Comment « Downton Abbey » illustre le sort des Juifs en Angleterre après la guerre
Rechercher

Comment « Downton Abbey » illustre le sort des Juifs en Angleterre après la guerre

Dans la saison 6, il est question de mariages interreligieux qui ne contentent pas tout le monde

« Downton Abbey », la série britannique très populaire, fait ses adieux. La saison 6 de cette co-production anglo-américaine débute le 20 septembre au Royaume-Uni, et le 3 janvier aux Etats-Unis.

La série reprend environ six mois après les événements de la saison 5. Vers 1925, la rumeur court que ses personnages juifs s’installent à New York.

Le jeune couple mixte, Lady Rose MacClare (Lily James) et Ephraïm Atticus Aldridge (Matt Barber), s’est uni dans la cinquième saison.

Ce n’est pas le premier mariage mixte entre les familles en question : le fantôme du père de Lady Cora Grantham est le descendant du milliardaire juif, Isadore Levinson. Même les fans purs et durs de « Downton Abbey » étaient surpris d’apprendre que Lady Cora (Elizabeth McGovern) est née d’un marchand juif de l’Ohio.

Mais l’union des jeunes amoureux n’est pas sans controverse, et il en aurait été de même pour tous les Juifs britanniques riches dans la période de l’entre-deux-guerres.

En effet, l’ « inadéquation» de Lady Rose aux yeux du père d’Atticus, Lord Sinderby (qui mémorablement l’a appelée une « shiksa ») est fondée, raconte le créateur de la série et écrivain Julian Fellowes au magazine Time, sur une relation qu’il a eue avec une jeune fille de riche famille juive dans laquelle lui-même était l’ « indésirable ».

« Quand [Lord Sinderby] explique pourquoi il ne veut pas avoir de petits-enfants non juifs, vous comprenez – je l’espère – un peu son point de vue et vous compatissez un peu », a dit Fellowes au Time en février.

La période de l’entre-deux-guerres n’était pas, en général, une période facile pour les Juifs cherchant à immigrer aux États-Unis.

En 1921, le Congrès a adopté une loi nationale d’urgence de quotas limitant la migration annuelle à 3 % du nombre d’immigrants de chaque pays déjà présents dans le pays. Les nouvelles limites d’immigration étaient basées sur le recensement de 1910.

En 1924, le Congrès avait adopté des lois encore plus sévères, réduisant le quota à 2 % et reprenant les données de recensement de 1890.

« En effet, ces deux lois, faisaient tout sauf interdire l’immigration en provenance d’Europe méridionale et orientale – donc, de la majorité des Juifs », dit Dollinger.

« L’Angleterre, de son côté, a maintenu un quota élevé en raison du grand nombre d’Anglais arrivés aux États-Unis en 1890. Étant donné que quelques Anglais devaient immigrer dans les années 1920 – par rapport aux Européens du Sud et de l’Est, les quotas n’avaient aucun sens. »

Ces bonnes nouvelles auraient facilité l’immigration pour les résidents juifs du Royaume-Uni, tels que ceux de « Downton Abbey ».

Et cela soulève naturellement la question : mises à part des raisons personnelles, y aurait-il eu des problèmes sociaux, politiques ou économiques qui auraient conduit les Juifs à quitter volontairement l’Angleterre entre les deux guerres mondiales ?

« En bref, il n’y avait pas d’émigration juive importante du Royaume-Uni aux Etats-Unis dans la période de l’entre-deux-guerres», dit Sam Johnson, maître de conférences en histoire européenne moderne et coordonnateur international d’histoire à la Manchester Metropolitan University.

Bien que l’antisémitisme britannique existait en tant que « narratif », il prenait rarement toute autre forme significative, dit Johnson.

Tandis que les Juifs britanniques rejoignaient la classe moyenne, ils pouvaient profiter des opportunités d’éducation. Et dans les années 1930, dit Johnson, les Juifs britanniques étaient largement acculturés et l’installation aux États-Unis ne présentait pas de grandes opportunités économiques pour eux.

Les mariages mixtes avec les Juifs de tout statut économique étaient, dans l’ensemble, encore rares dans la période de l’entre-deux-guerres. Ces chiffres ont augmenté après la Deuxième Guerre mondiale, le nombre de mariages à la synagogue diminuant depuis les années 1950, dans le cadre d’une tendance générale à la sécularisation, dit Johnson.

Tandis que « Downton Abbey » arrive à son terme, la perspective d’une Seconde Guerre mondiale occupe une place importante. En fait, la saison 5 a été la première à faire allusion aux nazis quand des voyous aux chemises brunes sont blâmés pour la mort du soupirant de Lady Edith, Michael Gregson.

Dans les épisodes précédents, la série présentait une autre famille juive, les Rothschild. Des banquiers comme le père d’Attitcus, Lord Sinderby, qui ont construit tant de maisons de campagne qu’une section de Buckinghamshire est devenue « Rothschildshire, » note Le Jewish Chronicle.

La série est filmée au château de Highclere, épargné par les bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale et devenu un foyer pour enfants cherchant refuge pendant le Blitz de Londres.

Pendant la Première Guerre mondiale, comme dans la série, le château est devenu un hôpital pour les soldats.

En réalité, cela était dû aux efforts de Lady Almina de Rothschild, la cinquième comtesse et la fille illégitime du banquier juif, Alfred de Rothschild. Son immense dot et héritage sont intrinsèquement liés au château, qu’elle a modernisé.

Faut-il déjà faire le deuil d’une grande série ? Ne lui dites pas au revoir de sitôt, une comédie musicale « Downton Abbey » pourrait bien être la prochaine étape.

https://youtu.be/2Qg9j6G1img

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...