Conscription des Haredim : L’opposition dénonce les « manipulations » de Netanyahu
Le Premier ministre a dit renoncer aux lois exemptant les ultra-orthodoxes d'arrestation ; Naftali Bennett dénonce un calcul cynique
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Dimanche, des responsables politiques désireux d’évincer le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, aux prochaines élections l’ont accusé de se livrer à des « manipulations » trompeuses.
En cause : ses déclarations indiquant que son futur gouvernement prendrait des mesures pour que les hommes ultra-orthodoxes fassent leur service militaire, et ce alors même qu’il a récemment fait adopter des lois proscrivant toute forme de poursuites contre les haredim réfractaires au service.
« Ceux qui n’étudient pas la Torah feront leur service ou finiront en prison », aurait-il déclaré, deux semaines après le vote par sa coalition d’une loi interdisant l’arrestation des réfractaires au service militaire — un texte immédiatement gelé par la Cour suprême dans l’attente d’une décision finale.
« Netanyahu pense que les gens qui font leur service sont stupides » et ses propos revenant sur ses récentes initiatives législatives ne sont qu’une « manipulation pathétique », a déclaré l’ancien Premier ministre Naftali Bennett par voie de communiqué.
« Après quatre ans passés à s’opposer en personne à ce que les Haredim fassent leur service, au mépris des mises en garde du chef d’État-major et des appels des réservistes à des renforts, Netanyahu pense que la population israélienne va le croire », a ajouté Bennett en précisant que le Premier ministre savait pertinemment « qu’il ne pourrait pas recruter un seul Haredi » car Aryeh Deri, le président du parti ultra-orthodoxe Shas,
« ne le laisserait jamais faire ».
Des dizaines de milliers d’ultra-orthodoxes de 18 à 24 ans aptes au service militaire mais ont refusé de répondre à leur ordre d’incorporation, et ce malgré le manque d’effectifs au sein de l’armée et la colère de la population face à une répartition inégale de l’effort de défense du pays.
Le mois dernier, en dépit de l’opposition des conseillers juridiques de la Knesset, de la procureure générale et de Tsahal, les députés ont voté par 58 voix pour et 54 contre la loi soutenue par la coalition.
Ce texte interdit temporairement d’interpeler et poursuivre les hommes ultra-orthodoxes qui se soustraient au service militaire, légitimant ainsi le refus massif des Haredim de faire leur service pour les sept prochains mois, au moins. Ce texte met par ailleurs en suspens les procédures pénales engagées contre les actuels réfractaires.
L’application de ce texte a très rapidement été contrecarrée par la Cour suprême, laquelle devra statuer sur son annulation définitive. En réaction, des figures politiques de la coalition ont appelé le gouvernement à désobéir à la justice.
Selon des fuites publiées dans la presse israélienne, attribuées par le quotidien Haaretz au parti Likud de Netanyahu, le Premier ministre aurait admis, lors de récentes discussions, que cette loi controversée n’avait pas permis d’atteindre son objectif et que cette politique ne se poursuivrait pas sous le prochain gouvernement, pour autant qu’il remporte les élections.
La loi « visait à apaiser les tensions et augmenter le nombre de recrues haredim [mais] en pratique, cela n’a pas fonctionné, aussi cette loi ne sera-t-elle pas votée dans le prochain gouvernement », peut-on lire sur le site d’information Ynet.
« Après les élections, nous formerons un gouvernement national fédérateur qui prendra immédiatement une loi sur la conscription répondant aux besoins de l’armée », a poursuivi Netanyahu, tout en laissant entendre qu’il continuerait de chercher des aménagements législatifs permettant aux étudiants qui étudient en yeshiva à plein temps de bénéficier d’exemptions.
Jusque-là, la coalition avait soutenu que cette loi était indispensable, les arrestations d’hommes ultra-orthodoxes réfractaires au service ayant entraîné une moindre motivation de la communauté à faire son service militaire.
Dans un message sur X, le président du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a accusé Netanyahu de fuir ses responsabilités quelques semaines seulement après l’adoption d’une « loi d’exemption ignoble qui non seulement affaiblit l’armée et la société israélienne dans son ensemble », mais aussi « nous prive d’une véritable loi sur le service militaire».
Les propos de Netanyahu sont une « manipulation vile et cynique de la part d’un homme totalement déconnecté de la sécurité d’Israël », a écrit sur les réseaux sociaux le président du parti HaDemocratim, Yair Golan. De son côté, le chef de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a affirmé que Netanyahu n’avait « pas de gouvernement sans les réfractaires au service » – une allusion à son alliance politique de longue date avec les partis ultra-orthodoxes.
Les propos de Netanyahu ont également été condamnés par Yitzhak Goldknopf, le chef du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah ; de son point de vue, ils « ne font que confirmer ce qui était clair pour nous dès le début, à savoir que le Premier ministre n’a pas l’intention de réguler le statut des étudiants de yeshiva et ne prévoit pas d’introduire une loi sur la conscription, raison pour laquelle nous avons quitté le gouvernement ».
Le parti Yahadout HaTorah a en effet quitté les rangs du gouvernement et de la coalition en juillet 2025 en raison de l’incapacité de la majorité à voter une loi rétablissant les exemptions de service militaire en faveur des étudiants de yeshiva, annulées par la Cour Suprême l’année précédente.
« La ‘loi sur les arrestations’ n’est qu’une manipulation de plus dont le seul but est de ne rien régler. Il est regrettable qu’elle ait vu le jour. Après les élections, nous n’irons qu’avec ceux qui régulariseront le statut des étudiants de yeshiva et des membres de kollel », a déclaré Goldknopf.
Pour Ynet, une source haut placée au sein du parti Yahadout HaTorah a indiqué que Netanyahu n’avait pas respecté ses engagements envers les Haredim et que par conséquent « nous préférons siéger dans l’opposition et laisser d’autres voter une loi que Netanyahu est incapable de faire passer ».
Il est toutefois très improbable que les partis haredim siègent aux côtés de l’actuelle opposition, cette dernière s’étant engagée à appliquer strictement la conscription des ultra-orthodoxes.
Les formations ultra-orthodoxes tentent d’obtenir l’exemption de service militaire des étudiants de yeshiva depuis que la Cour suprême a donné ordre au gouvernement, en 2024, d’appeler les hommes haredim sous les drapeaux. Depuis cette décision, l’armée a envoyé des dizaines de milliers d’ordres d’incorporation aux membres de la communauté dont les exemptions avaient donc été levées.
La majorité d’entre eux a ignoré ces ordres, faisant d’un très grand nombre d’entre eux des déserteurs, passibles d’interpellations et d’autres sanctions.
Dans une large mesure, le gouvernement ne s’est pas conformé à l’ordonnance de la Cour suprême exigeant l’augmentation du nombre des arrestations et sanctions financières contre les réfractaires, mais un petit nombre d’hommes haredim a tout de même été arrêté. Leur emprisonnement est devenu une cause majeure pour les hommes politiques ultra-orthodoxes et leurs électeurs.
Plusieurs manifestations ont bloqué la circulation routière pour s’opposer à ces arrestations ; d’autres manifestants haredim ont protesté violemment au domicile de certains responsables ou devant des commissariats.
Le mois dernier, le diffuseur national Kan a fait savoir qu’une organisation opposée à la conscription s’étant réjouie de la suspension des arrestations de déserteurs, avait bénéficié de fonds publics.
Les tensions autour de cette question ont conduit le Shas et le parti Yahadout HaTorah à boycotter des projets de loi de la coalition avant la pause parlementaire pré-électorale, raison pour laquelle la coalition de Netanyahu a voté une loi pour surseoir aux arrestations ainsi qu’une loi fondamentale controversée faisant de l’étude de la Torah une « valeur fondamentale » du peuple juif, afin de s’assurer du soutien des haredim.
la Communauté du Times of Israël !







