Sûr de son pouvoir de persuasion, Netanyahu fait un pari en criant au loup
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Analyse

Sûr de son pouvoir de persuasion, Netanyahu fait un pari en criant au loup

En quête du soutien du public contre ses problèmes juridiques, le Premier ministre a imaginé une couverture médiatique en prime time ; les médias ne recommenceront peut-être pas

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

A titre d'illustration : Un Israélien regarde le Premier ministre Benjamin Netanyahu prononcer un discours sur les écrans de télévision dans un magasin à Jérusalem, le dimanche 14 juin 2009. (AP/Bernat Armangue)
A titre d'illustration : Un Israélien regarde le Premier ministre Benjamin Netanyahu prononcer un discours sur les écrans de télévision dans un magasin à Jérusalem, le dimanche 14 juin 2009. (AP/Bernat Armangue)

Parler. Exprimer. Convaincre. Persuader. Utiliser le pouvoir de la parole pour conquérir son public – ce n’est pas seulement le plus grand talent du Premier ministre Benjamin Netanyahu, c’est aussi sa façon habituelle de relever les défis, tant dans l’élaboration des politiques que dans la politique.

C’est pourquoi il a insisté pour prononcer un discours combatif lors de la session conjointe du Congrès qui a critiqué l’accord nucléaire iranien en 2015, contre la volonté explicite du président américain. C’est pourquoi il insiste pour se rendre à New York en septembre, chaque année, pour l’Assemblée générale de l’ONU, qui est retransmise à la télévision, mais qui n’a en fait rien à voir avec la question.

Et c’est aussi pour cela qu’il a exigé, lors de sa déclaration soi-disant « spectaculaire » de lundi soir sur les enquêtes criminelles contre lui, d’être confronté à ses accusateurs, en direct sur les écrans.

Confiant dans ses compétences oratoires, le Premier ministre a peut-être cru qu’un tel débat diffusé auprès de millions d’électeurs pourrait faire pencher l’opinion publique tellement en sa faveur que le procureur général Avichai Mandelblit n’aurait d’autre choix que de laisser tomber l’affaire, ou au moins de reporter son annonce d’une inculpation au lendemain des élections.

En tant que vieux renard de la politique israélienne, s’il y en a jamais eu, Netanyahu doit savoir que les autorités judiciaires chargées des trois enquêtes pour corruption contre lui – surtout quelqu’un d’aussi hautement considéré que Mandelblit – ne se laisseront pas influencer par les appels de Netanyahu, aussi clairement qu’ils aient pu être formulés.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’un discours en direct à la résidence du Premier ministre de Jérusalem, le 7 janvier 2019 (Capture d’écran d’une vidéo diffusée par le Likud/AFP)

Mais le bureau du procureur général n’était pas non plus son public cible. Au contraire, le Premier ministre souhaitait certainement influencer l’électorat israélien dans son ensemble.

Même si Mandelblit allait de l’avant et annonçait son intention d’inculper le Premier ministre avant les élections du 9 avril, Netanyahu espère probablement qu’un bon résultat – un mandat renforcé du public – lui permettrait de rester au pouvoir même après son inculpation. (Il n’aurait pas à démissionner jusqu’à ce qu’un acte d’accusation soit finalement signifié, après une audience, et il y a un différend juridique quant à savoir s’il devrait démissionner même après cela, ou s’il pourrait attendre la fin du procès, jusqu’à une condamnation et même au terme du processus d’appel).

La confiance de Netanyahu dans son pouvoir de persuasion et son éloquence peut aussi expliquer pourquoi ses assistants ont promis une « annonce spectaculaire », amenant une grande partie du pays à retenir son souffle et faire en sorte de regarder sa déclaration au JT de 20 h.

Il voulait simplement s’assurer que son discours – dans lequel il plaidait non seulement l’innocence, mais s’attaquait aussi à l’enquête apparemment biaisée et tentait d’incriminer Yair Lapid, l’un de ses principaux rivaux politiques – soit le mieux médiatisé. Plus les gens l’écouteront défendre son point de vue, plus ils auront l’impression qu’il a raison.

Mais en mettant le pays en état d’alerte pour une « annonce spectaculaire » qui s’est révélée tout sauf spectaculaire, Netanyahu a entrepris un dangereux pari. La prochaine fois que le Premier ministre, qui a crié au loup, voudra s’adresser à la nation pour annoncer une affaire mystérieuse de prétendue urgence nationale, moins de gens pourraient y prêter attention.

Lundi soir, toutes les chaînes de télévision israéliennes ont retransmis en direct le discours de sept minutes de Netanyahu en direct. L’une d’entre elles, la Dixième chaîne, a coupé après moins de quatre minutes et demie, après avoir réalisé que Netanyahu lui avait joué un tour en lui fournissant une plate-forme gratuite de prime-time pour diffuser sa version de la vérité.

Au fur et à mesure que la décision probable du procureur général au sujet d’une mise en accusation se rapproche, d’autres réseaux pourraient aussi être moins enclins à mettre leurs ondes à sa disposition.

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