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Des communautés juives américaines ont aidé à réinstaller 1 700 Afghans cette année

À l'occasion du 1e anniversaire de la fin de la présence américaine en Afghanistan, les réfugiés afghans et les volontaires juifs réfléchissent aux difficultés de repartir de zéro

  • Hadiya, réfugiée afghane, et son père Mirwais, après avoir été réinstallés en 2021 à Harrisburg, en Pennsylvanie, grâce à une initiative conjointe des Fédérations juives d'Amérique du Nord et de la Fondation Shapiro. (Crédit : Autorisation)
    Hadiya, réfugiée afghane, et son père Mirwais, après avoir été réinstallés en 2021 à Harrisburg, en Pennsylvanie, grâce à une initiative conjointe des Fédérations juives d'Amérique du Nord et de la Fondation Shapiro. (Crédit : Autorisation)
  • Un combattant taliban montant la garde alors que des personnes reçoivent des rations alimentaires distribuées par un groupe d'aide humanitaire chinois, à Kaboul, en Afghanistan, le 30 avril 2022. (Crédit : Ebrahim Noroozi/AP)
    Un combattant taliban montant la garde alors que des personnes reçoivent des rations alimentaires distribuées par un groupe d'aide humanitaire chinois, à Kaboul, en Afghanistan, le 30 avril 2022. (Crédit : Ebrahim Noroozi/AP)
  • Un aviateur apportant son aide à des personnes évacuées d'Afghanistan, à la base aérienne d'Al Udeid, au Qatar, le 26 août 2021. (Crédit : Sergent-chef True Thao/U.S. Army via AP/Archives)
    Un aviateur apportant son aide à des personnes évacuées d'Afghanistan, à la base aérienne d'Al Udeid, au Qatar, le 26 août 2021. (Crédit : Sergent-chef True Thao/U.S. Army via AP/Archives)
  • Des femmes rassemblées pour réclamer leurs droits sous le régime taliban lors d'une manifestation à Kaboul, en Afghanistan, le 3 septembre 2021. (AP Photo/Wali Sabawoon)
    Des femmes rassemblées pour réclamer leurs droits sous le régime taliban lors d'une manifestation à Kaboul, en Afghanistan, le 3 septembre 2021. (AP Photo/Wali Sabawoon)
  • Une réfugiée afghane faisant la lecture à des enfants au Centre communautaire juif du Grand Harrisburg où elle travaille comme assistante dans le jardin d'enfants, en Pennsylvanie. (Crédit : JCC du Grand Harrisburg)
    Une réfugiée afghane faisant la lecture à des enfants au Centre communautaire juif du Grand Harrisburg où elle travaille comme assistante dans le jardin d'enfants, en Pennsylvanie. (Crédit : JCC du Grand Harrisburg)
  • Des Afghans rassemblés au bord d'une route près de la partie militaire de l'aéroport de Kaboul dans l'espoir de fuir le pays après la prise de contrôle militaire de l'Afghanistan par les Talibans, le 20 août 2021. (Crédit : Wakil Kohsar/AFP)
    Des Afghans rassemblés au bord d'une route près de la partie militaire de l'aéroport de Kaboul dans l'espoir de fuir le pays après la prise de contrôle militaire de l'Afghanistan par les Talibans, le 20 août 2021. (Crédit : Wakil Kohsar/AFP)

Le 1er septembre 2021, Hadiya, dont le nom de famille n’a pas été divulgué pour des raisons de sécurité, a fui sa maison de Kaboul avec ses parents Mirwais et Zarmina, et sa sœur aînée Marwa. Ils n’ont emporté que leurs téléphones portables, un ordinateur portable et les vêtements qu’ils portaient.

Hadiya, âgée de 22 ans, et sa famille ont échappé à la prise du pouvoir par les talibans et au retrait chaotique de l’armée américaine d’Afghanistan après une guerre longue de 20 ans. Mardi marque le premier anniversaire de la fin du retrait, qui a entraîné l’évacuation de dizaines de milliers d’Afghans en danger et affiliés aux États-Unis.

« Nous devions partir. Mon père avait été journaliste à Radio Azadi [anciennement Radio Free Afghanistan] et travaillait à l’époque pour l’armée afghane. Et ma sœur occupait un poste important au ministère afghan de l’Intérieur », a déclaré Hadiya.

Plutôt que de se rendre à l’aéroport de Kaboul qui était bondé, Hadiya et sa famille sont restés chez eux jusqu’à ce qu’un conseiller américain ne leur dise de se rendre dans une autre province, à sept heures de route. Ils y sont restés 20 jours jusqu’à ce que les talibans acceptent les conditions nécessaires à leur sortie. L’armée américaine a transporté la famille par avion jusqu’à une base au Qatar. Ils y sont restés un mois avant d’être transférés sur une base militaire en Virginie, où ils ont vécu avec d’autres personnes évacuées pendant plus de deux mois.

Dans une interview accordée au Times of Israel depuis son nouveau domicile à Harrisburg, en Pennsylvanie, Hadiya a déclaré que sa famille se serait trouvée dans « une terrible situation » si elle n’avait pas été aidée par des bénévoles de la communauté juive d’Harrisburg.

Hadiya faisait référence à un partenariat entre les Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA) et la Fondation Shapiro dans le cadre d’une initiative, dont le cout s’élève à un million de dollars, visant à soutenir les organisations de la communauté juive dans leurs efforts de réinstallation de plus de 1 700 Afghans évacués dans 15 communautés et 12 États aux États-Unis.

En soutenant la coordination des bénévoles, les travailleurs sociaux et l’aide pécuniaire, le financement de la Fondation Shapiro a complété le travail effectué par la HIAS et d’autres agences qui étaient responsables des services initiaux de réinstallation des familles afghanes à partir des bases militaires.

Un Marine de la Special Purpose Marine Air-Ground Task Force – Crisis Response – Central Command, patientant avec un enfant lors d’une évacuation à l’aéroport international Hamid Karzai de Kaboul, en Afghanistan, le 20 août 2021. (Crédit : Caporal suppléant Nicholas Guevara/US Marine Corps via AP)

S’engager pour aider

L’un des bénéficiaires de la subvention est le Jewish Family Service of Greater Harrisburg (JFS), qui a travaillé avec la Jewish Federation of Greater Harrisburg et d’autres organisations communautaires pour engager 75 bénévoles dans les efforts de réinstallation. Les bénévoles ont fourni aux réfugiés les ressources, les compétences, les outils et le système de soutien nécessaires pour réussir à refaire leur vie.

Le programme a été mis en œuvre en coopération avec le programme Operation Allies Welcome de l’administration Biden, qui s’est associé à des entreprises privées et à des organisations à but non lucratif pour faciliter la réinstallation des réfugiés afghans. Selon le ministère de la Sécurité intérieure, plus de 80 000 Afghans déplacés ont pu se réinstaller, jusqu’à présent.

« Plus de 75 000 réfugiés dormaient sur des bases militaires. Nous devions faire quelque chose pour les sortir de là », a déclaré Darcy Hirsh, directrice générale des Affaires publiques des JFNA.

Un séminaire en ligne présentant l’initiative de réinstallation, organisé en octobre 2021, a attiré 200 participants des communautés juives des États-Unis.

« J’ai été époustouflée par l’intérêt manifesté, notamment de la part de communautés qui n’avaient jamais participé à des efforts de réinstallation de réfugiés auparavant », a déclaré Hirsh.

Des citoyens afghans entassés à l’intérieur d’un C-17 Globemaster III de l’US Air Force, alors qu’ils sont transportés depuis l’aéroport de Kaboul en Afghanistan, le 15 août 2021. (Crédit : Capitaine Chris Herbert/U.S. Air Force via AP)

Les JFNA ont rapidement ouvert le processus de demande et les subventions ont été accordées fin décembre. Les subventions et les collectes de fonds locales supplémentaires étaient essentielles, car les Afghans sont classés « libérés sur parole pour raisons humanitaires » et ne peuvent donc pas bénéficier de l’aide financière accordée par le gouvernement américain aux réfugiés. Cependant, le Congrès a par la suite alloué des fonds pour la réinstallation des réfugiés afghans en septembre 2021.

Hadiya et sa famille sont arrivées à Harrisburg en janvier de cette année. Le cardiologue à la retraite Mark Glick faisait partie des bénévoles qui les ont accueillis.

« En suivant l’actualité, je savais que ces Afghans auraient besoin d’aide. Je suis impliqué dans de nombreux projets de justice sociale et d’action sociale dans ma synagogue et ma communauté, alors cela semblait être à ma portée », a déclaré Glick.

Glick, qui est âgé de 64 ans, est devenu le responsable de l’un des quatre centres d’accueil de Harrisburg. Son groupe a pris en charge la famille de Hadiya et quatre hommes célibataires. Chacun des trois autres centres d’accueil a accueilli des familles nombreuses, dont certaines avec des enfants ayant des besoins particuliers.

« Le personnel et les travailleurs sociaux du JFS ont été le fer de lance du programme. Ils nous ont apporté un soutien total et ont été très réactifs. Nous avons tous appris ensemble, au fur et à mesure », a déclaré Glick.

Mark Glick, cardiologue à la retraite, a été un bénévole de premier plan dans la réinstallation des évacués afghans à Harrisburg, en Pennsylvanie. (Crédit : Autorisation)

Après avoir trouvé un logement pour les nouveaux arrivants, l’objectif principal était de les aider à se remettre sur pied, économiquement parlant.

« Cela a été un vrai défi pour plusieurs raisons. Tout d’abord, beaucoup d’Afghans ne parlent pas anglais et toutes les mères de famille sont analphabètes, même dans leur propre langue. Deuxièmement, les transports publics de la région d’Harrisburg sont limités et il faut un moyen de transport privé pour se rendre au travail », a déclaré Glick.

« Avec l’aide du JFS, nous avons pu trouver des emplois pour les Afghans où l’employeur a organisé le transport. De plus, presque tous les Afghans ont maintenant des vélos, et certains ont même des voitures, dont le père d’Hadiya », a-t-il ajouté.

La majorité des emplois proposés aux nouveaux arrivants sont des emplois d’ouvriers, tels que l’assemblage à la chaîne, l’emballage dans les usines ou le travail dans une usine de volailles.

Avec l’avantage d’avoir appris l’anglais au lycée et à l’université à Kaboul, Hadiya a décroché un poste d’assistante dans une classe de maternelle au centre communautaire juif d’Harrisburg.

J’étudie le judaïsme grâce à eux et je leur enseigne l’islam. Il y a un respect mutuel.

« Les enfants sont si mignons, et j’aime bien les enseignants. C’est agréable pour moi d’apprendre à connaître la communauté juive. J’étudie le judaïsme grâce à eux et je leur enseigne l’islam. Il y a un respect mutuel », a déclaré Hadiya.

« J’ai appris que, comme nous, les Juifs [respectueux de la casheroute] ne mangent pas de porc. Et je connais maintenant des mots en hébreu comme ‘Shabbat’ et ‘shalom’, ainsi que le chant Hamotzi », dit-elle en faisant référence à la bénédiction avant de manger du pain qui est souvent chantée dans les écoles maternelles juives américaines et dans les camps d’été juifs.

Le père d’Hadiya a trouvé du travail dans une entreprise d’emballage de pièces détachées pour voitures, et sa mère a été embauchée pour préparer le kiddoush (rafraîchissements après le service) du Shabbat dans deux synagogues locales. Sa sœur a quitté les États-Unis en vue d’épouser son fiancé.

« Nous n’avions pas encore de voiture quand ma sœur est partie. Nous étions si heureux qu’un bénévole nous ait emmenés à l’aéroport pour la voir partir. C’était un moment tellement émouvant », a partagé Hadiya.

Une réfugiée afghane faisant la lecture à des enfants au Centre communautaire juif du Grand Harrisburg où elle travaille comme assistante dans le jardin d’enfants, en Pennsylvanie. (Crédit : JCC du Grand Harrisburg)

S’adapter à la culture américaine

Selon Glick, apporter un soutien émotionnel aux réfugiés – qui sont loin de chez eux, en état de choc culturel et inquiets pour leurs proches restés au pays – était aussi important que de les aider sur les questions pratiques.

« J’étais disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour quoi que ce soit. Je recevais 25 à 30 SMS par jour sur mon téléphone. J’utilisais une application de traduction pour communiquer. Je peux dire que les choses vont beaucoup mieux, car depuis peu, je ne reçois qu’un texto ou un appel téléphonique tous les deux jours », a-t-il déclaré.

Si tout va bien maintenant, il y avait beaucoup à faire au début. Les volontaires ont aidé les Afghans à régler des questions bureaucratiques telles que l’inscription aux bons d’alimentation, l’accès aux soins de santé et l’inscription aux cours d’anglais.

Les Afghans n’ont été libérés sur parole que pour deux ans.

Il fallait également s’adapter à la vie quotidienne en Amérique, comme faire les courses, apprendre à utiliser l’électroménager, prendre contact avec les mosquées locales et s’adapter à la culture américaine.

Les enfants devaient être inscrits à l’école. Dans le cas d’Hadiya, il s’agissait de reprendre le cours de ses études en informatique. Elle avait suivi des cours pendant un an et demi dans une université privée de Kaboul et était impatiente de reprendre ses études.

Les bénévoles d’Harrisburg ont réuni les fonds nécessaires pour lui permettre de suivre le semestre d’été dans un collège communautaire local. Elle a obtenu une bourse d’études qui lui permettra de continuer.

Darcy Hirsh, directrice générale des Affaires publiques des Fédérations juives d’Amérique du Nord. (Crédit : JFNA)

« Mes crédits de Kaboul n’étaient pas reconnus, j’ai donc dû tout recommencer. Je vais faire deux ans dans un collège communautaire et je serai transférée dans un collège pour les quatre années suivantes. Mon objectif est de devenir une développeuse d’applications à succès », a déclaré Hadiya.

La possibilité pour Hadiya et sa famille de rester aux États-Unis à long terme dépend de leur capacité à demander et à obtenir un statut d’immigrant permanent.

« Il n’y a pas de retour à la maison possible pour ces personnes. Les Afghans n’ont été libérés sur parole que pour deux ans. Ils devront demander l’asile, ce qui est un processus long et ardu », a déclaré Hirsh.

Les JFNA, ainsi que de nombreuses autres organisations et agences juives et non juives, font pression pour l’adoption de la loi d’ajustement afghan, qui permettrait à certains Afghans, (actuels et futurs) en liberté conditionnelle humanitaire, de demander un statut permanent légal après un ou deux ans passés aux États-Unis sans perdre leur emploi ni être déportés vers un pays tiers en attendant que leur demande soit traitée.

De tels programmes ont été mis en place lors d’autres évacuations des États-Unis en temps de guerre, notamment pour les Cubains après l’ascension de Castro, pour les Asiatiques du Sud-Est après la chute de Saigon et pour les Kurdes irakiens sous le régime de Saddam Hussein.

« Les États-Unis sont si différents de mon pays, mais c’est là où nous sommes maintenant », a déclaré Hadiya, qui est optimiste quant à son avenir dans un pays où elle est libre de poursuivre ses études et de vivre comme elle l’entend.

« Les femmes qui sont encore en Afghanistan ont tout perdu », a-t-elle ajouté.

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