COVID: Un rapport d’État accuse le processus de prise de décision sous Netanyahu
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COVID: Un rapport d’État accuse le processus de prise de décision sous Netanyahu

Le contrôleur d'État fustige le manque de préparation, la mise à l'écart d'experts, la prise de décision incohérente, l'incapacité à tirer des leçons, et les écarts d'application

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie marquant le Yom HaZikaron pour les soldats israéliens tombés au combat et les victimes du terrorisme, à Yad Labanim à Jérusalem, le 13 avril 2021. (Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie marquant le Yom HaZikaron pour les soldats israéliens tombés au combat et les victimes du terrorisme, à Yad Labanim à Jérusalem, le 13 avril 2021. (Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

La réponse du gouvernement israélien aux trois premières vagues de la pandémie de coronavirus a été entachée par une préparation insuffisante, la mise à l’écart d’experts, l’absence d’un processus décisionnel clair, l’incapacité à tirer les leçons des erreurs commises, et de grandes disparités dans l’application des décisions à l’échelle nationale, selon un nouveau rapport cinglant émis par le contrôleur d’État.

Le rapport, publié mardi, couvre les épidémies qui ont eu lieu sous la surveillance des 34e et 35e gouvernements d’Israël de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, et ne traite pas de la réponse du gouvernement de l’actuel Premier ministre Naftali Bennett à la dernière épidémie.

Il n’aborde pas non plus la campagne de vaccination israélienne de renommée mondiale lancée par Netanyahu.

Le contrôleur d’État Matanyahu Englman a déclaré mardi que les « lacunes importantes » révélées par le rapport étaient « plus pertinentes que jamais » compte tenu de la lutte actuelle contre le virus.

« Nous sommes maintenant dans la quatrième vague et il est important de corriger les lacunes immédiatement », a déclaré Englman.

Alors que le rapport critique diverses questions relatives aux efforts visant à prévenir la propagation du virus, Englman, une personne nommée par Netanyahu, dirige certaines de ses critiques les plus sévères contre le mécanisme global de prise de décisions, affirmant qu’un certain nombre de décisions clés ont été prises par l’ancien Premier ministre sans l’approbation complète du cabinet ou une supervision appropriée.

L’ancien premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, préside une réunion d’urgence des principaux ministres pour décider des mesures à prendre pour enrayer la propagation du coronavirus, le 16 juillet 2020. (Chaim Tzach/GPO)

« Des défauts ont été constatés dans le processus de prise de décisions et dans leur mise en œuvre », indique le rapport.

Selon Englman, aucune procédure appropriée n’a été mise en place pour superviser et contrôler les décisions prises par Netanyahu et son gouvernement, et aucun processus n’a été mis en place par le Conseil de sécurité nationale ou le ministère de la Santé pour tirer des leçons au niveau national.

Le rapport accuse de nombreuses décisions – telles que l’achat de ventilateurs et les conditions de sortie du premier confinement – de n’avoir pas été délibérées par le gouvernement mais prises dans « différents forums dirigés par le Premier ministre. »

Citant des protocoles du cabinet datant du début de l’année 2020 qui ont été mis à la disposition du contrôleur mais dont la publication reste interdite, le rapport indique que Netanyahu a présenté aux ministres des prévisions triées sur le volet concernant les infections et les décès – qui soutenaient sa propre position sur la mise en œuvre de mesures sévères pour arrêter la propagation initiale – et a omis d’aborder divers problèmes créés par le virus.

Ce n’est qu’en juin 2020, quatre mois après le diagnostic du premier patient atteint du coronavirus en Israël, que le gouvernement a tenu une discussion sur l’impact du virus sur l’économie, l’éducation ou les systèmes de protection sociale.

Le contrôleur de l’État Matanyahu Englman avec son rapport de 2020 dans son bureau, le 23 mars 2020. (Crédit : Tadmeet)

Le rapport critique également le fait que le cabinet Corona, un groupe restreint de ministres chargés de définir la politique en matière de virus, n’a pas été autorisé à prendre de décisions au nom du gouvernement avant la deuxième vague, en juin 2020. Jusque-là, l’approbation du gouvernement était requise pour chaque décision, ce qui a ralenti la gestion de la crise, selon le rapport.

M. Engelman note également que la nomination d’un responsable chargé de superviser la politique gouvernementale contre le coronavirus a été retardée de quatre mois en raison de désaccords politiques.

Le contrôleur a spécifiquement réprimandé le gouvernement pour ne pas avoir convoqué le cabinet sur le coronavirus en juillet et août de l’année dernière, affirmant que l’interruption des réunions « a nui à l’adoption du système de feux de circulation [classant les villes en fonction des taux d’infection] et a conduit au deuxième confinement en septembre 2020 ».
Parmi les questions de politique spécifiques abordées par le contrôleur, le rapport décrit la quarantaine à domicile pour les voyageurs arrivant de l’étranger comme « inefficace » à la fois en termes de conformité et d’application.

Il décrit le programme de mise à pied créé par le gouvernement pour indemniser les travailleurs qui n’étaient pas en mesure de travailler comme un « échec », affirmant que des informations confuses ont été diffusées sur les personnes éligibles, que des retards considérables ont été enregistrés dans le versement de l’argent à ces dernières, et que le programme a finalement eu « l’effet inverse de celui escompté » et a encouragé les gens à rester au chômage après la fin de la crise.

En outre, M. Englman dénonce la manière dont les restrictions ont été appliquées, affirmant qu' »il n’y avait aucune cohérence entre les endroits où les taux de contamination étaient les plus élevés, et la mise en œuvre des mesures dans ces endroits ».

Il note que le nombre d’amendes émises à Jérusalem et à Bnei Brak – qui comptent toutes deux d’importantes populations ultra-orthodoxes – « n’était pas en corrélation avec les niveaux élevés de morbidité. »

Le Premier ministre de l’époque Benjamin Netanyahu, à gauche, le ministre de la Santé de l’époque Yaakov Litzman, à droite, et le directeur général du ministère de la Santé Moshe Bar Siman-Tov lors d’une conférence de presse sur le coronavirus au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Flash90)

Netanyahu, qui est étroitement allié aux partis haredi Shas et Yahadout HaTorah, a fait l’objet de critiques pendant la pandémie pour ne pas avoir ordonné une application plus stricte des règles COVID dans les zones ultra-orthodoxes présentant des taux d’infection élevés.

Citant des chiffres montrant que les écoles israéliennes ont fonctionné pendant moins de jours depuis le début de la pandémie que dans la plupart des pays du monde, M. Engleman a dénoncé la « situation désastreuse » à laquelle sont confrontés les écoliers israéliens, causée selon lui par « un grave manque d’attention portée aux établissements d’enseignement et à l’impact que le virus a eu sur eux. »

Le rapport critique également le déploiement des méthodes d’apprentissage à distance à travers le pays, affirmant que, sans planification adéquate, l’initiative a « accru l’inégalité qui existe dans le système éducatif. »

Dans une condamnation particulièrement sévère des décideurs, Engleman conclut son rapport par une critique de ce qu’il décrit comme l’ « apparente incapacité du gouvernement Netanyahu à tirer les leçons de l’expérience de la pandémie et à mettre en œuvre des améliorations avant chaque nouvelle vague d’infection. »

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