Comment Israël a résolu la crise après l’assassinat raté de Khaled Meshaal en 1997
Efraim Halevy, qui a géré la crise après la tentative du Mossad de tuer le chef du Hamas, revient sur les négociations avec le roi Hussein de Jordanie, où la vie d'agents était en jeu
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Près de 25 ans après la tentative ratée d’Israël d’assassiner Khaled Meshaal, alors un important membre du groupe terroriste palestinien du Hamas, en Jordanie, le site en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael, s’est entretenu avec Efraim Halevy, l’ancien chef du Mossad qui a joué un rôle déterminant dans la résolution de la crise qui en a résulté avec la Jordanie.
Cette opération ratée a eu lieu le 25 septembre 1997, deux mois après qu’un attentat suicide perpétré par le Hamas au marché Mahane Yehuda de Jérusalem a tué 16 personnes et en a blessé plus de 160 autres. Israël a décidé d’éliminer Meshaal, alors chef de la branche armée du groupe terroriste, qui vivait à Amman.
Deux agents du Mossad devaient asperger le terroriste de poison dans la rue, un acte qui devait être déguisé par l’ouverture d’une canette de soda secouée pour donner l’impression d’un accident innocent. Le plan a été mis à exécution alors que Meshaal sortait de sa voiture pour entrer dans son bureau. Mais l’appel surprise de la fille de Meshaal depuis la voiture a amené ce dernier à tourner la tête au moment où un agent l’aspergeait de poison, tandis que le second, surpris, n’a pas ouvert la canette.
Le membre du Hamas a immédiatement compris qu’il avait été attaqué et a été évacué en urgence, alors que les agents ont tenté de s’enfuir mais ont été rattrapés par la police jordanienne. D’autres agents du Mossad qui se trouvaient dans le périmètre ont fui vers l’ambassade d’Israël.
Le poison était un puissant dérivé du fentanyl, capable de tuer en quelques heures au seul contact de la peau. Meshaal a été transporté d’urgence à l’hôpital et son état s’est rapidement détérioré.
Halevy se souvient que le roi de Jordanie, Hussein, était furieux, estimant qu’Israël avait humilié son pays et avait donné l’impression que les deux pays coopéraient dans cette opération. Hussein a alors menacé Israël de tuer les agents si Meshaal mourait. Les responsables israéliens ont rapidement fourni aux Jordaniens un antidote et des conseils médicaux alors que les médecins d’Amman luttaient pour sauver Meshaal.
« L’indignation des Jordaniens était immense », a raconté Halevy. « Ils avaient le sentiment qu’Israël leur manquait de respect et traitait la Jordanie comme un petit pays faible où ils pouvaient agir en toute impunité. »
Halevy, qui était à l’époque l’envoyé d’Israël auprès de l’Union européenne, a été appelé par le gouvernement pour aider à gérer la crise en raison de ses relations étroites avec Hussein, et a participé à une réunion d’urgence du cabinet convoquée par le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu.
« Toutes les suggestions proposées lors de la réunion n’étaient pas pertinentes », a rapporté Halevy. « À la fin de la discussion, j’ai fait part de mon opinion selon laquelle nos actions conciliantes envers la Jordanie devaient être celles que le monde arabe n’interpréterait pas comme une compensation israélienne aux Jordaniens mais comme une force jordanienne. »
Lorsque Netanyahu a demandé à Halevy ce qu’il voulait dire, il a répondu qu’il pensait qu’Israël devait libérer le chef spirituel du Hamas, Cheikh Ahmad Yassine. Netanyahu a d’abord refusé. Mais alors que la crise s’intensifiait et qu’aucune solution n’était en vue, le Premier ministre a appelé Halevy.
« Netanyahu avait la voix très enrouée, il avait l’air malade. Ce sont des phénomènes bien connus chez les dirigeants en période de crise. Il m’a dit deux mots en anglais – ‘do it’ – et il a raccroché ».
Halevy est parti pour la Jordanie « mais je n’ai pas rencontré immédiatement le roi. J’ai dû franchir plusieurs étapes avant qu’il accepte de me rencontrer. »
La conversation a été tendue et le roi était agité, dit-il. « Lorsque j’ai soulevé la question de la libération du cheikh Yassin comme une action immédiate d’Israël, le roi a immédiatement accepté. »
« Mais ensuite, nous en sommes arrivés aux agents du Mossad », a-t-il rappelé. « Deux agents étaient en état d’arrestation par la police d’Amman et quatre autres, qui se trouvaient dans les environs, avaient fui vers l’ambassade et étaient assiégés. Les forces militaires jordaniennes ont encerclé l’ambassade. Le simple fait de penser à cette scène, trois ans après la signature d’un accord de paix, en dit long sur la gravité de la crise. »
« Je lui ai lancé un nouvel appel et lui ai dit que dans l’affaire des agents du Mossad, il devait faire preuve d’une miséricorde royale. Le roi m’a regardé en silence. Puis il m’a demandé ce que je voulais dire exactement par ‘miséricorde royale’, car il ne sait pas ce que cela signifie. »
Halevy a dit qu’il a alors senti que la réponse qu’il donnerait à cette question pourrait être fatidique. « Je lui ai dit clairement : ‘Si j’étais un roi, je saurais ce qu’est la miséricorde royale’. Le roi est resté silencieux un court instant, puis il a dit : « Va à l’ambassade et prends les agents ».
Meshaal s’est remis de son empoisonnement et est devenu le chef de la branche politique du Hamas. Malgré l’indignation de la Jordanie, le pays a pris des mesures peu après les événements pour expulser Meshaal et d’autres responsables du Hamas, et le groupe terroriste n’a plus été autorisé à opérer depuis la Jordanie.
Halevy a ensuite été nommé chef du Mossad, en remplacement de Danny Yatom, et a occupé ce poste de 1998 à 2002.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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