rassemblement, certains ont rejoint la place Rabin, où la police avait interdit toute manifestation.

Les participants se sont dispersés sans intervention policière majeure.

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