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Des centaines de soldats étaient devant Beeri lors du massacre, relate un survivant

Un membre de l'équipe de sécurité civile de la communauté, qui s'est battu jusqu'à ses dernières balles, offre un témoignage glaçant du carnage du 7 octobre

Des membres de l'unité tactique de la patrouille Yamas dans le kibboutz Beeri, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 22 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Des membres de l'unité tactique de la patrouille Yamas dans le kibboutz Beeri, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 22 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le 7 octobre, les troupes de l’armée israélienne ont refusé d’engager le combat contre les terroristes dans le kibboutz Beeri et ont laissé les membres du kibboutz les combattre seuls, racontent des membres de l’équipe de sécurité civile de la communauté.

« Ce que je n’oublierai jamais et qui m’a le plus traumatisé dans cette épreuve, c’est d’arriver à l’entrée du kibboutz et de voir 500 soldats positionnés de manière organisée et ordonnée, se tenant prêts et nous regardant », a déclaré Yair Avital, l’un des membres survivants de l’équipe de sécurité du kibboutz, à la Douzième chaîne dans une séquence diffusée mercredi.

Beeri a été l’une des communautés les plus durement touchées ce samedi-là. Près de 10 % de ses membres ont été décimés lorsque 3 000 terroristes du Hamas ont franchi la frontière de Gaza pour entrer en Israël, tuant 1 400 personnes dans des villes du sud, des bases militaires et lors d’une rave, blessant plus de 5 400 personnes et prenant au moins 240 otages.

S’adressant à la Douzième chaîne depuis les restes calcinés du kibboutz, Avital et d’autres survivants de l’équipe de sécurité ont raconté leur calvaire et la façon dont ils disent avoir été abandonnés par Tsahal.

A 7h30, moins d’une heure après l’infiltration des terroristes dans le kibboutz par l’entrée principale et par des brèches dans la clôture, deux membres de l’équipe de sécurité avaient été tués et trois autres étaient blessés, se souvient Avital.

C’est à ce moment-là que cinq officiers de police sont arrivés sur les lieux, chacun muni seulement d’une arme de poing. Se rendant compte qu’ils étaient mal équipés, ils sont partis chercher d’autres armes. Mais au fur et à mesure que les scènes de Beeri se répétaient à travers toutes les communautés frontalières de la bande de Gaza, ils ont été réaffectés à d’autres endroits et ne sont plus revenus.

« Vous le voyez de vos propres yeux, vous voyez les terroristes se déverser dans le kibboutz. Un camion après l’autre, probablement sous l’emprise de la drogue », raconte Elam Maor, un survivant. « C’était une armée avec des munitions à n’en plus finir. »

Des soldats israéliens passant devant des maisons détruites par des terroristes du Hamas dans le kibboutz Beeri, le 14 octobre 2023. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

À 9 heures du matin, la première équipe de soldats de Tsahal est arrivée au kibboutz, plus de deux heures après l’irruption des premiers terroristes par la grille principale. Mais les soldats, une équipe de 14 membres de l’unité d’élite Shaldag, ont rapidement été submergés et se sont repliés vers l’entrée du kibboutz.

En traversant la clinique dentaire où les secouristes ont soigné les blessés et où l’équipe de sécurité s’est battue jusqu’à épuisement de ses balles le 7 octobre, Avital a raconté à la Douzième chaîne ce qu’il y avait vu ce matin-là.

« À ce stade, Shahar et Eitan [de l’équipe de sécurité] se battent et nous avons l’impression de gagner », explique-t-il. « Nos hommes avaient tué tous ceux qui passaient par là ».

Mais à l’extérieur de la clinique, les combats font rage et l’équipe de sécurité, épuisée, supplie Tsahal d’envoyer des avions de chasse et des renforts.

Ce n’est qu’à 13 heures qu’une escouade de soldats du Shaldag est revenue, accompagnée cette fois d’une équipe de l’unité d’élite Sayeret Matkal.

« Ce n’est qu’alors qu’ils ont réussi à avoir un impact et à renverser la situation dans les zones où ils étaient positionnés », explique Yuval Weiss, un membre de l’équipe de sécurité.

À 14 heures, l’ambiance à l’intérieur de la clinique avait changé. Alors que les combats faisaient rage à l’extérieur, une équipe de terroristes du Hamas les a encerclés et le pilote d’un hélicoptère de combat a informé l’équipe qu’il n’était pas autorisé à tirer à l’intérieur du kibboutz.

« Au moins huit grenades ont été lancées ici et nos munitions étaient déjà épuisées », a ajouté Avital en marchant dans la clinique dévastée et tachée de sang.

« Shahar a crié en anglais aux terroristes : ‘Je ne suis pas votre ennemi, s’il vous plaît, je ne suis pas votre ennemi' », poursuit-il. « Puis une autre grenade a été lancée et Shahar n’était plus avec nous ».

Piégé dans la clinique, entouré de cadavres et de son propre sang, Avital a fait le mort, retenant son souffle pendant que les terroristes inspectaient chaque corps et exécutaient tous ceux qu’ils pensaient être encore en vie.

Un Israélien portant un châle de prière prie à côté de maisons détruites par des terroristes du Hamas dans le kibboutz Beeri, le 22 octobre 2023. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

À 18 h 30, les troupes de Tsahal sont finalement arrivées à la clinique, où seuls Avital et l’infirmière du kibboutz, Nirit, ont survécu.

Avital raconte comment il a perdu toute foi en l’armée alors qu’il était évacué du kibboutz sur une civière, raconte-t-il à la Douzième chaîne.

« Cinq cents soldats de Tsahal étaient à l’extérieur, organisés, avec des chiens, avec du matériel, des armes et des véhicules blindés, ils se tenaient à l’extérieur et pas un seul d’entre eux n’a fait quoi que ce soit », a-t-il déclaré.

« Je me souviens leur avoir crié depuis la civière : ‘Ils nous massacrent ! Allez-y, sauvez-nous ! Sauvez-nous !’ et aucun d’entre eux ne m’a regardé, aucun d’entre eux n’a dit quoi que ce soit. »

« Ils n’arrêtaient pas de répéter : ‘Le champ n’est pas stérile, le champ n’est pas stérile' », a-t-il poursuivi, expliquant que l’insistance sur le fait que la zone devait être « stérile » avant que les soldats puissent y entrer était un signe qu’aucun d’entre eux ne comprenait ce qui se passait à l’intérieur du kibboutz.

« Personne n’a compris que la doctrine de combat bien connue et familière de l’armée israélienne n’existe plus », a déclaré Avital. « Les gens ici perdaient du sang à chaque minute, et l’armée était dehors, sans comprendre ce qui se passait, et cela m’a brisé le cœur. »

Les vestiges du kibboutz Beeri, totalement dévasté par une attaque terroriste du Hamas le 7 octobre, vus le 20 octobre 2023. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Il aura fallu deux jours à Tsahal pour compléter l’évacuation du kibboutz Beeri et s’assurer qu’il n’y restait plus aucun terroriste. Avant le massacre du 7 octobre, le kibboutz était la plus grande des 25 communautés qui composent le Conseil régional d’Eshkol.

Les jours qui ont suivi le massacre, 108 corps ont été retrouvés dans le kibboutz et il a été confirmé que des dizaines de personnes avaient été emmenées à Gaza comme otages.

De multiples scènes d’atrocités ont été filmées par les terroristes qui ont envahi Beeri ce jour-là, dont des scènes de civils suppliant qu’on leur fasse grâce alors qu’ils étaient exécutés et de familles mutilées brûlées vives à l’intérieur de leurs maisons.

Le kibboutz, dont la création précède de deux ans celle de l’État d’Israël, est devenu le symbole de l’attaque en raison de sa taille, de l’ampleur et du niveau de documentation des massacres qui y ont été perpétrés.

Presque un mois s’est écoulé depuis le 7 octobre, et Avital n’arrive toujours pas à dormir, a-t-il déclaré à la Douzième chaîne, alors qu’il était assis avec les autres survivants de l’équipe de sécurité civile qui était autrefois la sienne.

« Dès que vous fermez les yeux, tellement de visions surgissent », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas un buisson ou un rocher à propos duquel je n’imagine pas que si nous avions agi de telle ou telle manière, nous aurions pu changer les choses et peut-être sauver une autre famille. »

Canaan Lidor a contribué à cet article.

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