Dagan à l’AIPAC : Votre soutien à la solution à deux états « n’a aucun fondement »
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Dagan à l’AIPAC : Votre soutien à la solution à deux états « n’a aucun fondement »

Le chef du conseil régional de Samarie a affirmé que le lobby pro-israélien échoue à représenter les points de vue de Washington et de Jérusalem

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

Le président du Conseil de Samarie  Yossi Dagan s'exprime durant une manifestation contre l'éviction prévue de l'avant-poste d'Amona, devant la Knesset, le 30 janvier 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le président du Conseil de Samarie Yossi Dagan s'exprime durant une manifestation contre l'éviction prévue de l'avant-poste d'Amona, devant la Knesset, le 30 janvier 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le président du Conseil régional de Samarie Yossi Dagan a exprimé de manière particulièrement vive son désaccord avec l’AIPAC qui a apporté son soutien à la solution à deux états, affirmant que le groupe clame de manière mensongère que cette option serait la seule solution à la résolution du conflit israélo-palestinien et qu’elle bénéficierait du soutien de Washington et de Jérusalem.

« Cette allégation n’a aucune base, en fait », a écrit Dagan dans sa lettre adressée aux hauts-responsables de l’AIPAC, notamment au président Lillian Pinkus et à l’administrateur du groupe, Howard Kohr.

« Les directives officielles du gouvernement israélien… ne contiennent pas un seul mot ou même une simple allusion au soutien à la solution à deux états », a-t-il écrit en évoquant l’accord de coalition signé après les élections de 2015 qui, pour la toute première fois, ne contenait aucune référence au processus de paix.

Le chef des implantations a indiqué que tandis que la Stratégie de sécurité nationale américaine sous l’administration de l’ancien président Barack Obama avait exprimé son soutien à la solution à deux états, il n’en était pas de même dans la plate-forme publiée par l’administration Trump au mois de décembre, où cette solution n’est pas mentionnée.

Les militants de l’AIPAC assistent à une conférence sur les efforts de lutte israéliens contre les « tunnels terroristes » dans la bande de Gaza qui pénètrent en Israël, le 4 mars 2018 (Crédit :Ron Kampeas)

Alors que le lobby pro-israélien ne se réfère pas explicitement à la solution à deux états en tant que préférence politique officielle des gouvernements américain ou israélien, la section du carnet de note 2017 établi par le mouvement sur le sujet commence en affirmant qu’Israël « est engagé en faveur d’une solution à deux états – un état juif vivant côte à côte et en paix aux côtés d’un état palestinien démilitarisé. Les Etats-Unis doivent envoyer le message clair que cet objectif ne pourra être atteint que par le biais de négociations directes entre les parties ».

Aucune autre solution au conflit n’apparaît dans ce chapitre de cinq pages.

De plus, durant son discours prononcé au premier jour de la conférence, l’administrateur du groupe s’était lancé dans un plaidoyer passionné en faveur d’un état palestinien, disant qu’il fallait continuer à croire en la possibilité de la paix.

Tenant des propos susceptibles d’entraîner la colère des politiciens israéliens les plus belliqueux et de leurs partisans américains – notamment des membres de l’AIPAC – Howard Kohr avait lancé un appel explicite à « deux états pour deux peuples », expliquant qu’il était « tragique » que ce scénario paraisse actuellement si distant.

« Je suis sidéré quant aux raisons pour lesquelles une organisation si importante et si pleine de sens que l’AIPAC… se trouve à présenter de manière aussi peu exacte les positionnements de l’Etat d’Israël (et des Etats-Unis) devant des responsables gouvernementaux, des sénateurs et des membres du Congrès et devant l’opinion publique pro-israélienne en général », a écrit Dagan.

« Le positionnement que l’AIPAC attribue à l’état d’Israël… échoue non seulement à représenter Israël de manière appropriée mais est préjudiciable aux efforts de réalisation du dialogue au Moyen-Orient », a-t-il continué.

Netanyahu avait exprimé son soutien dans le passé à la solution à deux états, particulièrement dans un discours qu’il avait prononcé en 2009 à l’université de Bar Ilan, mais le Premier ministre a récemment minimisé son appui à cette proposition, augmentant de manière substantielle les constructions d’implantation l’année dernière.

Au mois d’août, il a, de plus, juré de ne faire évacuer aucune implantation dans le cadre d’un accord de paix.

Pour sa part, les Etats-Unis ont également pendant longtemps appuyé l’idée de « deux états pour deux peuples », les administrations successives exprimant leur soutien véhément à la proposition.

Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, devant la conférence politique 2016 de l’AIPAC, à Washington, D.C., le 21 mars 2016. (Crédit : Saul Loeb/Getty Images/AFP via JTA)

Le président Donald Trump, pour sa part, a jusqu’à présent refusé de favoriser une solution particulière au conflit.

Au cours de sa visite en Israël le mois dernier, le vice-président Mike Pence avait expliqué aux députés israéliens que les Etats-Unis appuieraient une solution à deux états « si les deux parties y souscrivent ».

Le courrier de lundi, qui commençait avec des éloges de la part du chef d’implantation de l’AIPAC pour les efforts livrés par l’organisation pour promouvoir la relation israélo-américaine – il y utilisait l’hommage hébreu « kol hakavod » – se concluait par un appel de Dagan à revoir sa déclaration de mission et ses points de discussion.

Au mois de décembre 2016, l’AIPAC avait été âprement critiqué lorsque son site internet avait ôté la mention de solution à deux états de sa page consacrée au processus de paix.

Un responsable de l’organisation a indiqué dimanche au Times of Israel que le « soutien [apporté par le lobby] à la solution à deux états n’a jamais changé », expliquant que la politique avait « disparu temporairement d’une section du site par inadvertance lors d’une modification effectuée sur le site ».

Illustration : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre les chefs d’implantations à son bureau, le 25 février 2018 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Tandis que l’AIPAC n’a pas adopté un positionnement officiel sur les implantations israéliennes – considérées comme illégales aux yeux d’une grande partie de la communauté internationale et par l’administration américaine actuelle comme n’étant « d’aucun secours » pour la paix – le président d’un conseil de Cisjordanie qui a réclamé l’anonymat a expliqué que le lobby empêchait les membres du Congrès de se rendre au sein des mêmes implantations lors de leurs voyages en Israël.

L’AIPAC n’a pas encore répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel sur cette affirmation ou sur les critiques lancées par Dagan, qui surviennent après plusieurs années durant lesquelles l’organisation-cadre du Conseil de Yesha a tenté d’établir une relation sereine avec le groupe.

Lundi après-midi, le conseil de Yesha organise un événement à Washington, juste en face du lieu où se tient la conférence de l’AIPAC, pour les membres de l’assistance intéressés et qui est consacrée à la « lutte contre la délégitimation d’Israël à travers l’acceptation de la Judée et de la Samarie ».

Rejoignant des responsables du conseil de Yesha et des responsables américains lors de cette session, les ministres Naftali Bennett, Ayelet Shaked, Tzachi Hanegbi et Yuval Steinitz seront présents en plus de la députée du Likud Sharren Haskel et du consul-général israélien à New York, Danny Dayan. Cet événement a été organisé en coopération avec le ministère des Affaires stratégiques israélien.

Alors que cette organisation-cadre vise à servir les instances représentatives de toutes les communautés juives qui vivent au-delà de la Ligne verte, un grand nombre d’analystes considèrent Dagan comme le Premier ministre de facto des implantations au vu des liens proches entretenus par le président de la Samarie et un grand nombre de députés du Likud.

Il a également mené récemment des campagnes qui ont porté leurs fruits contre le gouvernement de droite avec notamment la légalisation de l’avant-poste de Havat Gilad et le transfert de millions de dollars pour l’amélioration des infrastructures en Cisjordanie.

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