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Décès de Robert Clary, chanteur et acteur français et survivant de la Shoah

Il est principalement connu pour avoir joué le rôle du Caporal Louis LeBeau, un prisonnier français, dans la série télévisée américaine "Papa Schultz"

L'acteur, artiste et chanteur Robert Clary chez lui, à Beverly Hills, en Californie, le 26 février 2014. (Crédit : Chris Pizzello/Invision/AP)
L'acteur, artiste et chanteur Robert Clary chez lui, à Beverly Hills, en Californie, le 26 février 2014. (Crédit : Chris Pizzello/Invision/AP)

Robert Clary, chanteur et acteur français établi aux États-Unis, survivant de la Shoah, est décédé le 16 novembre dernier à Los Angeles. Il était âgé de 96 ans.

Clary est décédé de causes naturelles à son domicile, a rapporté hier sa nièce Brenda Hancock.

Il est principalement connu pour avoir joué le rôle du Caporal Louis LeBeau (un prisonnier français) dans la série télévisée « Papa Schultz » (« Hogan’s Heroes »), aussi connue sous le nom de « Stalag 13 », dans les années 1960.

Né Robert Widerman à Paris le 1er mars 1926, dans une famille d’origine juive polonaise, il a commencé sa carrière de chanteur professionnel à la radio à ses 12 ans.

Il a été arrêté et déporté depuis Drancy avec ses parents quand il avait 16 ans, le 25 septembre 1942. Ses deux parents ont été gazés à leur arrivée à Auschwitz.

Robert Clary a connu les camps d’Auschwitz, d’Ottmuth, de Blechhammer, de Gross-Rosen et de Buchenwald, ainsi que les marches de la mort.

« Nous n’étions même pas des êtres humains. Arrivés à Buchenwald, les SS nous ont poussés dans une salle de douche pour y passer la nuit. J’avais entendu les rumeurs sur les pommeaux de douche factices qui étaient des jets de gaz. J’ai pensé, ‘Ça y est’. Mais non, c’était juste un endroit pour dormir », a-t-il témoigné.

« Les huit premiers jours là-bas, les Allemands nous ont gardés sans une miette à manger. Nous nous accrochions à la vie par nos tripes pures, dormant les uns sur les autres, nous réveillant chaque matin pour trouver un nouveau cadavre à côté de toi… Toute l’expérience a été un cauchemar total – la façon dont ils nous ont traités, ce que nous avons dû faire pour survivre. Nous étions moins que des animaux. Parfois, je rêve de ces jours. Je me réveille en sueur, terrifié par la peur d’être envoyé dans un camp de concentration, mais je ne garde pas rancune parce que c’est une grande perte de temps. Oui, il y a quelque chose de sombre dans l’âme humaine. Pour la plupart, les êtres humains ne sont pas très gentils. C’est pourquoi, lorsque vous trouvez ceux qui le sont, vous les chérissez. »

De sa libération à Buchenwald par les Américains le 11 avril 1945, il disait : « Les détenus se serraient dans les bras, sautaient, dansaient, pleuraient de joie (…) Ceux qui étaient trop malades ou trop faibles se contentaient de sourire (…) Il était difficile de croire que ce jour était enfin arrivé, que nos misères allaient prendre fin, que nous avions survécu. »

Après la guerre, il a appris que que trois de ses treize frères et sœurs n’avaient pas été déportés et avaient survécu à l’occupation nazie de la France. Il est redevenu chanteur, puis est parti s’installer aux États-Unis en octobre 1949, jouant dans différentes sitcoms et comédies musicales à Broadway. Il a épousé la fille de l’acteur américain Eddie Cantor, Natalie Cantor Metzger, en 1965 – elle est décédée en 1997.

Robert Clary dans la série « Papa Schultz ». (Crédit : CBS Television / Domaine public)

Il a continué à se produire sur scène et à la télévision jusqu’à la fin des années 1990, notamment dans les séries « Les nouveaux monstres sont arrivés », « Les Feux de l’amour » ou encore « Amour, Gloire et Beauté ».

Il a aussi longtemps témoigné de son expérience en tant que témoin et survivant de la Shoah, donnant des conférences dans les écoles américaines et autres lieux.

Il a publié son autobiographie De l’Holocauste à Papa Schultz en 2001.

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