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Des cyclistes afghanes en Suisse pour « sonner l’alarme »

Fariba Hashimi est devenue championne d'Afghanistan de cyclisme féminin à l'issue des championnats visant à "sonner l'alarme" sur la situation des femmes face à la politique des talibans

Masomah Ali Zada (C), la première cycliste afghane à participer aux Jeux olympiques en tant que membre de l'équipe de réfugiés du Comité international olympique, attend derrière un drapeau afghan sur la ligne de départ des championnats féminins de cyclisme sur route d'Afghanistan 2022 à Aigle, dans l'ouest de la Suisse, le 23 octobre 2022. (Crédit : VALENTIN FLAURAUD / AFP)
Masomah Ali Zada (C), la première cycliste afghane à participer aux Jeux olympiques en tant que membre de l'équipe de réfugiés du Comité international olympique, attend derrière un drapeau afghan sur la ligne de départ des championnats féminins de cyclisme sur route d'Afghanistan 2022 à Aigle, dans l'ouest de la Suisse, le 23 octobre 2022. (Crédit : VALENTIN FLAURAUD / AFP)

Fariba Hashimi est devenue dimanche championne d’Afghanistan de cyclisme féminin à l’issue des championnats disputés en Suisse et visant à « sonner l’alarme » sur la situation des femmes confrontées à la politique d’exclusion des talibans.

Pour la première fois en cinq ans, Masomah Ali Zada a participé dimanche aux Championnats d’Afghanistan de cyclisme féminin. Non pas à Kaboul, où « le sport est mort pour les femmes », mais en Suisse où ont convergé des Afghanes du monde entier pour « sonner l’alarme ».

Ces championnats se disputaient à Aigle et non en Afghanistan où « le sport est mort pour les femmes », selon Masomah Ali Zada, l’une des participantes.

Première cycliste afghane à participer à des JO en 2021 au sein de l’équipe des réfugiés créée par le Comité international olympique (CIO), Masomah, âgée de 26 ans et installée depuis cinq en France, a déclaré dans un entretien à l’AFP que « les talibans m’ont gâché ce que j’ai vécu à Tokyo ».

La cycliste afghane Fariba Hashimi célèbre sa victoire aux championnats 2022 de cyclisme sur route féminin d’Afghanistan à Aigle, dans l’ouest du pays. (Crédit : VALENTIN FLAURAUD / AFP)

Au total, 49 cyclistes afghanes vivant en Suisse, en Italie, en France, en Allemagne, au Canada et à Singapour se sont affrontées sur un parcours de 57 km autour d’Aigle, cette ville du canton de Vaud où l’UCI, à l’initiative de ces Championnats, a son siège

Plutôt que de savourer son aventure olympique, elle a passé le reste de l’été 2021 à suivre minute par minute, le cœur serré, la chute de Kaboul et le retour au pouvoir des talibans.

Comme des millions d’autres Afghans, sa famille, qui appartient à la minorité chiite des Hazaras persécutée par les talibans, s’était exilée en Iran lorsqu’elle était enfant. C’est là qu’elle a commencé à faire du vélo, avant de rejoindre, à l’âge de 16 ans, l’équipe nationale afghane au retour de la famille à Kaboul.

Des cyclistes afghanes attendent le départ des championnats féminins de cyclisme sur route de 2022 à Aigle, dans l’ouest de la Suisse, le 23 octobre 2022. (Crédit : VALENTIN FLAURAUD / AFP)

« Tous les jours, les femmes perdent un nouveau droit. Et celles qui manifestent finissent mortes, en prison ou sont obligées de sortir du pays », dit-elle.

Depuis leur retour, les talibans ont imposé à la société civile une série de restrictions dont une grande partie vise à soumettre les femmes à leur conception ultra-rigoriste de l’islam.

Ils ont notamment interdit aux filles d’aller au collège et au lycée. Les étudiantes sont toujours admises à l’université. Mais, faute d’être allées au collège et au lycée, les filles afghanes ne seront à l’avenir rapidement plus en mesure d’accéder à l’enseignement supérieur.

« Le grand rêve des filles aujourd’hui est déjà d’aller à l’école. Juste aller à l’école. Alors le sport… il est totalement mort en Afghanistan pour les femmes », constate Masomah qui, elle-même, étudie à l’École polytechnique universitaire de Lille.

Des cyclistes afghanes posent à côté de leurs bagages avant les championnats féminins de cyclisme sur route d’Afghanistan 2022 à Aigle, en Suisse occidentale, le 23 octobre 2022. (Crédit : VALENTIN FLAURAUD / AFP)

« Qu’une femme fasse du sport aujourd’hui en Afghanistan est juste impensable. Et la situation empire chaque jour », confirme Benafsha Faizi, journaliste et ancienne porte-parole du comité olympique afghan qui a été évacuée du pays avec l’aide de l’Union cycliste internationale (UCI) en 2021.

« Le monde est devenu silencieux »

Après des années à se faire insulter et jeter des pierres sur son vélo, elle a fini par demander l’asile en France. La pression pour qu’elle abandonne le cyclisme était devenue trop forte, au fur et à mesure qu’elle multipliait les victoires.

Face à cette situation, Masomah, qui a rejoint cet été la commission des athlètes du CIO, estime que « le monde est devenu silencieux ».

Masomah Ali Zada, la première cycliste afghane à avoir participé aux Jeux olympiques en tant que membre de l’équipe de réfugiés du Comité international olympique, se prépare à participer aux championnats féminins de cyclisme sur route d’Afghanistan 2022 à Aigle, en Suisse occidentale, le 23 octobre 2022. (Crédit : VALENTIN FLAURAUD / AFP)

« On a abandonné les femmes en Afghanistan. Tous les gens qui disent défendre les droits de l’homme, tous les féministes qui disent défendre le droit des femmes, ils n’ont rien fait », dénonce-t-elle.

Masomah Ali Zada se dit « un peu triste » en pensant aux femmes « abandonnées en Afghanistan ». Mais elle est « trop heureuse » de retrouver « les coéquipières avec qui je roulais en Afghanistan. Ça fait cinq ans que je ne les ai pas vues ».

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