Des députés critiquent l’ignorance de l’armée israélienne sur la démographie palestinienne
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Des députés critiquent l’ignorance de l’armée israélienne sur la démographie palestinienne

Alors que les partisans de l’annexion ont des vues sur la zone C, les experts proposent une fourchette d’estimation quant à la taille de sa population

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Des soldats israéliens dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie (Crédit: Issam Rimawi/Flash90)
Des soldats israéliens dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie (Crédit: Issam Rimawi/Flash90)

L’armée israélienne ne sait pas combien de Palestiniens vivent dans les différentes zones de Cisjordanie, a dit mardi un officiel de l’armée aux députés, même si une telle information est cruciale pour y administrer la vie des habitants, et est pertinente pour toute solution proposée au conflit israélo-palestinien.

Le Bureau palestinien des statistiques a la responsabilité de fournir à Israël les données démographiques de Cisjordanie depuis les accords d’Oslo de 1993.

Eyal Zeevi, chef de l’Administration civile de l’armée israélienne, responsable des affaires civiles pour les Palestiniens, a déclaré à une sous-commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset qu’il y avait 2,93 millions d’habitants en Cisjordanie détenteurs de cartes d’identité palestiniennes, sans compter entre 300 000 et 385 000 habitants de Jérusalem Est.

Les experts présents pendant le débat ont cependant contesté les chiffres de l’armée israélienne, qui sont basés sur ceux de l’Autorité palestinienne (AP).

Le professeur Sergio DellaPergola, expert démographique, a déclaré que ses recherches montraient que 2,4 millions de Palestiniens vivaient en Cisjordanie fin 2015. L’ancien diplomate israélien Yoram Ettinger, qui a dans le passé accusé l’AP d’augmenter de beaucoup sa population afin de recevoir plus d’aide étrangère, a placé le nombre à 1,75 million de Palestiniens en Cisjordanie fin 2015.

Et pourtant, alors que de larges discordances existent clairement au sujet du nombre total d’arabes dans toute la Cisjordanie, le cœur de la discussion de la Knesset a porté sur le nombre inconnu de Palestiniens vivant en zone C, où Israël maintient un contrôle civil et militaire complet et où résident la plupart des Israéliens des implantations, et que certains politiciens de droite espèrent voir annexer par Israël.

La discussion de la Knesset de mardi avait été convoquée par le directeur de la sous-commission, le député Moti Yogev, membre du parti de droite national religieux HaBayiot HaYehudi, qui affirme depuis longtemps vouloir annexer la zone C. Il est aussi membre de la faction Tekuma au sein de HaBayit HaYehudi, qui est considérée comme tenant d’une ligne plus dure que le reste du parti.

Yogev a ouvert la réunion en déclarant que la discussion se concentrerait sur les statistiques de la zone C. Il a raconté que quand il était haut gradé de l’armée israélienne en Cisjordanie, il avait réussi à obtenir le nombre exact de Palestiniens dans son district, qui comprenait les villes de Tulkarem et Qalqilya.

Il a affirmé qu’Israël avait besoin de connaître le nombre de résidents dont l’Etat était responsable pour prendre de « futures décisions », notamment sur l’éducation, la planification et les infrastructures.

Après Zeevi, le chef de l’Administration civile de Tsahal, a dit à la commission que l’armée n’avait pas de statistiques spécifiques à la zone C, parce que les données de la population de l’AP pour l’ensemble de la Cisjordanie ne sont pas ventilées selon les zones, Yogev a exigé qu’il fournisse les chiffres à la commission dans les deux semaines.

Le député Hilik Bar (Union Sioniste) a également critiqué l’administration civile, en affirmant : « Israël sait combien l’armée syrienne a de chars et combien de missiles sont entre les mains du Hezbollah, mais il est incapable de compter combien de Palestiniens vivent sous son administration en Judée-Samarie ? »

Zeevi a protesté, disant que la question était trop complexe et que deux semaines ne suffisaient pas.

Bien que l’armée ne sait pas combien de Palestiniens vivent dans la zone C, cela n’a pas empêché des dirigeants du parti HaBayit HaYehudi de faire des déclarations politiques fondées sur des estimations non corroborées concernant la démographie de la Cisjordanie.

Le ministre de l’Agriculture Uri Ariel, une personnalité de premier plan du parti HaBayit HaYehudi qui, comme Yogev, est un membre de la faction Tekumah, a déclaré mardi au Times of Israel que l’Etat juif « doit aspirer à l’annexion de la zone C » tout en expulsant les Palestiniens qui y vivent.

« Nous en évacuerons quelques milliers, ils ne représentent pas un facteur numérique significatif », a-t-il dit.

Uri Ariel (Crédit : Flash90)
Uri Ariel (Crédit : Flash90)

« L’initiative de la stabilité » de Naftali Bennett le chef du HaBayit HaYehudi parle de seulement 48 000 Palestiniens dans la zone C (par rapport aux 350 000 résidents israéliens), en minimisant la «menace démographique» à la majorité juive d’Israël si la zone – representant 61 % de la Cisjordanie – devait être annexée.

Le «profil de vulnérabilité de la Zone C [PDF]», publié en 2014 par le Bureau de l’ONU pour la coordination des questions humanitaires dans les territoires palestiniens (OCHA), estime que 297 900 Palestiniens vivent dans 532 zones résidentielles dans la zone C. Ce chiffre, cependant, est fortement contesté, même par des éléments de la gauche israélienne.

Le colonel de Tsahal à la retraite et membre de l'initiative de Genève Shaul Arieli (Autorisation)
Le colonel de Tsahal à la retraite et membre de l’initiative de Genève Shaul Arieli (Autorisation)

Shaul Arieli, colonel à la retraite qui a cartographié les limites des zones A, B et C en 1995 en tant que chef de l’accord intérimaire d’administration de l’armée israélienne en Cisjordanie, a déclaré au Times of Israel en 2014 qu’en réalité, il y avait près de 75 000 Palestiniens dans la zone en question. Il a critiqué le rapport pour avoir pris en compte les chiffres des localités qui chevauchaient la zone C, mais qui sont situées principalement dans la zone B.

Alon Cohen Lipshitz, qui a co-écrit un rapport démographique en 2007 sur la zone C pour l’organisation israélienne pour les droits de l’Hommes Bimkom, qui se spécialise dans le domaine de la planification, a également critiqué le rapport de l’ONU.

Bien que les statistiques de Cohen-Lipshitz incluent les résidents de la zone C qui vivaient dans des villes qui sont aussi en partie dans la zone B, il a dit que le personnel de l’OCHA n’a pas réussi à estimer raisonnablement le nombre de Palestiniens dans la partie de la zone C de ces endroits à cheval sur deux zones.

Lipshitz a déclaré mercredi au Times of Israel que le nombre réel était probablement plus proche de 200 000 Palestiniens dans la zone C. Il a dit qu’il fonde ses chiffres sur la croissance naturelle estimée parmi les 150 000 résidents palestiniens estimés dans son rapport de 2007.

Elhanan Miller a contribué à cet article

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