Coronavirus : querelle entre les médecins et l’Église en Grèce
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Coronavirus : querelle entre les médecins et l’Église en Grèce

La Fédération des médecins hospitaliers a souligné qu'aucune exception, "y compris pour des raisons religieuses", ne pouvait être faite

L'entrée des urgences du CHU de Patras à Rio, en périphérie de Patras, dans le sud-ouest de la Grèce, où trois patients atteints du COVID-19 sont hospitalisés, 5 mars 2019. (Crédit Eurokinissi / AFP)
L'entrée des urgences du CHU de Patras à Rio, en périphérie de Patras, dans le sud-ouest de la Grèce, où trois patients atteints du COVID-19 sont hospitalisés, 5 mars 2019. (Crédit Eurokinissi / AFP)

Les médecins et responsables de santé en Grèce dénoncent le fait que la puissante Église orthodoxe puisse continuer à célébrer des messes, et surtout à donner la communion aux fidèles, en dépit des risques de propagation du coronavirus.

Le rituel de la communion prévoit que les fidèles boivent un peu de vin que le prêtre leur tend dans une cuillère.

Ce à quoi l’Église a répondu que « le vin contient de l’alcool, et que l’alcool tue le virus », selon les paroles de l’évêque Ioannis de Langada (nord).

La Fédération des médecins hospitaliers a souligné cette semaine qu’aucune exception, « y compris pour des raisons religieuses », ne pouvait être faite aux mesures prises pour limiter la propagation du virus.

Pour l’instant, la Grèce compte 45 cas de coronavirus, la plupart chez des pèlerins ayant voyagé le mois dernier en Israël et en Égypte.

Mais, à l’approche de la Pâque orthodoxe, en avril – moment où les Grecs se rendent en foule dans les églises -, et alors que de nombreuses personnes âgées commencent déjà à s’y rendre plus assidûment, de nombreux responsables de la santé ou personnalités politiques estiment dangereux d’exempter l’Église de l’interdiction des grands rassemblements.

Le ministère de la Santé a interdit notamment toutes les célébrations prévues à l’occasion du Carnaval, ainsi que les rassemblements en intérieur dans les trois régions de l’ouest qui connaissent le plus de cas. Mais il a refusé de se prononcer sur les églises, en laissant la responsabilité aux évêques.

« Il n’est tout simplement pas possible de fermer les élises ou de ne pas donner la communion », a très vite déclaré l’évêque Chrysostomos de Patras, l’une des régions les plus touchées.

« Ceux qui croient en la sainte communion savent qu’ils n’ont rien à craindre, c’est une question de foi », a-t-il lancé à la télévision Open TV. « Au fil des siècles, on n’a jamais connu de cas de maladie se répandant par la communion ».

Côté politique, les condamnations sont particulièrement virulentes dans le principal parti d’opposition, le parti de gauche Syriza. « On stoppe les célébrations du Carnaval, et on permet aux gens de venir à l’église boire tous dans la même cuillère ? », a lancé au Parlement l’ancien ministre de la Santé Pavlos Polakis.

Le dirigeant de Syriza, l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras, a estimé que ne pas imposer de restriction à l’Église était « anti-scientifique, anachronique et une menace pour la santé publique ».

En Roumanie, l’Église orthodoxe a permis aux fidèles d’apporter leur propre cuillère pour la communion, et d’embrasser les icônes chez eux plutôt qu’à l’église.

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