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Des employés de l’AP préparant des plaintes contre Israël piratés par Pegasus ?

Les Palestiniens accusent Israël d'avoir piraté le site via le logiciel espion de NSO, qualifiant la manœuvre de "violation flagrante et immorale du droit international"

Réunion du gouvernement de l'Autorité palestinienne à Ramallah, le 27 décembre 2018. (Crédit : Wafa)
Réunion du gouvernement de l'Autorité palestinienne à Ramallah, le 27 décembre 2018. (Crédit : Wafa)

Un responsable palestinien a affirmé jeudi que les téléphones de trois employés du ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, qui préparaient des plaintes contre Israël pour la Cour pénale internationale de La Haye, ont été piratés par Pegasus, un logiciel espion controversé conçu par la société israélienne de cybersécurité NSO Group.

Un communiqué du ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a imputé à Israël la responsabilité de ce piratage, le qualifiant de « violation flagrante et immorale du droit international » et appelant à un boycott international de toutes les parties impliquées.

Ahmed al-Deek, ministre palestinien adjoint des Affaires étrangères chargé des affaires politiques, a déclaré qu’une « institution palestinienne professionnelle » avait inspecté plusieurs téléphones et détecté Pegasus sur trois d’entre eux. Il n’était pas immédiatement clair si les résultats ont été vérifiés par des chercheurs extérieurs.

« Nous sommes sûrs à 100 % que ces trois téléphones ont été piratés », a déclaré al-Deek. « Ils appartenaient à de hauts fonctionnaires. »

Haaretz a rapporté que Deek a déclaré que les téléphones appartenaient à des employés du ministère travaillant sur des affaires que l’Autorité palestinienne porte contre Israël devant la CPI, qui enquête actuellement à la fois sur Israël et les Palestiniens pour des crimes de guerre présumés commis depuis 2014.

Le ministère israélien de la Défense a refusé de commenter ces allégations auprès du journal.

Une enquête menée par les groupes de défense des droits Front Line Defenders, Citizen Lab et Amnesty International a révélé lundi que les téléphones portables de six Palestiniens avaient été piratés par le logiciel Pegasus. Trois de ces Palestiniens travaillaient pour des organisations qu’Israël a récemment déclarées comme étant des groupes terroristes, ce qui a suscité un tollé international.

Le groupe palestinien de défense des droits Al-Haq avait précédemment déclaré que certains fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères avaient également été piratés. Mais le ministère de l’AP n’a pas fait de commentaire jusqu’à présent.

Les activités de NSO Group ont suscité la controverse ces derniers mois. L’entreprise a été poursuivie par des accusations selon lesquelles le logiciel Pegasus était utilisé par des gouvernements pour traquer des dissidents et des militants des droits de l’homme. NSO insiste sur le fait que son produit est uniquement destiné à aider les pays à lutter contre la criminalité et le terrorisme.

Un logo orne un mur sur une succursale de la société israélienne NSO Group, près de la ville de Sapir, dans le sud d’Israël, le 24 août 2021. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

En réponse aux allégations de lundi, un porte-parole de NSO Group a déclaré que des « considérations contractuelles et de sécurité nationale » empêchaient la société de révéler l’identité de ses clients.

« Comme nous l’avons déclaré par le passé, NSO n’exploite pas les produits elle-même. L’entreprise accorde des licences à des agences gouvernementales agréées pour le faire. Nous ne sommes pas au courant des détails concernant les personnes surveillées », a déclaré le porte-parole.

Cet été, les médias du monde entier ont révélé l’étendue des activités de NSO Group sur la base des enquêtes de Citizen Lab et d’Amnesty International. Ils ont découvert que le logiciel de la société avait été utilisé par de nombreux pays peu respectueux des droits de l’homme pour pirater les téléphones de milliers de militants, de journalistes et d’hommes politiques.

La semaine dernière, NSO Group et une deuxième entreprise israélienne, Candiru, ont été placées sur une liste noire par le département de commerce des États-Unis pour avoir prétendument développé et fourni « des logiciels espions à des gouvernements étrangers qui utilisaient ces outils pour cibler de manière malveillante des fonctionnaires, des journalistes, des hommes d’affaires, des militants, des universitaires et des employés d’ambassades ».

Selon un article du New York Times publié lundi, Israël fait pression sur les États-Unis pour qu’ils annulent cette désignation.

L’utilisation présumée de la technologie de NSO Group par le Maroc contre le président français Emmanuel Macron a également déclenché un léger différend diplomatique entre Jérusalem et Paris, que les deux pays ont accepté de mettre derrière eux la semaine dernière, à la suite d’un entretien entre Macron et le Premier ministre Naftali Bennett.

S’adressant aux journalistes samedi, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a souligné que NSO était une « entreprise privée » qui suivait les directives d’exportation de défense d’Israël.

« Je ne pense pas qu’il y ait un autre pays dans le monde qui ait des règles aussi strictes en matière de cyberguerre et qui impose ces règles plus qu’Israël », a-t-il déclaré.

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