Décès du chef d’orchestre James Levine, figure du Met, accusé d’abus sexuels
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Décès du chef d’orchestre James Levine, figure du Met, accusé d’abus sexuels

Figure emblématique du Metropolitan Opera, Levine a fait partie des nombreuses personnalités écartées dans la foulée du mouvement #MeToo

James Levine (Crédit : Capture d’écran YouTube)
James Levine (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Le chef d’orchestre juif James Levine est décédé à 77 ans, trois ans après un scandale d’abus sexuels qui avait mis fin à sa carrière, ternie définitivement malgré quarante ans à la direction musicale du Metropolitan Opera de New York.

James Levine est mort de « causes naturelles » le 9 mars à Palm Springs en Californie, a indiqué mercredi à l’AFP, sans plus de précisions, son médecin de longue date, Len Horovitz, confirmant une information du New York Times.

Nommé directeur musical du Metropolitan Opera en 1976, le natif de Cincinnati aura transformé l’institution, au point de l’inscrire parmi les grands opéras du monde alors qu’elle était déconsidérée jusque-là.

Tout en faisant honneur aux classiques du répertoire, il a fait entrer au programme des œuvres contemporaines qui n’avaient pas droit de cité ainsi que des compositeurs délaissés.

Il a également fait du Met un monstre du spectacle vivant aux Etats-Unis, avec un budget annuel de plus de 300 millions de dollars en 2019.

Avec son épaisse chevelure bouclée, ses lunettes cerclées de métal, son style expressif et sa personnalité extravertie, James Levine s’était imposé comme l’une des figures les plus reconnaissables du monde de la musique classique.

Au total, il aura dirigé l’orchestre du Met plus de 2 550 fois.

Reconnu mondialement, il aura aussi été le directeur musical de l’orchestre symphonique de Boston au début des années 2000, ainsi que du Philharmonique de Munich de 1999 à 2004.

Mais il aura connu une série de problèmes de santé à partir de 2006, d’une blessure à l’épaule consécutive à une chute sur scène à une insuffisance rénale en passant par une hernie discale.

En 2016, il avait accepté de renoncer à la direction musicale du Met, atteint par la maladie de Parkinson, qui l’handicapait depuis de nombreuses années.

Le Metropolitan Opera, au centre, à la Josie Robertson Plaza du Lincoln Center, le 12 mars 2020, à New York. (Crédit : AP Photo/Kathy Willens)

« Preuves crédibles » d’abus sexuels

Il demeurait néanmoins directeur musical honoraire, jusqu’à sa suspension, en décembre 2017, après la publication de témoignages l’accusant d’abus sexuels dans le New York Times et le New York Post.

Les deux quotidiens évoquaient le cas d’un homme accusant le chef d’orchestre d’attouchements à partir de 1985, alors qu’il n’avait que 15 ans, jusqu’en 1993.

Trois autres hommes ont également affirmé publiquement avoir été agressés sexuellement par James Levine, les faits allégués les plus anciens remontant à 1968, même s’il n’a pas été poursuivi au pénal.

Tous décrivaient un homme plus âgé qu’eux qui avait joué de son statut et de son influence pour les pousser à se laisser faire.

En mars 2018, le Met avait publié les conclusions de son enquête, qui confirmait l’existence de « preuves crédibles » que le musicien s’était bien livré « à du harcèlement et à un comportement abusif sexuellement ».

L’opéra avait alors mis fin à toutes les fonctions qu’occupait encore James Levine au sein de l’institution.

C’est le chef d’orchestre québécois Yannick Nézet-Séguin qui lui a succédé à la direction musicale du Met à la rentrée 2018.

Après le départ de James Levine, le chef d’orchestre avait attaqué le Metropolitan Opera en justice, lui réclamant 5,8 millions de dollars sur la base de son contrat de directeur musical honoraire, qui courait sur dix ans. Le Met avait alors répliqué en saisissant à son tour la justice civile.

Les deux parties avaient fini par trouver un accord amiable, l’employeur historique de James Levine lui versant 3,5 millions de dollars, selon le New York Times.

James Levine figure parmi les nombreuses personnalités écartées dans la foulée du mouvement #MeToo, qui a libéré la parole des victimes et poussé vers la sortie des dizaines d’hommes de pouvoir, dirigeants d’entreprises, personnalités des arts et du spectacle, mais aussi des politiciens.

« Il était, à son époque, un grand chef d’orchestre, mais ce n’est pas ce qui restera », a écrit, sur Twitter, Terry Teachout, dramaturge qui a aussi écrit plusieurs livrets d’opéra. « C’est le prix d’un comportement inacceptable. »

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