Dans des propos à huis-clos, Abbas fustige l’abstention des Arabes israéliens
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Dans des propos à huis-clos, Abbas fustige l’abstention des Arabes israéliens

Dans un enregistrement, le chef de l'AP critique les Arabes qui ne votent pas aux élections israéliennes, car ils considèrent la Knesset comme un "Conseil sioniste"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas parle aux leaders palestiniens à la Muqata, siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 juillet 2019. (Crédit : Agence de presse Wafa)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas parle aux leaders palestiniens à la Muqata, siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 juillet 2019. (Crédit : Agence de presse Wafa)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a récemment affirmé que les Arabes israéliens auraient une « influence majeure » dans la politique israélienne, s’ils participaient aux élections nationales aux mêmes niveaux qu’ils le font pour les élections municipales.

Il a également critiqué les Arabes israéliens qui, selon lui, rejettent les élections en Israël parce qu’ils considèrent la Knesset comme un « conseil sioniste » et s’en prennent aux membres du parti majoritairement arabe de la Liste arabe unie pour s’être disputés sur des « questions futiles » selon ses termes.

Abbas a fait ces commentaires lors d’une réunion à huis clos fin septembre à New York avant de prendre la parole lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies. Le Times of Israel a récemment obtenu un enregistrement des propos tenus par le président de l’AP lors de la réunion, qui n’ont pas été rapportés auparavant.

Ils ont mis en avant les vues d’Abbas sur la politique arabo-israélienne, y compris celle de la Liste arabe unie, une coalition des quatre plus grands partis à majorité arabe en Israël.

« [Les Arabes israéliens] participent aux élections municipales, qui concernent les ordures, l’eau, etc. Leur taux de participation à ces élections est de 110 %… Comment se fait-il que ce soit à 110 % ? Ils font voter les morts… C’est bien et juste », a-t-il déclaré, puis il a posé la question : « Pourquoi ne vote-t-on qu’à 50 % aux élections à la Knesset ? »

Une arabe israélienne dépose son bulletin de vote dans l’urne d’un bureau de vote de la ville arabe de Beit Safafa, le 17 mars 2015. (Miriam Alster/Flash90)

Abbas a continué : « Il existe un malin. Je ne veux pas mentionner son nom. Ou peut-être deux malins. Ils vous disent que [la Knesset] est un conseil sioniste. Dans quel pays êtes-vous ? Vous êtes dans un pays sioniste. Vous pensez donc que les municipalités sont des organismes arabes nationaux ? C’est aussi un conseil sioniste. Alors, pourquoi ne pas voter à 70 %, 80 % ou 90 % aux [élections à la Knesset] ? S’ils votent ainsi, ils remporteront 16 sièges et deviendront la force d’influence principale. »

Lors des dernières élections à la Knesset en septembre, 59,2 % des Arabes israéliens habilités à voter se sont rendus aux urnes, selon l’Institut israélien de la démocratie (IID). Les Arabes israéliens votent souvent en grand nombre aux élections locales, avec un taux de participation d’environ 85 %, a déclaré Arik Rudnitsky, un expert en politique arabe israélienne à l’IID.

Après les élections de septembre, Netanyahu et son principal rival, Benny Gantz, n’ont pas réussi à former un gouvernement. Israël va maintenant se diriger vers une troisième élection nationale sans précédent en moins d’un an, prévue le 2 mars.

Selon Salim Breek, professeur de sciences politiques à l’Université de Haïfa, la suggestion d’Abbas selon laquelle les Arabes israéliens participeraient à la fraude électorale généralisée aux élections municipales était fausse.

« La fraude électorale dans les communautés arabes est marginale », a-t-il dit. « Il y en a très peu. »

Les Arabes israéliens votent en plus grand nombre aux élections municipales parce que les familles encouragent leurs membres à voter et que la plupart des gens voient l’intérêt de voter, a déclaré le député Mansour Abbas de la Liste arabe unie.

« La première chose, c’est que les familles font en sorte que tous leurs proches y aillent. La deuxième chose, c’est que les gens ont l’impression que les municipalités les aident directement », dit-il. « Le chemin entre la Knesset et le peuple est beaucoup plus long, tant de gens ne se rendent pas compte de son importance et décident de ne pas voter à ces élections. »

Dans ses commentaires enregistrés, le président de l’AP a réprimandé la Liste arabe unie, dont il a qualifié la direction de « médiocre ».

« Les Arabes de l’intérieur [d’Israël] sont nos frères, mais ce sont des Israéliens. Les Arabes de l’intérieur – les habitants de Nazareth, Haïfa, Acre, la Galilée, le Triangle, Lod et Ramle – sont 1,8 million de personnes », a-t-il fait remarquer, faisant référence aux différentes régions d’Israël où résident des Arabes israéliens.

(De gauche à droite) : les membres de la Liste arabe unie Osama Saadi, Ayman Odeh, Ahmad Tibi et Mansour Abbas arrivent à la résidence présidentielle de Jérusalem pour les consultations avec Rivlin sur la nomination du Premier ministre, le 22 septembre 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

« L’augmentation [du nombre d’Arabes israéliens en Israël] est bonne, mais le leadership n’est pas bon. En tout cas, ne vous fâchez pas avec moi. La dernière fois, ils n’ont pas pu se mettre d’accord », a-t-il dit, faisant référence aux élections d’avril dernier. « Ils ont honnêtement eu des disputes sur des sujets insignifiants qui n’ont rien à voir avec la patrie et leur cause. »

Faisant allusion aux élections de septembre, il a dit : « Cette fois, Dieu les a un peu guidés, mais pas beaucoup. Ils se sont rassemblés et sont revenus sur la Liste arabe unie et ont remporté 13 sièges. »

La Liste arabe unie – comprenant les factions Hadash, Taal, Raam et Balad – a été constituée pour la première fois avant les élections de mars 2015, au cours desquelles elle a remporté 13 sièges sur les 120 membres de la Knesset. Toutefois, avant le vote d’avril dernier, l’alliance n’était pas d’accord sur la composition de la liste qu’elle voulait présenter pour les élections, et s’est finalement scindée en deux listes distinctes, Hadash-Taal et Raam-Balad, qui ont obtenu collectivement 10 sièges au total.

Avant les élections de septembre, les quatre partis initiaux de la Liste arabe unie ont de nouveau exprimé leurs désaccords sur la composition d’une alliance reconstituée mais sont finalement parvenus à un consensus pour se présenter ensemble. Lors de ce vote, la Liste a remporté 13 sièges.

Le chef de la Liste arabe unie, le député Ayman Odeh, a refusé de commenter les propos d’Abbas. Mais le député Mansour Abbas, qui est membre de Raam, une faction islamiste, a déclaré qu’il pensait que le président de l’AP avait exprimé une critique « acceptable ».

« Les mots du président palestinien sont pour la plupart corrects. Les partis arabes ont commis une grosse erreur lors des élections d’avril, lorsqu’ils ont divisé la Liste arabe unie », a-t-il déclaré. « Nous avons pris des mesures pour corriger cette erreur, notamment en réunissant la Liste avant les élections de septembre. Dans la période actuelle, le défi pour nous est de maintenir la Liste arabe unie et de prouver aux gens que nous pouvons influencer positivement leur situation. »

(G à D) Ofer Cassif, Heba Yazbak, Osama Saadi, Mtanes Shehadeh, Ayman Odeh, Ahmad Tibi, Aida Touma et Iman Khatib Yassin, devant leurs partisans au siège de campagne de la Liste arabe unie à Nazareth, dans le nord d’Israël, le 17 septembre 2019, à l’annonce des premiers sondages de sortie des urnes. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

Le député Abbas a ajouté qu’il savait que le président de l’AP avait été déçu par la rupture de la Liste arabe unie avant les élections d’avril : « Il a clairement exprimé sa consternation à ce sujet. »

Odeh et le haut responsable de la Liste arabe unie, le député Ahmad Tibi, sont connus pour aller rendre visite au président de l’AP dans son bureau à Ramallah, mais ces derniers mois, on ne les a pas vus là-bas.

Ziad Darwish, membre du Comité pour l’interaction avec la société israélienne de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a soutenu les déclarations du président de l’AP.

« Nous confirmons les propos du président. Nous n’intervenons pas dans les élections israéliennes, mais nous pouvons exprimer notre opinion ou notre position sur diverses questions », a déclaré M. Darwish, cousin du poète palestinien controversé Mahmoud Darwish. « Ce qu’il dit, c’est qu’il croit en l’unité. »

Nabil Abu Rudeineh, porte-parole d’Abbas, n’a pas répondu à une demande de commentaires.

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