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Des Israéliens livrent de l’aide alimentaire pour le Ramadan en Cisjordanie

Les bénévoles d'organisations telles que Rabbis for Human Rights défient leurs concitoyens juifs en aidant les Palestiniens dans le besoin, alors que la guerre continue à Gaza

Un membre de la tribu Jahalin reçoit une aide alimentaire de la part d'activistes israéliens au début de l'année 2024, dans le désert de Judée. (Crédit : Rabbis for Human Rights)
Un membre de la tribu Jahalin reçoit une aide alimentaire de la part d'activistes israéliens au début de l'année 2024, dans le désert de Judée. (Crédit : Rabbis for Human Rights)

KHAN AL-AHMAR, Cisjordanie – Vêtu d’un T-shirt affichant le message « La paix est possible » en anglais, en hébreu et en arabe, Gary Kamen a fait plus de deux heures de route entre la Galilée et Jérusalem la semaine dernière pour aller chercher des boîtes d’aide qu’il a livrées à des familles bédouines nécessiteuses dans le hameau de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, à l’occasion du Ramadan.

« Il est très important pour moi de contribuer à tout ce qui peut mener à la coopération et à la paix, notions auxquelles je crois que la majorité des deux peuples aspirent », a déclaré ce guide touristique de 60 ans en déposant ses cartons près de l’entrée du village.

« Mon travail de bénévole pour rapprocher les Juifs et les Arabes a augmenté depuis le début de la guerre, car j’ai plus de temps libre », a-t-il ajouté, expliquant que presque toutes ses réservations ont été annulées après que le conflit entre Israël et le Hamas a éclaté le 7 octobre avec l’assaut meurtrier du groupe terroriste sur le sud d’Israël.

Gary fait partie des dizaines d’Israéliens qui se sont portés volontaires pour emballer et livrer des boîtes de nourriture, en réponse à la campagne « Aide alimentaire pour le Ramadan » lancée par 16 organisations israéliennes de défense des droits humains et autres militants. Cette année, le ramadan a commencé le 12 mars et se termine le 9 avril.

Alors que des dizaines de militants israéliens de gauche ont tenté en vain d’acheminer de l’aide à Gaza la semaine dernière, un petit groupe d’Israéliens a réussi à transporter de l’aide aux agriculteurs palestiniens vivant dans les zones rurales de Cisjordanie depuis le début de la guerre. Leurs efforts prennent de l’ampleur, car des mois de chômage, le gel des fonds de l’Autorité palestinienne (AP) et le nombre croissant de résidents des implantations juives en Cisjordanie ont entraîné une détérioration des conditions de vie.

« Nous recevons des rapports faisant état d’une insécurité alimentaire très profonde dans les villes des zones B et C de la Cisjordanie dans lesquelles nous travaillons », a indiqué Anton Goodman, membre du personnel de Rabbis for Human Rights (Rabbins pour les droits de l’homme), en référence aux 82 % de la Cisjordanie qui sont sous le contrôle partiel ou total d’Israël. « Les gens n’ont pas d’électricité ou de gaz et se privent de nombreux repas pendant la journée ; il n’y a tout simplement pas de filet de sécurité pour un grand nombre de ces personnes. »

Depuis octobre, Goodman a aidé Rabbis for Human Rights à livrer environ 50 tonnes de nourriture à 2 000 familles palestiniennes, tandis que le nouveau partenariat pour le Ramadan prévoit de fournir 15 tonnes à 750 familles ce mois-ci. Chaque boîte pèse environ 20 kg et contient une semaine de produits secs tels que de la farine, des pâtes et de l’huile de cuisine, ainsi que des dattes et de la halva pour rompre le jeûne du ramadan avec des sucreries. Certaines boîtes contiennent des produits d’hygiène féminine, des couches et du lait maternisé pour les mères.

Gary Kamen, à gauche, et Anton Goodman, deuxième à partir de la gauche, livrent des cartons d’aide alimentaire à Umm al-Kheir, également connu sous le nom de Masafer Yata, à la fin du mois de février 2024. (Crédit : Rabbis for Human Rights)

« Pour nous, il n’est pas moins important d’aider les Israéliens, bien sûr, mais nous nous connectons avec les communautés les plus marginalisées, celles qui, nous le savons, ne reçoivent d’aide de personne », a expliqué Noa Dagoni, une militante basée à Jérusalem qui dirige les efforts des volontaires pour emballer et livrer des boîtes d’aide depuis les premiers jours de la guerre.

Aider, mais ne pas encourager

Le 7 octobre, des milliers de terroristes du Hamas ont lancé un assaut meurtrier sur le sud d’Israël, au cours duquel ils ont brutalement assassiné près de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en ont enlevé 253 autres pour les emmener dans la bande de Gaza. En réponse, Israël a lancé une opération militaire dont le but est de libérer les otages et de chasser le Hamas qui est au pouvoir dans la bande de Gaza.

Après l’échec d’une tentative de collecte de nourriture dans un centre communautaire de Jérusalem en octobre – « certains résidents se sont mis en colère quand ils ont réalisé que nous récoltions des dons pour les Arabes et non pour les soldats ou les habitants des communautés voisines de Gaza » – le YMCA de Jérusalem a mis à disposition une grande salle de stockage pour la collecte et l’emballage de l’aide, a expliqué Dagoni. Jeudi et vendredi, des équipes de 30 bénévoles se sont relayées dans la zone de stockage du YMCA pour remplir les cartons, en plus d’une vingtaine de bénévoles qui ont participé à la « Culture de la solidarité » de Tel Aviv.

Au YMCA de Jérusalem, des activistes israéliens préparent de l’aide alimentaire pour les Palestiniens affamés en Cisjordanie, le 14 mars 2024. (Crédit : Rabbis for Human Rights)

La question de la responsabilité d’Israël en matière d’aide humanitaire aux Palestiniens divise les Israéliens depuis des mois, certains craignant que l’aide ne finisse entre les mauvaises mains et ne prolonge les capacités de combat du Hamas.

En outre, les informations diffusées par les médias selon lesquelles une grande majorité de Palestiniens auraient soutenu les massacres du 7 octobre ont alimenté la colère des Israéliens à l’égard de « l’autre camp ». Un sondage réalisé en février par l’Institut israélien de la démocratie a révélé que 68 % des répondants juifs étaient opposés au transfert de l’aide humanitaire vers Gaza – même si le Hamas et l’organisation d’aide UNRWA ne sont pas impliqués dans l’acheminement – tandis que 85 % des répondants arabes israéliens y étaient favorables.

Des boîtes sont empilées au YMCA de Jérusalem alors que l’aide est préparée pour le peuple palestinien affamé en Cisjordanie, le 14 mars 2024. (Crédit : Rabbis for Human Rights)

« Je ne me sens pas toujours à l’aise pour dire ce que je fais…. À certaines personnes, je dis simplement que je fais du bénévolat, et à d’autres, je mentionne le type de bénévolat que je fais », a indiqué Kamen en parlant de ses voisins dans sa communauté de 150 foyers de Shorashim, qu’il décrit comme peuplée « d’Israéliens centristes typiques ».

« Je ne sais pas si les membres de ma communauté me jugeraient déloyal », mais, à son avis, la réaction la plus fréquente serait probablement de s’entendre dire « tu perds ton temps, ces gens-là ne nous accepteront jamais ».

Goodman a confié au Times of Israel qu’au cours de ses dizaines de livraisons, il a été arrêté à plusieurs reprises par des soldats israéliens aux points de contrôle en Cisjordanie, chargé à ras bord de boîtes blanches.

Un commandant s’est montré très agressif et il s’est emporté quand il s’est rendu compte de ce que nous faisions et nous a dit : ‘Vous soutenez le Hamas' », a-t-il raconté.

L’aide alimentaire est livrée aux villageois d’Umm al-Kheir, également connu sous le nom de Masafer Yata, à la fin du mois de février 2024. (Crédit : Rabbis for Human Rights)

Le soldat a alors commencé à éventrer les boîtes pendant quelques minutes, raconte Goodman, jusqu’à ce qu’un « autre soldat réserviste arrive et dise : ‘Les Rabbis for Human Rights ? Vous êtes cool' », et l’autorise à poursuivre sa route sans autre délai.

Jihad au chômage

Tayeb Musa, de la tribu bédouine Caabne, est l’un des douze hommes qui ont reçu les colis à Khan al-Ahmar, une petite communauté de 15 familles située sur un chemin de terre entre les communautés juives de Maale Adumim et de Mizpe Yeriho, à quelques mètres à peine de la Route 1. Les habitations rudimentaires à toit de tôle de la communauté sont considérées depuis des années comme des structures illégales et sont menacées de démolition.

« Ce sont des Israéliens bienveillants qui se tiennent à nos côtés et nous soutiennent contre les résidents d’implantations. Si ce n’était pas le Ramadan, nous prendrions le thé ensemble dans nos maisons », a indiqué Musa, en saluant le petit contingent de bénévoles.

Pendant le mois sacré du ramadan, les musulmans jeûnent de l’aube au crépuscule, puis rompent leur jeûne par un repas festif, l’iftar.

« Depuis le début de la guerre, il n’y a pas de travail. Je travaillais dans le tourisme. Il travaillait dans une imprimerie jusqu’à ce qu’il soit licencié par les propriétaires », a-t-il expliqué, en pointant du doigt un homme qui se trouvait à proximité et dont le nom est Jihad.

Une livraison de Rabbis for Human Rights dans le sud de la vallée du Jourdain. (Crédit : Autorisation)

Musa a expliqué comment les boîtes d’aide sont devenues une véritable bouée de sauvetage pour la communauté, qui ne reçoit pas d’aide gouvernementale.

« L’Autorité palestinienne (AP) est une bande de voleurs. De toute ma vie, je ne me souviens pas d’une seule fois où ils nous ont aidés. L’armée israélienne envahit notre maison la nuit et braque ses armes sur nous : est-ce que cela m’aide ? Selon le droit international, Israël est tenu de nous aider, mais respecte-t-il le droit international ? », a-t-il indiqué au point de livraison, réitérant les accusations portées contre Israël pendant six jours, en février, devant la Cour internationale de justice (CIJ).

La prière de Musa pour le Ramadan est simple : « Je souhaite que les choses redeviennent comme elles étaient avant la guerre », a-t-il dit.

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