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Nécrologie

Décès de Harry Belafonte à 96 ans, « le Juif le plus populaire d’Amérique »

Le chanteur et activiste des droits civiques avait repris le classique en hébreu "Hava Nagila" dans un club folk du centre-ville devenu une institution, le Village Vanguard

Le chanteur et activiste Harry Belafonte pendant un concert en hommage à l'icône folk et activiste des droits civiques Pete Seeger à New York, le 20 juin 2014. (Crédit :  AP Photo/Kathy Willens, file)
Le chanteur et activiste Harry Belafonte pendant un concert en hommage à l'icône folk et activiste des droits civiques Pete Seeger à New York, le 20 juin 2014. (Crédit : AP Photo/Kathy Willens, file)

New York Jewish Week via JTA — Harry Belafonte, chanteur, acteur, activiste des droits de l’Homme, qui s’était enorgueilli, dans le passé, d’être « le Juif le plus populaire d’Amérique » en raison de sa reprise d’un classique en hébreu, s’est éteint mardi 25 avril dans sa maison de l’Upper West Side, qu’il occupait depuis longtemps. Il était âgé de 96 ans.

Belafonte, né à New York City, devait devenir l’un des tout premiers artistes afro-américains à remporter un énorme succès commercial aux États-Unis et s’il avait été élevé dans le catholicisme, sa vie devait néanmoins s’articuler autour de causes, de valeurs et de personnalités juives. Parmi les nombreux liens qu’il entretenait avec le judaïsme – il avait notamment négocié une rencontre, en 1989, entre Nelson Mandela et des responsables juifs – il y avait eu son second mariage à une femme juive, la danseuse Julie Robinson. Le couple avait eu deux enfants, Gina et David, entre 1958 et 2004, année où les deux époux s’étaient séparés.

En 2011, Belafonte avait révélé dans son autobiographie, « My Song: A Memoir » que son grand-père paternel était juif. Ses parents étaient des immigrants jamaïcains : sa mère, Melvine, était la fille d’une blanche – une Écossaise – et d’un noir et son père, Harold George Bellanfanti – qui devait ultérieurement changer son nom de famille – était le fils d’une mère noire et d’un père juif néerlandais blanc. Dans son livre, Belafonte décrit son grand-père paternel, qu’il n’a jamais connu, en évoquant « un Juif néerlandais blanc qui a finalement dérivé jusque dans les îles après avoir recherché de l’or et des diamants sans aucun succès. »

Belafonte était né Harold George Bellanfanti Jr. à in Harlem, le 1er mars 1927. Son père avait été largement absent pendant son enfance ; sa mère, qui avait eu des difficultés à trouver un travail, avait noué une relation avec un tailleur juif qui lui avait appris comment repriser les vêtements. « Ce tailleur m’a apporté ma toute première expérience d’amitié avec un Juif, et il devait y en avoir beaucoup d’autres avec le temps », avait écrit Belafonte dans ses mémoires. Il avait passé une partie de son enfance en Jamaïque mais il était ensuite retourné à New York, intégrant le lycée George Washington à Washington Heights — le même lycée qu’Alan Greenspan et Henry Kissinger — avant d’abandonner les études.

Après une brève apparition dans la marine américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, Belafonte avait été touché par le virus de la comédie alors que, travaillant comme assistant d’un concierge, il avait reçu en cadeau deux billets pour l’American Negro Theater. « L’univers s’est ouvert devant moi », avait-il raconté à la NPR. « J’ai décidé que je voulais rester dans ce monde par tous les moyens. Ce que j’avais découvert dans ce théâtre, cela avait été le pouvoir : le pouvoir d’influencer, le pouvoir de connaître les autres, le pouvoir de connaître d’autres choses ».

A la fin des années 1940, Belafonte avait fréquenté des cours de comédie où il devait rencontrer celui qui allait rester son ami pendant toute sa vie, Sidney Poitier. Les deux hommes, pauvres, partageaient souvent un seul billet de théâtre, l’échangeant au moment de l’entracte. Il s’était également lié d’amitié avec l’acteur juif Tony Curtis, écrivant dans ses mémoires : « Il vivait dans le Bronx avec sa famille ; pourquoi vivre au centre-ville, disait-il, quand on peut vivre gratuitement dans un autre quartier ? Et d’ailleurs, était-ce si important qu’on le salue toujours là-bas sous le nom de Bernie Schwartz ? »

Lui et Curtis allaient souvent à des fêtes, avait-il écrit, parfois avec l’actrice Elaine Stritch « qui jurait de manière plus vulgaire que n’importe quel marin que j’ai pu connaître » et avec Bea Arthur, une comique juive, « qui commençait à se quereller avec Elaine jusqu’à ce que toutes les deux ne soient prises d’un incontrôlable fou rire ».

Pour payer ses cours de comédie, Belafonte avait commencé à chanter dans les night-clubs – et c’était là qu’une superstar était née. L’un de ses tout premiers succès avait été la reprise du hit en hébreu « Hava Nagila » dans un club folk du centre-ville devenu une institution, le Village Vanguard. Cette reprise, avait confié Belafonte en plaisantant au New York Times, en 2017, avait fait de lui « le Juif le plus populaire d’Amérique ».

Dans la même interview, Belafonte s’était souvenu de son enfance difficile dans les rues de son quartier et de la manière dont il avait été séduit par l’argent rapide en observant l’exemple de son oncle. « Tout le monde, sur cette Terre, a ses modèles pour apprendre à survivre, pour apprendre comment être dur, pour apprendre à s’en sortir, à truander, avec des rencontres quotidiennes », avait-il expliqué. « Mais ma mère considérait qu’à moins que je veuille vivre sans éclat, elle ne me laisserait pas suivre son frère Lenny. Quelque part là-dedans, il y a un Sholem Aleichem — une histoire riche racontant la légende de cette époque ».

Avec son album « Calypso » en 1953 – qui devait faire sensation et qui comprenait le titre le plus emblématique de sa carrière, « The Banana Boat Song » – Belafonte devait, presque à lui seul, « entraîner une passion frénétique pour la musique des Caraïbes », dit le New York Times dans son hommage rendu au défunt. « Calypso » devait prendre la première place du Billboard Top Pop Albums rapidement après sa sortie et conserver la première marche du podium pendant 31 semaines. Ce serait le seul album solo à avoir été vendu à plus d’un million de copie. En 1959, Belafonte était le chanteur afro-américain le plus payé de l’Histoire, rappelle le Times.

Connu dans le monde entier sous le nom du « roi du Calypso », Belafonte avait enregistré de nombreux classiques mondiaux et folk pendant toute sa carrière musicale – avec notamment des classiques juifs. Il avait chanté, en 1959 en Angleterre, « Hine Ma Tov » aux côtés de ce qui avait semblé être un chœur militaire israélien. Son album de 1963, « Streets I Have Walked, » avait inclus une reprise de « Erev Shel Shoshanim », une chanson de mariage juif populaire.

La plus grande passion de Belafonte ne devait pas être la comédie ou le chant mais l’activisme en faveur des droits civiques. Dans ce domaine également, il avait étroitement travaillé avec de nombreux militants juifs dans le cadre de l’alliance pour les droits civils qui avait été conclue entre des leaders Afro-Américains et des responsables Juifs dans les années 1950 et 1960. Mais comme il s’en était souvenu dans ses mémoires, cela avait été le racisme dont avait témoigné le responsable juif d’une chaîne de télévision qui lui avait donné l’envie de se battre contre la ségrégation raciale aux États-Unis.

FILE – Le chanteur et activiste Harry Belafonte s’exprime pendant une marche des jeunes pour l’intégration au Lincoln Memorial à Washington, le 25 octobre 1958. (Crédit : AP Photo/Charles Gorry, File)

Ce responsable, un Juif originaire de Montréal qui s’appelait Charles Revson, avait demandé à Belafonte de cesser d’accueillir des danseurs blancs lors de ses spectacles, citant les préférences des spectateurs du sud. Belafonte avait raconté qu’il avait rejeté cette demande et qu’il avait laissé Revson annuler son concert. Il avait réalisé à ce moment-là, avait-il écrit, que la télévision ne pouvait que refléter les attitudes sociétales et non les changer. « Pour changer la culture, il fallait changer le pays », avait-il conclu.

A travers son activisme en faveur des droits civiques, il était devenu ami avec Martin Luther King Jr. en 1956. Une amitié qui devait durer jusqu’à l’assassinat de King, en 1968. « Mon appartement était une retraite pour lui », avait raconté Belafonte au micro de la NPR en évoquant King et son appartement de 21 pièces en 2008. « Il avait sa propre entrée, sa propre cuisine. La maison était, pour lui, un endroit où il pouvait réfléchir, rester ; où il pouvait ôter ses chaussures, ouvrir les boutons de sa chemise et être lui-même, tout simplement. »

Belafonte avait aidé à financer, dès le départ, le lancement du Student Nonviolent Coordinating Committee et il avait été l’un des principaux collecteurs de fonds pour cette organisation et pour la Southern Christian Leadership Conference de King. Il avait été « profondément impliqué » dans la marche de 1963 sur Washington et il avait soutenu financièrement les Freedom Rides.

L’engagement de Belafonte en faveur de la justice sociale avait duré pendant toute sa vie et pendant toute sa carrière. Dans les années 1980, il avait aidé à organiser le concert de Live Aid et il avait été ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF, succédant à l’artiste juif Danny Kaye qui avait été le tout premier à occuper cette fonction. Il avait co-organisé la Women’s March à Washington, au mois de janvier 2017, aux côtés de Gloria Steinem, même si son état de santé ne lui avait pas permis d’être physiquement présent.

Même s’il devait son immense célébrité à la chanson, Belafonte avait continué à faire des films pendant toute sa carrière. Dans les années 1970, il avait produit et il avait joué dans un premier rôle dans « L’Ange Levine » aux côtés de la star révélée par « Le Violon sur le Toit », Zero Mostel. Sur la base d’une histoire écrite par Bernard Malamud, Belafonte avait joué le rôle de l’ange juif éponyme. (« Le projet a aussi une dimension sociopolitique », avait écrit le Times, Belafonte Enterprises, la firme du chanteur, ayant embauché 15 apprentis afro-américains et hispaniques pour travailler dans l’équipe).

Belafonte est mort d’une insuffisance cardiaque. Il laisse derrière lui les deux enfants nés de son mariage avec Robinson ; les deux enfants de sa première union avec Marguerite Byrd, Adrienne Biesemeyer et Shari Belafonte; et huit petits-enfants. Après avoir divorcé de Robinson en 2004, il avait épousé la photographe Pamela Frank en 2008. Frank survit à son époux ainsi que ses beaux-enfants, Sarah Frank et Lindsey Frank, et leurs sept enfants, ses petits-enfants par alliance.

« Il y a encore tellement de choses qui sont de l’ordre du possible pour moi », avait confié Belafonte au New York Times en amont de son 90e anniversaire, en 2017. « Je ne suis plus aussi jeune que ça, même si j’ai l’impression de l’être ou que je pense l’être. Ce chiffre de 90 ans, c’est flou. Parce que je ne sais pas ce qu’il me reste, parce qu’il faudrait que je me dépêche de faire ce qu’il me reste à faire car j’ai conscience du fait que le temps n’est pas un allié ».

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