Députés de l’opposition : la trêve ne fait que retarder les prochaines violences
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Députés de l’opposition : la trêve ne fait que retarder les prochaines violences

Pour Liberman et Lapid, un nouveau conflit n'est qu'une question de temps ; le cabinet de sécurité assure que même avec la trêve, les assassinats de terroristes continueront

Un cratère causé par une roquette tirée depuis la bande de Gaza, près de Gan Yavne dans le sud d'Israël, le 12 novembre 2019 (Crédit : police israélienne)
Un cratère causé par une roquette tirée depuis la bande de Gaza, près de Gan Yavne dans le sud d'Israël, le 12 novembre 2019 (Crédit : police israélienne)

Les députés de l’opposition ont dénigré le cessez-le-feu conclu jeudi entre Israël et le Jihad islamique palestinien de la bande de Gaza pour lettre un terme à deux jours de combats transfrontaliers intenses, estimant que l’accalmie ne fera que conduire à un nouveau conflit.

Au moins cinq roquettes ont été tirées depuis l’enclave gazaouïe vers Israël dans les heures qui ont suivi l’annonce du cessez-le-feu en vigueur depuis 5 heures 30 jeudi.

« L’objectif de toute organisation terroriste est de perturber la vie quotidienne », a déclaré à la radio de l’armée Avigdor Liberman, un ancien ministre de la Défense. « Et ici encore, une organisation mineure est parvenue à paralyser un tiers du pays. Aujourd’hui également, il est clair pour tout le monde : la prochaine série [de violence] n’est qu’une question de temps. »

Les échanges de tirs ont commencé lorsque l’armée israélienne a tué le commandant du groupe terroriste du Jihad islamique, Baha Abou al-Ata, dans la bande de Gaza mardi dans le cadre d’une élimination ciblée. En réaction, des centaines roquettes ont été tirées sur Israël pendant deux jours.

Avigdor Liberman (à gauche), dirigeant de Yisrael Beytenu, et le président Reuven Rivlin se rencontrent à la résidence du président à Jérusalem, le 13 novembre 2019. (Mark Neiman/GPO)

Les roquettes de l’organisation terroriste ont visé le sud et le centre du pays, dont quelques-uns ciblaient la région métropolitaine de Tel Aviv. Ces événements ont poussé le commandement du Front intérieur de l’armée à ordonner la fermeture d’écoles et d’entreprises dans de nombreuses régions attaquées, affectant des centaines de milliers de gens. L’aviation militaire a riposté par des frappes aériennes sur des cibles du Jihad islamique dans l’enclave côtière.

Le député de Kakhol lavan Ofer Shelah a déclaré au micro de la radio de l’armée que le Jihad islamique « nous a gardés en otage pendant trois jours ».

« Le Jihad islamique est parvenu à donner l’impression d’avoir gagné en interrompant l’activité économique à Tel Aviv », a-t-il dénoncé.

« Le compromis avec le Jihad islamique n’est pas positif » a tweeté pour sa part le numéro 2 du parti, Yair Lapid. « Ce n’est pas bon car cela conduira à la prochaine série [de combat]. Ce n’est pas bon car si on accorde des choses au Jihad islamique après qu’il a tiré 400 roquettes, lors du prochain cycle, le Hamas ne pourra pas rester sur la touche. Ce n’est pas bon, car une de fois de plus, rien n’a changé. »

Yair Lapid et des militants du parti Kakhol lavan posent devant un bus de campagne à Glilot, le 21 juillet 2019. (Flash90)

« La dissuasion est non existante », a-t-il ajouté. « Les résidents du sud ne se sentent pas en sécurité. Le phénoménal succès opérationnel et en termes de renseignements dans l’assassinat (justifié) d’Abou Al-Ata reste un incident isolé qui ne modifie pas la perception des citoyens. »

Le ministère de la Sécurité publique Gilad Erdan a répondu à Lapid sur Twitter, écrivant, « il n’y a eu aucun compromis, et vous le savez. [Le Jihad islamique] voulait le cessez-le-feu et n’a obtenu aucun engagement en retour. Il s’agissait de proactivité de la part d’Israël — mortelle et dissuasive — qui ont transmis aux terroristes le message que « ils auront ce qu’ils méritent ».

Sur Twitter, la députée Tamar Zandberg du Camp démocratique a salué la trêve, mais souligné qu’un accord plus exhaustif était nécessaire pour arrêter les violences.

« Il est plus important aujourd’hui plus que jamais de se rappeler qu’un cessez-le-feu entre les cycles [de combat] n’est pas une solution totale », a écrit Tamar Zandberg. « Cela ne sera possible qu’en parvenant à l’entente complète, et à partir de là, l’entame de discussions pour un accord diplomatique avec l’ensemble du peuple palestinien. »

« Si nous n’utilisons pas ce cessez-le-feu pour nous efforcer de changer la situation, il est probable que les choses se détériorent », a-t-elle mis en garde.

La députée du Camp démocratique Tamar Zandberg arrive à une audience devant la Cour suprême pour demander la disqualification du parti Otzma Yehudit au scrutin de septembre, le 22 août 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’armée israélienne a confirmé jeudi qu’une trêve avait été conclue avec les organisations terroristes de la bande de Gaza pour mettre un terme aux échanges de tirs.

Cependant, des ministres du cabinet ont souligné qu’Israël continuerait quand même à mener des assassinats ciblés contre ceux qui attaquent la population civile du pays.

Les commentaires de ces trois hauts responsables du cabinet de sécurité sont survenus quelques heures après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu et sont venus contredire les affirmations du secrétaire général du Jihad islamique basé à Damas, Ziad Nakhala, qui avait dit la veille que, dans le cadre de l’accord, Israël avait accepté de ne plus recourir aux éliminations ciblées.

Jeudi, un porte-parole de l’armée israélienne a rapporté qu’un autre chef de l’organisation terroriste avait été tué ainsi que plusieurs membres de sa famille, peu avant le début de la trêve.

Des familles israéliennes trouvent refuge dans la ville côtière d’Ashkelon, le 13 novembre 2019. (AP Photo/Tsafrir Abayov)

Le ministre de la Défense, Naftali Bennett, a fait savoir dans un communiqué que « les règles du jeu sont claires — l’armée israélienne jouira d’une totale liberté d’action, sans restrictions ».

« Un terroriste qui tente de nuire à des civils israéliens ne pourra plus dormir en paix, ni chez lui, ni dans son lit, ni dans une cachette », a assuré Naftali Bennett, qui est entré en fonction mardi, après le début des affrontements.

Il faisait ici allusion à l’élimination d’Abou al-Ata, assassiné par une roquette tirée par un avion israélien chez lui, pendant son sommeil.

Le ministre de la Défense Naftali Bennett rencontre le chef d’état-major de l’armée, Aviv Kochavi, le 13 novembre 2019. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la défense)

Bennett a également félicité le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le cabinet pour ce qu’il a qualifié de « décision correcte » en ce qui concerne Abou al-Ata.

Le ministre des Affaires étrangères Yisraël Katz, a déclaré que la politique israélienne d’assassinats ciblés avait « fait ses preuves » et qu’elle se poursuivrait, malgré la nouvelle du cessez-le-feu.

« Tous ceux qui étaient des hauts responsables militaires, qui étaient prêts à agir et étaient impliqués dans des actes de terrorisme ou des tirs de roquettes contre Israël, ont été éliminés », a-t-il déclaré à la radio de l’armée israélienne. « Et nous avons l’intention de continuer dans cette voie. »

« Israël s’en prendra à tous ceux qui s’en prennent à lui », a-t-il menacé.

Le ministre a également noté qu’il s’agissait d’une « réussite pour Israël » que le Hamas, qui dirige de facto Gaza depuis 2007 et dispose d’un arsenal de dizaines de milliers de roquettes, se soit tenu à l’écart du conflit.

Le Jihad islamique, a-t-il dit, « a subi un coup sans précédent ».

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri dirige une réunion du parti Shas à la Knesset le 27 mai 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de l’Intérieur, Aryeh Deri, a abondé dans le sens de Katz, estimant que le refus du Hamas de se joindre aux attaques du Jihad islamique contre Israël est un signe encourageant pour les efforts diplomatiques en cours destinés à garantir un cessez-le-feu à long terme avec l’organisation terroriste qui dirige Gaza.

« Nous sommes en cours de négociations avec le Hamas, et on constate qu’il souhaite [parvenir à un accord avec Israël] parce qu’il ne s’est pas joint aux combats », a indiqué le chef du parti Shas au site d’information Ynet.

« Il n’est pas dans notre intérêt de continuer [les combats] », a assuré Deri. « Ils [le Jihad islamique] n’a pas accepté cela dans le but d’entamer un nouveau cycle [de conflit] ».

Le ministre de la Sécurité publique Erdan a rejeté une autre affirmation du secrétaire général du groupe terroriste, Nakhala qui a déclaré à la chaîne libanaise pro-Hezbollah Al-Mayadeen mercredi soir qu’Israël avait accepté de ne pas ouvrir le feu sur les Gazaouïs qui se rassemblent à la frontière chaque semaine, souvent tentant d’ouvrir une faille dans la clôture ou attaquant les soldats surveillant la frontière.

« Israël ne s’est pas engagé à cesser de tirer sur les manifestants à la clôture [frontalière] ou de cesser les assassinats ciblés », a assuré Erdan jeudi lors d’un entretien à l’antenne de la radio de l’armée.

Lors des derniers événements, « la sécurité et ce qui est bien pour notre pays – a toujours été au cœur de nos considérations » a-t-il indiqué. « Nous nous engageons à essayer de restaurer le calme d’une façon qui n’impliquera pas une vaste campagne militaire et une invasion terrestre [dans Gaza] ».

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, le 9 juillet 2019. (Crédit : Flash90)

Depuis le début des hostilités, le Jihad islamique a tiré au moins 450 roquettes sur des villes israéliennes, d’après de hauts responsables israéliens. L’armée a riposté par plusieurs salves de frappes aériennes contre des installations de l’organisation terroriste et des unités de tir de roquettes. Le ministère de la Santé de l’enclave a indiqué que 34 Gazaouïs avaient péri lors de ces frappes. Israël a précisé qu’il s’agissait pour la plupart de terroristes.

Les soldats en charge du système de défense antimissile du Dôme de fer ont intercepté 90 % des roquettes tirées vers les zones peuplées depuis mardi matin.

L’armée israélienne a surnommé cet épisode d’affrontements Opération Ceinture noire et fait savoir jeudi qu’elle avait rapidement atteint ses objectifs, en ayant asséné « un coup sévère » aux capacités d’armement du Jihad islamique.

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