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Des groupes juifs US accueillent des réfugiés afghans et ukrainiens pour Thanksgiving

De New York à la Californie, des bénévoles font découvrir aux réfugiés cette fête américaine pour la première fois, conformément à la longue tradition juive d'accueil de l'étranger

Des réfugiés ukrainiens célébrant un repas avant Thanksgiving au Ukrainian American Civic Center à Buffalo, dans l’État de New York. (Crédit : Les Fédérations juives d'Amérique du Nord via JTA)
Des réfugiés ukrainiens célébrant un repas avant Thanksgiving au Ukrainian American Civic Center à Buffalo, dans l’État de New York. (Crédit : Les Fédérations juives d'Amérique du Nord via JTA)

JTA – Près d’un mètre et demi de neige venait de tomber sur East Aurora, mais Kim Kaiser et ses collègues bénévoles des Services familiaux juifs de l’ouest de l’État de New York n’étaient pas prêts à faire de compromis sur leurs projets de Thanksgiving.

Ces projets consistaient à organiser un festin communautaire de Thanksgiving mardi soir, deux jours avant la fête, au Ukrainian American Civic Center de Buffalo, en compagnie d’une famille ukrainienne de six personnes que les bénévoles soutiennent depuis leur arrivée aux États-Unis à la fin de l’été.

L’événement, qui était parrainé par la branche de Buffalo de l’Ukrainian Congress Committee of America, était ouvert à tous les nouveaux arrivants ukrainiens, à leurs parrains et leurs sympathisants. Un buffet de plats traditionnels de Thanksgiving était proposé, ainsi qu’un accompagnement musical par un chanteur et un pianiste ukrainiens.

Pour Kaiser, la soirée était une étape incontournable dans son processus de soutien aux récents immigrants venus aux États-Unis sous la contrainte. L’année dernière, elle a commencé à faire du bénévolat auprès des Jewish Family Services pour mettre en place des logements pour les réfugiés afghans, congolais et birmans nouvellement arrivés à Buffalo, ville qui compte une importante population de réfugiés.

« Et puis j’ai entendu parler d’une famille dans notre ville qui allait parrainer une famille venue d’Ukraine », a déclaré Kaiser à la Jewish Telegraphic Agency. « Mon mari et moi savions que nous devions, que nous voulions faire de même. »

En se joignant aux efforts de soutien aux réfugiés, Kaiser a participé à une tradition juive séculaire. L’importance d’accueillir les étrangers est si profondément ancrée dans la tradition juive que les questions d’immigration ont longtemps bénéficié d’un consensus bipartisan dans les communautés juives américaines, même dans un contexte de profonde polarisation sur d’autres sujets. De nombreuses villes disposent d’agences de services sociaux qui ont commencé à soutenir les immigrants juifs et qui travaillent aujourd’hui avec les nouveaux arrivants de toutes origines, en faisant souvent appel à des bénévoles juifs comme épine dorsale de leur travail.

Des réfugiés de guerre ukrainiens se reposant dans un gymnase converti en centre d’accueil, dans le village de Medyka, un poste frontalier entre la Pologne et l’Ukraine, le 15 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Petros Giannakouris/Dossier)

Au cours de l’année dernière, ces réseaux sont passés à la vitesse supérieure lorsque deux groupes importants de personnes incapables de se mettre à l’abris dans leur propre pays ont atteint les côtes américaines : d’abord les Afghans l’année dernière après le retrait militaire américain de leur pays, puis les Ukrainiens cette année dans le cadre de la guerre déclenchée par la Russie.

Aujourd’hui, alors que des millions d’Américains se préparent pour leur repas de Thanksgiving, des bénévoles juifs font découvrir pour la première fois cette fête aux réfugiés ukrainiens et afghans. Certains mettent même de côté leurs propres réserves à l’égard de cette fête pour pouvoir le faire. (Le mythe d’origine joyeux de Thanksgiving est considéré par certains comme un blanchiment du génocide des Amérindiens qui a suivi l’arrivée des Européens en Amérique du Nord).

En Californie, Gail Dratch et son mari Elliot se sont portés volontaires auprès de la Coalition juive pour les réfugiés du comté d’Orange. Ils célébreront la fête jeudi en invitant une famille arrivée d’Afghanistan chez eux, où ils serviront une dinde halal – conformément aux exigences religieuses de leurs invités musulmans.

Gail et Elliot Dratch avec leurs partenaires du cercle de bénévoles et leur famille afghane évacuée, dont les visages ont été floutés pour leur sécurité. (Crédit : Les Fédérations juives d’Amérique du Nord via JTA)

« Pour nous, Thanksgiving est devenu une partie intégrante de nos traditions », a déclaré Dratch à la JTA. « Et je sais que ma famille et moi-même, ne pensons pas aux origines de Thanksgiving, qui sont vraiment troublantes. Mes filles, en particulier, sont très troublées par l’histoire d’origine. Mais il est clair que cette famille est très reconnaissante d’avoir la chance d’être aux États-Unis. »

Kaiser et Dratch ont reçu le soutien de leurs fédérations juives locales, à Buffalo et dans le comté d’Orange, pour leurs activités bénévoles. Ils étaient deux des 15 fédérations locales à obtenir le soutien des Fédérations juives d’Amérique du Nord, pour réinstaller près de 2 000 Afghans par le biais de cercles d’accueil de réfugiés, selon leur porte-parole, Darcy Hirch.

Les Dratch ont fait bien plus que préparer un dîner spécial. La famille afghane, à laquelle ils sont venus en aide, est arrivée avec un visa d’immigrant spécial, de sorte que le père a pu obtenir rapidement un permis de conduire et trouvé du travail presque immédiatement. La mère, quant à elle, a dû apprendre à conduire.

Des centaines de personnes se rassemblant près d’un transporteur C-17 de l’US Air Force dans le périmètre de l’aéroport international de Kaboul, en Afghanistan, le 16 août 2021. (Crédit : AP Photo/Shekib Rahmani/Dossier)

« Elle a pleuré la première fois que je l’ai emmenée dans un grand parking juste pour faire le tour de l’Angel Stadium », a déclaré Dratch, en référence à l’arène d’Anaheim où jouent les Los Angeles Angels. « Et quand elle s’est mise au volant, elle a pleuré parce qu’elle m’a dit que conduire était l’un de ses rêves, mais qu’elle n’avait jamais pensé qu’elle pourrait le faire, en vivant en Afghanistan. »

« Le fils du couple, qui est en maternelle, apprend rapidement l’anglais », a déclaré Dratch.

« Ce sont des gens charmants, vraiment adorables », a-t-elle expliqué. « C’était leur rêve de venir aux États-Unis et d’élever leur fils ici parce qu’ils savaient qu’il aurait beaucoup plus de possibilités ici qu’en Afghanistan. Nous sommes donc reconnaissants que cette famille soit entrée dans nos vies, car elle a été une réelle bénédiction pour nous. »

L’expérience de Dratch auprès des personnes déplacées a commencé en 2016, lorsqu’elle est allée en Grèce pour venir en aide à des réfugiés syriens.

« Je pense qu’à l’avenir, les gens regarderont en arrière et se demanderont pourquoi ils n’ont pas fait plus », a-t-elle déclaré. « Pour ma part, je ne veux pas regarder en arrière et me demander pourquoi n’ai-je pas fait quelque chose ? »

À Buffalo, le cercle de bénévoles de Kaiser se relaie pour faire les courses et partager les tâches, qui incombent à une famille d’accueil, pour les parents et avec les quatre enfants qu’ils soutiennent depuis septembre. Bien que la famille ne soit aux États-Unis que depuis quelques mois, Kaiser dit avoir remarqué une grande différence chez les enfants, qui, selon elle, étaient initialement abattus et timides, mais qui sont maintenant « tout sourire ».

Lors du repas de mardi, qui était prévu pour 200 personnes, Kaiser dit avoir vu les réfugiés se mêler les uns aux autres, se réjouir de parler ukrainien sans avoir à recourir à Google traduction pour communiquer, et échanger des adresses et des numéros de téléphone pour savoir où se joindre dans la région de Buffalo. Les enfants sont retournés plusieurs fois au buffet des desserts.

« Chaque fois que vous faites quelque chose pour eux, ils sont reconnaissants qu’il y ait quelqu’un pour les aider et qu’ils puissent commencer à se sentir, enfin, un peu à l’aise », a déclaré Kaiser.

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