Corbyn refuse à plusieurs reprises de s’excuser pour l’antisémitisme au Labour
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Corbyn refuse à plusieurs reprises de s’excuser pour l’antisémitisme au Labour

Le chef du parti travailliste s'est contenté de répéter que l'antisémitisme et d'autres formes de racisme n'ont "aucune place dans notre société", tout en refusant de s'excuser

Le chef de l'opposition britannique Jeremy Corbyn s'adresse aux délégués le dernier jour de la conférence du Parti travailliste à Liverpool, en Angleterre, le 26 septembre 2018. (AFP Photo/Oli Scarff)
Le chef de l'opposition britannique Jeremy Corbyn s'adresse aux délégués le dernier jour de la conférence du Parti travailliste à Liverpool, en Angleterre, le 26 septembre 2018. (AFP Photo/Oli Scarff)

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn a accordé une interview à la BBC et a refusé à plusieurs reprises de présenter des excuses pour l’antisémitisme qui sévit au sein de son parti.

Il a ignoré les questions de l’intervieweur au sujet des excuses, se contentant de répéter les déclarations générales sur l’antisémitisme et d’autres formes de racisme qui n’ont « aucune place dans notre société ».

Le chef des travaillistes britanniques Jeremy Corbyn avait en effet déjà condamné plus tôt l’antisémitisme « sous toutes ses formes » après une charge inaccoutumée du grand rabbin du Royaume-Uni en pleine campagne des législatives, lui reprochant son incapacité à éradiquer ce « poison » au sein de sa formation d’opposition.

« Je veux être très clair : l’antisémitisme sous toutes ses formes est ignoble et mauvais », avait déclaré M. Corbyn devant des militants. « Il n’y a absolument aucune place pour l’antisémitisme (…) dans le Royaume-Uni moderne, il ne sera toléré sous aucune forme par un gouvernement travailliste ».

A un peu plus de deux semaines des législatives anticipées, l’intervention inhabituelle du grand rabbin Ephaim Mivris a fait de l’ombre au programme spécial du Labour lancé par Jeremy Corbyn à Londres, visant à renforcer la lutte contre les discriminations en cas de victoire de son parti.

« La manière dont la direction (du Labour) a traité le racisme anti-juif est incompatible avec les valeurs britanniques dont nous sommes si fiers – celles de dignité et de respect pour tous », a écrit le chef religieux dans une tribune publiée par le quotidien The Times. « Un nouveau poison – approuvé par le haut – s’est enraciné dans le Parti travailliste », qui laisse les juifs britanniques « en prise avec l’anxiété ».

Ephraim Mirvis. (Crédit : AP/Chris Jackson)

« Quand le 12 décembre arrivera, je demande à tout le monde de voter en conscience. N’en doutez pas, l’âme même de notre nation est en jeu », a-t-il ajouté, estimant que Jeremy Corbyn est « inapte » à gouverner.

« Système rapide et efficace »

M. Corbyn, le très gauchisant chef du Labour depuis 2015, est régulièrement accusé de complaisance envers certains membres de son parti ayant tenu des propos antisémites, des accusations qui ont ressurgi avec force durant la campagne électorale et qui ont poussé plusieurs de ses députés à tourner le dos à la formation.

Le chef travailliste avait fini par reconnaître en août 2018 que le parti connaissait un « réel problème » d’antisémitisme, qu’il avait été « trop lent » à infliger des sanctions disciplinaires dans des cas avérés, affirmant que sa priorité était de « restaurer la confiance » de la communauté juive.

« Quand des cas (d’antisémitisme) nous ont été rapportés au sein du Parti travailliste, nous avons un système rapide et efficace pour (y) répondre. Et ce processus est constamment examiné pour s’assurer qu’il est rapide et efficace », s’est-il défendu mardi.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique d’opposition Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Labour, devant le Parlement dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

« Islamophobie »

Plusieurs voix se sont jointes à celle du grand rabbin, dont celle de la libérale-démocrate Luciana Berger, de confession juive, qui avait claqué la porte du Labour en février, l’accusant d’être « institutionnellement antisémite ».

« Lors de la dernière réunion que j’ai eue avec Jeremy Corbyn à la fin de 2017, je lui ai dit que de nombreux groupes publics et privés sur Facebook qui étaient souillés avec des posts antisémites utilisaient le nom et la photo du leader du Labour dans leur nom. Rien n’a été fait à ce propos après cette réunion », a-t-elle raconté sur Twitter mardi.

« Corbyn & co devraient avoir honte », a renchéri l’ex-député travailliste Ian Austin, sur le même réseau social.

Le programme anti-discriminations du Labour prévoit notamment d’obliger les entreprises à publier des statistiques sur les écarts de rémunération touchant les personnes noires, asiatiques ou issues de minorités ethniques, ou de sensibiliser les enfants à l’injustice.

Avant le lancement de ce programme, la ministre conservatrice de l’Intérieur Priti Patel a jugé « stupéfiant que M. Corbyn fasse la leçon aux autres sur les discriminations raciales et religieuses alors même que son parti fait l’objet d’une enquête de la Commission à l’égalité et aux droits humains sur l’antisémitisme qui règne dans ses rangs ».

Le grand rabbin a également reçu un soutien interconfessionnel. Dans un communiqué, l’archevêque de Canterbury Justin Welby, chef spirituel de l’Eglise anglicane, a estimé que « tout un chacun dans notre pays a le droit de se sentir en sécurité ».

« Le racisme d’où qu’il vienne – de gauche ou de droite – est inacceptable et on n’en fait pas assez » pour le combattre, a estimé le Conseil des musulmans britanniques, dénonçant aussi « l’islamophobie » du Parti conservateur.

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