Craintes d’émeutes alors que Netanyahu se rend à l’investiture du président kenyan
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Kenyatta a remporté 98 % des votes lors de nouvelles élections boycottées par l'opposition

Craintes d’émeutes alors que Netanyahu se rend à l’investiture du président kenyan

Des douzaines de personnes sont mortes dans les violences politiques qui ont entouré la réélection d'Uhuru Kenyatta, et davantage d'agitations sont attendues mardi. Le Premier ministre veut renforcer les liens avec cette nation d'Afrique de l'est

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec un drapeau israélien après une conférence de presse commune avec le président du Kenya, à Nairobi, le 5 juillet 2016. (Crédit : AFP/Simon Maina)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec un drapeau israélien après une conférence de presse commune avec le président du Kenya, à Nairobi, le 5 juillet 2016. (Crédit : AFP/Simon Maina)

L’investiture, mardi, du président Uhuru Kenyatta, à laquelle doit assister le Premier ministre Benjamin Netanyahu, pourrait entraîner des émeutes violentes et aura donc lieu dans des conditions placées sous très haute sécurité.

Netanyahu devrait s’envoler pour Nairobi dans la matinée de mardi et repartir à la fin de la journée après avoir assisté à certains événements organisés autour de la cérémonie d’investiture de Kenyatta. Le Kenyan a remporté, le mois dernier, des élections controversées qui, selon certains observateurs, étaient truquées.

Environ 100 000 personnes devraient être présentes lors de l’investiture de mardi, dont 60 000 à l’intérieur du stade Kasarani de la ville et les autres à ses abords.

L’opposition, au Kenya, prévoit une « investiture alternative » ainsi que des actes d’obéissance civile qui, selon les observateurs, pourraient donner lieu à des émeutes, notamment depuis qu’un porte-parole du gouvernement a menacé la semaine dernière de répondre aux plans de l’opposition par « la force égale du droit », selon des informations locales.

Cette année, le Kenya a organisé deux scrutins présidentiels qui ont été teintés de violences. Un grand nombre de militants politiques ont été tués par la police.

Le premier round électoral, le 8 août, avait été déclaré nul par la Cour suprême après que les chefs de l’opposition ont déploré le piratage des résultats.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu inspecte une garde d’honneur à Nairobi, au Kenya, le 5 juillet 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Kenyatta avait remporté les deuxièmes élections qui, selon les observateurs, avaient été également truquées. L’opposition du pays, avec à sa tête l’ancien Premier ministre Raila Odinga, avait boycotté les urnes à cette occasion, menant le candidat à réunir 98,25 % des suffrages. La participation s’était élevée à 38 %.

Dans un courrier datant du 2 novembre, Netanyahu avait félicité Kenyatta pour sa « victoire sous forme de raz-de-marée ».

La Super Alliance nationale (NASA) d’Odinga – une coalition constituée des partis d’opposition – a juré de lui faire prêter serment mardi, au même moment de l’investiture officielle de Kenyatta. L’Alliance insiste sur le fait qu’elle ne reconnaîtra pas la présidence de Kenyatta et elle a promis d’organiser des manifestations contre son gouvernement.

Au vu des événements des dernières semaines, il est possible que de telles manifestations tournent à la violence.

« La police a utilisé une force excessive pour maintenir les mouvements de protestation depuis le mois d’août au cours d’une période électorale prolongée », a fait savoir l’organisation HRW (Human Rights Watch) dans un communiqué paru la semaine dernière, disant qu’elle a fait le compte d’au moins 67 meurtres, « la majorité par arme à feu durant des manifestations des soutiens de l’opposition, après que la commission électorale a déclaré Kenyatta vainqueur du scrutin du 8 août ».

Benjamin Netanyahu et le président du Kénya Uhuru Kenyattan, le 5 juillet 2016 à Nairobii (Crédit : capture d’écran YouTube)

Une source proche du programme de voyage du Premier ministre a indiqué qu’il y avait certaines inquiétudes sur sa sécurité en présence d’une foule massive. Des articles parus dans les médias en hébreu ont expliqué que les services de sécurité du Shin Bet n’avaient pas donné leur feu vert à l’apparition de Netanyahu au stade Kasarani de Nairobi pour cette raison.

Le Bureau du Premier ministre s’est pour sa part refusé dimanche à commenter ce déplacement. De manière inhabituelle, Netanyahu n’a pas mentionné son prochain voyage au Kenya au cours de la réunion du cabinet de dimanche.

Netanyahu assistera « à une partie des fêtes de la journée mais pas à toutes », a fait savoir une source du gouvernement israélien qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat auprès du Times of Israel. Il semble improbable que Netanyahu soit présent au stade. Il devrait plutôt prendre part à des événements moins importants célébrant la réélection de Kenyatta.

La plus récente explosion de violences au Kenya est survenue lorsque la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser la foule venue saluer Odinga, alors qu’il était de retour d’un voyage à l’étranger, selon HRW. « Les médias locaux et internationaux ont annoncé que, ce faisant, la police a tiré sur des dizaines de personnes, les frappant également ».

Le président du Kenya Uhuru Kenyatta (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse commune à Jérusalem, le 23 février 2016. (Crédit : AFP/Pool/Amir Cohen)

Israël considère le Kenya comme un partenaire essentiel en Afrique de l’est. Les deux pays coopèrent dans de nombreux domaines, notamment dans la lutte contre le terrorisme islamique. Israël vendrait des équipements militaires au Kenya.

Les critiques affirment que les deux camps en conflit au Kenya – les soutiens du président et ses détracteurs – sont pratiquement égaux en taille, et disent qu’il n’a pas été sage pour Netanyahu de prendre publiquement le parti de Kenyatta en se rendant à son investiture controversée.

« Dans les zones volatiles, il est dans l’intérêt stratégique d’Israël d’avoir de bonnes relations avec le gouvernement mais pas avec une partie en particulier », a estimé Naomi Chazan, ancien législateur de gauche et expert de la politique africaine.

Odinga s’est rendu en Israël cette année mais n’a pas rencontré de responsables au sein de l’Etat juif.

A Nairobi, Netanyahu devrait également assister à une série de réunions bilatérales avec des chefs africains. Par exemple, il devrait rencontrer le président rwandais Paul Kagame pour débattre de l’expulsion des réfugiés en Israël vers le Rwanda.

Une affiche accueillant le Premier ministre Netanyahu au Kenya dans les rues de Nairobi, le 5 juillet 2016 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Environ 20 chefs d’Etat devraient assister à l’investiture de Kenyatta, ont fait savoir des responsables kenyans cette semaine, sans donner plus de détails. Le président soudanais Omar al-Bashir — qui est recherché par la Cour pénale internationale – devrait être là, selon les médias locaux.

En juillet 2016, Netanyahu a été le premier Premier ministre israélien en exercice à venir au Kenya. Durant la visite, Kenyarra avait promis d’aider Israël à obtenir un statut d’observateur à l’Union africaine.

« Nous pensons qu’il y a une nécessité pour nous, en tant que continent, de nous ré-engager auprès d’Israël sur une base plus positive, en comprenant que notre partenariat pourra aider à rendre ce monde plus sûr », avait déclaré Kenyatta lors d’une conférence de presse à Nairobi, aux côtés de Netanyahu.

Israël et le Kenya sont des « partenaires naturels », avait estimé Netanyahu. « Nous affrontons des défis communs et le premier d’entre eux, comme je viens de le dire, est le terrorisme… Maintenant, en plus de ces défis communs, Israël et le Kenya partagent des opportunités communes dans la technologie, dans l’eau, dans le secteur du cyber et dans bien d’autres domaines ».

En février 2016, Kenyatta — qui est le fils du président fondateur du pays, Jomo Kenyatta — était venu à Jérusalem. Mon espoir est que ma visite en Israël ouvrira un autre chapitre dans notre longue histoire de relations au bénéfice de nos deux pays et de nos deux peuples », avait-il expliqué à ce moment-là.

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