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Dans un camp de réfugiés de Jordanie, une génération de Syriens nés en exil

La guerre en Syrie a tué près d'un demi million de personnes et déplacé environ la moitié de la population d'avant-guerre du pays

Photo d'illustration : Photo prise le 11 janvier 2015, montrant des réfugiés syriens debout à côté de tentes de l'ONU au camp de réfugiés de Zaatari, au nord est de la capitale jordanienne Amman. Plus d'1,1 millions de Syriens ont  passé la frontière vers le Liban et environ 600 000 sont en Jordanie, selon le HCR, le 28 août 2015. Amman avance le chiffre de 1,4 million, soit 20 % de la population du royaume qui est pauvre en ressource (Crédit : AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI)
Photo d'illustration : Photo prise le 11 janvier 2015, montrant des réfugiés syriens debout à côté de tentes de l'ONU au camp de réfugiés de Zaatari, au nord est de la capitale jordanienne Amman. Plus d'1,1 millions de Syriens ont passé la frontière vers le Liban et environ 600 000 sont en Jordanie, selon le HCR, le 28 août 2015. Amman avance le chiffre de 1,4 million, soit 20 % de la population du royaume qui est pauvre en ressource (Crédit : AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI)

Dix ans après avoir fui la guerre dans sa Syrie natale, Hadil attend un troisième enfant. Il naîtra comme beaucoup d’autres dans le camp de réfugiés misérable de Zaatari en Jordanie, qui abrite quelque 80 000 personnes poussées à l’exil par le conflit.

« J’espérais être chez moi, dans mon pays, mais le destin a décidé que je serai ici, que je me marierai ici et que je donnerai naissance à mes enfants ici, loin de mon pays », explique à l’AFP Hadil, 25 ans, qui préfère utiliser un pseudonyme pour des raisons de sécurité.

Comme la plupart des réfugiés à Zaatari, dont environ la moitié sont des enfants selon l’ONU, Hadil et sa famille sont venus de la province de Deraa, toute proche de la frontière jordanienne et berceau du soulèvement de 2011 contre le régime du président Bachar al-Assad.

La guerre a tué près d’un demi-million de personnes et déplacé environ la moitié de la population de la Syrie d’avant-guerre.

Hadil a épousé un réfugié syrien qui vit également à Zaatari. Le couple a déjà deux enfants, âgés de six et sept ans.

L’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a enregistré 168 500 naissances de bébés syriens en Jordanie depuis 2014. Au total, les Syriens en exil ont au cours de la même période donné naissance à environ un million d’enfants.

Beaucoup d’entre eux naissent dans des conditions difficiles dans des camps de réfugiés surpeuplés, souvent avec un accès limité à l’éducation avec la menace du travail des enfants et du mariage forcé qui pèse sur eux.

Un Syrien remplit un seau d’eau à l’intérieur de Zaatari, le plus grand camp de réfugiés syriens à Mafraq, en Jordanie, le 3 février 2019. (Crédit : AP Photo/Raad Adayleh)

« Où est la Syrie ? »

« Mes enfants ont grandi ici. Quand ils m’entendent parler de la Syrie, ils me demandent : ‘Maman, où est la Syrie ?' », explique Hadil, dans la salle d’attente de la seule maternité du camp.

« J’essaie de leur expliquer qu’ici ce n’est pas notre pays. Nous sommes des réfugiés. Notre pays est là-bas – la Syrie. C’est difficile à comprendre pour eux », ajoute la femme enceinte de six mois.

L’ONU compte 675 000 réfugiés syriens enregistrés en Jordanie, mais Amman estime le chiffre réel à environ 1,3 million de personnes et affirme que le coût de leur hébergement a dépassé 12 milliards de dollars.

Hadil dit ne pas oser rentrer pour l’instant dans son pays malgré une diminution des hostilités, son cousin, qui vivait à Zaatari, ayant été tué moins d’un mois après son retour à Deraa, laissant au camp sa femme et cinq enfants. « La situation est mauvaise en matière de sécurité. »

Photo d’illustration : Le camp de réfugiés syriens d’Azrak, en Jordanie, le 17 mai 2017. (Crédit : Ahmad Abdo/AFP)

Planning familial

La maternité de la clinique gérée par l’ONU – le plus grand établissement de santé du camp – dispose de 10 lits, dont la moitié sont occupés par des femmes qui viennent d’accoucher.

La sage-femme Amon Moustafa, 58 ans, travaille dans l’établissement depuis l’ouverture du camp en 2012.

« On fait naître entre cinq et 10 bébés chaque jour, et avec les cinq d’aujourd’hui, le nombre total de naissances dans le camp a atteint 15 963 », dit-elle. « Regardez, je l’ai écrit sur la paume de ma main. »

La clinique emploie 60 membres du personnel médical, dont quatre spécialistes, 21 sages-femmes et sept infirmières, ainsi que des laborantins et des pharmaciens.

« Je connais la plupart des femmes et des enfants du camp », ajoute Mme Moustafa avec un sourire.

La directrice de la clinique, Ghada al-Saad, explique à l’AFP que l’établissement « fonctionne 24h/24 et 7j/7, offrant tout gratuitement, y compris des médicaments, des traitements, des tests et des vaccins » jusqu’à l’âge de deux ans.

Des banderoles sur les murs encouragent les mères à allaiter, et selon Mme Moustafa, le personnel « essaie » d’éduquer les femmes sur la planification familiale et l’utilisation des contraceptifs, même si cette dernière reste limitée.

Photo d’illustration : Des petits garçons du camp de réfugiés syriens d’Azrak, en Jordanie, le 17 mai 2017. (Crédit : Ahmad Abdo/AFP)

« Bénédiction de Dieu »

Dans la salle d’attente, Nagham Chagrane, 20 ans, porte dans ses bras son nouveau-né, Zaïd, qui dort profondément.

Elle vit avec sa famille depuis neuf ans dans le camp, où elle a épousé son cousin.

« Au début, nous avons hésité à avoir notre premier enfant », explique-t-elle. « Chacun a le droit de naître et de vivre dans son pays, mais que pouvons-nous faire ? »

Les enfants nés dans des camps de réfugiés en Jordanie sont enregistrés par les autorités locales et peuvent ensuite demander un passeport syrien à l’ambassade à Amman, selon le HCR.

Emane Rabie, 28 ans, attend son quatrième enfant : « Les enfants sont une bénédiction, mais j’espère que ce sera ma dernière grossesse. »

« Mon mari aime les enfants. Il dit qu’ils sont une bénédiction de Dieu. »

Rabie raconte que la maison familiale à Deraa a été détruite pendant la guerre et qu’ils n’ont nulle part où aller. « Si on nous demande de quitter le camp et de retourner en Syrie, je serai la dernière à partir. »

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