Israël en guerre - Jour 193

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Contre la politique « messianique », Yair Golan veut « unifier la gauche »

Face à la « corruption du milieu politique », le candidat à la présidence d'Avoda demande à écarter du gouvernement les partis nationalistes-religieux ultra-orthodoxes et "messianiques"

Le député Yair Golan lors d'une conférence organisée par Democrat TV, à Jaffa, le 7 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Le député Yair Golan lors d'une conférence organisée par Democrat TV, à Jaffa, le 7 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Déterminé à unir la gauche israélienne, l’ex-chef d’état-major adjoint de Tsahal, Yair Golan, s’en est pris jeudi au Premier ministre Benjamin Netanyahu, à ses alliés ultra-orthodoxes et au sionisme « messianique », lors de l’un de ses tout premiers meetings de campagne depuis l’annonce de sa candidature à la direction du parti Avoda.

En tant que haut commandant de Tsahal, « j’ai vu se détériorer la société israélienne et la corruption gagner les milieux politiques », a-t-il déclaré à son public, lors d’une réunion en ligne organisée par le groupe de protestation anti-Netanyahu UnXeptable.

Evoquant ce qu’il qualifie de discours « visionnaire » de 2016 – dans lequel il assimilait la droite israélienne aux nazisme – Golan a fait valoir que la situation en Israël était « devenue si épouvantable » qu’il s’était senti obligé d’entrer en politique.

« J’ai l’intention de ramener la gauche sioniste en Israël et aujourd’hui, je me présente aux primaires du parti Avoda afin d’unifier la gauche israélienne et tous les membres du mouvement de protestation prêts à se battre pour le destin d’Israël, pour un Israël libéral et démocratique », a-t-il poursuivi en anglais.

Golan a annoncé sa candidature à la tête d’Avoda le mois dernier dès que le parti a annoncé la date de ses primaires pour trouver un successeur à Merav Michaeli, dirigeante de ce parti mal en point, autrefois dominant mais aujourd’hui très marginalisé.

Ancien commandant du Front nord et du Front intérieur de Tsahal, Golan, 61 ans, aujourd’hui général de réserve, a été écarté du poste de chef d’État-major de Tsahal en 2018 en raison de son discours de 2016 – dans lequel il comparait les processus à l’oeuvre en Israël à ce qu’il qualifiait de « processus troublants » survenus en Europe peu avant la Shoah.

Vice-ministre de l’Economie de l’éphémère coalition multipartite dirigée par Naftali Bennett et Yair Lapid, il n’a pas réussi à prendre la direction du Meretz avant les dernières élections.

Le 7 octobre, de sa propre initiative, le général retraité s’est rendu sur les lieux de l’assaut du Hamas et a secouru de nombreux participants de la rave Supernova et sa bravoure lui a valu les éloges de tous les partis politiques.

Après avoir succédé à Amir Peretz à la tête du parti en 2021, Michaeli a porté la représentation du parti travailliste à la Knesset à sept sièges, embellie de courte durée car, sous sa direction, Avoda n’a obtenu que quatre sièges à la Knesset en novembre 2022.

Sa décision de ne pas s’allier au Meretz a sans doute contribué à son échec à entrer à la Knesset, au détriment des partis opposés au Premier ministre Benjamin Netanyahu. Selon plusieurs sondages, Avoda ne siègera pas à la Knesset à l’issue des prochaines élections.

Redoublant de critiques envers l’extrême droite, Golan a affirmé que les politiciens messianiques étaient « ce qu’il y avait de plus menaçant pour l’existence d’Israël ».

« Dès l’instant où vous adoptez une approche messianique, vous n’êtes plus sioniste », a-t-il déclaré.

« Le sionisme était à la fois la patrie du peuple juif et l’incarnation d’un État libre, démocratique et égalitaire. Ces gens-là ne veulent pas la liberté, ils ne veulent pas l’égalité, ils ne veulent pas la démocratie – donc ils ne sont pas sionistes. »

« Je crois que coopérer avec Netanyahu est une erreur. Je ne comprends pas pourquoi Benny Gantz est toujours au gouvernement. Je ne comprends pas pourquoi Gadi Eisenkot est toujours au gouvernement », a poursuivi Golan en parlant des dirigeants du parti centriste Kakhol lavan, entré au gouvernement au début de la guerre.

Yair Golan avant la cérémonie d’adieux pour l’ancien ministre de la Défense, Moshe Yaalon, aux quartiers généraux de l’armée, à Tel Aviv, le 22 mai 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Nous ne pouvons pas amorcer le redressement de la société israélienne tant que Benjamin Netanyahu est au pouvoir. Nous ne pouvons pas l’amorcer tant qu’Itamar Ben Gvir est ministre, tant que Bezalel Smotrich est ministre, tant qu’Orit Strouk est ministre. »

Ben Gvir est le chef du parti ultra-nationaliste Otzma Yehudit, auquel appartient Strouk, et Smotrich dirige le parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit.

A propos des partenaires ultra-orthodoxes de Netanyahu au sein des partis Shas et Yahadout HaTorah, Golan a déclaré qu’il était impératif qu’ils sortent du gouvernement.

Quand bien même il parle des haredim comme « [s]es frères et sœurs », il a rappelé que la plupart des Israéliens n’avaient « aucune intention de se battre ou de mourir pour [ceux qui ne font rien] » – allusion aux exemptions accordées à la plupart des jeunes hommes ultra-orthodoxes.

Près de six mois après le 7 octobre, le gouvernement n’a pas réussi à définir d’« objectifs réalistes » pour sa guerre à Gaza, a ajouté Golan, affirmant qu’Israël ne pouvait pas à la fois détruire le Hamas et libérer ses otages aux mains du groupe terroriste.

« Benyamin Netanyahu dit que l’idée est de détruire complètement le Hamas et de libérer tous les otages. Je pense que nous savons tous que c’est impossible. Il faut choisir. Il faut établir des priorités », a-t-il déclaré.

La priorité devrait être le retour des otages israéliens, ce qui implique nécessairement « une sorte d’accord avec le Hamas », a-t-il dit. « Et il est inenvisageable de parvenir à un accord avec le Hamas sans un arrêt des combats. »

Des soldats israéliens interviennent dans la bande de Gaza sur une photo officielle, le 10 mars 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Golan a fait valoir qu’Israël devait « isoler la bande de Gaza de tout soutien militaire extérieur » – peut-être par le biais d’une force américaine stationnée le long de la route de Philadelphie dans la bande de Gaza, qui s’étend sur 14 kilomètres le long de la frontière de l’enclave avec l’Égypte – tout en conservant la liberté d’action dans l’enclave côtière.

Dans le même temps, l’unique « solution viable » pour la gouvernance civile consiste à obtenir « le soutien de forces régionales extérieures comme l’Égypte, l’Arabie saoudite ou les Émirats – ce qui ne pourra être fait qu’en introduisant dans la bande de Gaza des éléments de l’Autorité palestinienne », a-t-il expliqué.

« Donc, quand Benjamin Netanyahu dit qu’il n’a pas l’intention de laisser l’Autorité palestinienne entrer dans la bande de Gaza, je demande pourquoi ? Quel est le problème ? Avez-vous trouvé des Palestiniens plus modérés ? », a-t-il demandé.

« Je ne pense pas. Et ensuite, croyez-vous qu’un pays, quel qu’il soit, acceptera d’assumer la responsabilité de la bande de Gaza sans une sorte de légitimité donnée par l’Autorité palestinienne ? »

« Au final, on comprend bien que, pour l’heure, Israël n’a pas l’intention de terminer la guerre et Israël n’a aucune vision pour terminer la guerre », a-t-il conclu.

« Réfléchissez-y. Cela fait près de six mois que nous sommes en guerre et il n’y a aucune perspective ni aucun espoir d’une situation meilleure. Nous sommes coincés. »

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