Des médecins syriens à l’oeuvre dans « l’hôpital de l’Espoir »
Rechercher

Des médecins syriens à l’oeuvre dans « l’hôpital de l’Espoir »

Grâce à des dons, médecins et infirmiers ont inauguré en avril 2017 un établissement hospitalier qui soigne les enfants et les femmes à Al-Ghandoura

Malaké Harbaliyya, infirmière de 31 ans,tient dans ses bras un enfant à "l'hôpital de l'Espoir" dans le village rebelle d'Al-Ghandoura, dans la province d'Alep (nord), le 1er août 2018. (Crédit : AFP/Nazeer AL-KHATIB)
Malaké Harbaliyya, infirmière de 31 ans,tient dans ses bras un enfant à "l'hôpital de l'Espoir" dans le village rebelle d'Al-Ghandoura, dans la province d'Alep (nord), le 1er août 2018. (Crédit : AFP/Nazeer AL-KHATIB)

Les mains recouvertes de gants stériles cachant ses cicatrices, Malaké Harbaliyya retire un bébé d’une couveuse avant de lui donner le biberon. En territoire rebelle, médecins et infirmiers syriens déplacés par la guerre s’activent dans « l’hôpital de l’Espoir ».

Il y a près de deux ans, l’infirmière de 31 ans et ses collègues sauvaient des nouveaux-nés prématurés des bombardements du régime, dans le dernier établissement pédiatrique du secteur rebelle d’Alep, la deuxième ville de Syrie.

Mais cette zone a été reconquise fin 2016 par l’armée de Bachar al-Assad, et l’équipe a dû fuir vers d’autres zones insurgées dans le nord de la province du même nom.

Grâce à des dons, médecins et infirmiers ont inauguré en avril 2017 un établissement hospitalier, baptisé « l’hôpital de l’Espoir », qui soigne désormais les enfants et les femmes dans un bâtiment de la localité d’Al-Ghandoura.

« Je pense d’abord aux enfants, car leurs vies sont entre nos mains », soupire Malaké, qui se déplace d’une chambre à l’autre. « Leurs petites âmes n’ont rien fait pour mériter cette guerre ».

Dans un pays ravagé depuis 2011 par un conflit dévastateur, elle-même a échappé de justesse à la mort.

Malaké Harbaliyya, infirmière de 31 ans,tient dans ses bras un enfant à « l’hôpital de l’Espoir » dans le village rebelle d’Al-Ghandoura, dans la province d’Alep (nord), le 1er août 2018. (Crédit : AFP/Nazeer AL-KHATIB)

En novembre 2016, l’hôpital d’Alep avait été la cible d’une frappe obligeant le personnel à évacuer les patients au milieu des cris de panique. Une vidéo prise sur le vif montre l’infirmière envelopper hâtivement un nouveau-né dans une couverture avant d’exploser en sanglots, à bout de nerfs.

Moins de huit mois plus tard, elle échappait à un attentat à la voiture piégée dans la ville rebelle d’Azaz, dans le nord de la province d’Alep. Grièvement blessée, elle sera soignée en Turquie.

Ses mains portent encore les cicatrices de brûlures graves.

« Ma situation était difficile. Mes collègues à l’hôpital m’ont donnée de l’espoir pour continuer », dit-elle, un foulard rose recouvrant ses cheveux.

Des milliers de patients

A l’entrée de l’hôpital, de grands pins jettent une ombre apaisante. Dans le hall principal, se dresse le portrait imposant de Mohammad Wassim Maaz, un pédiatre tué dans une frappe sur Alep en avril 2016.

Non loin, le docteur Hatem, vêtu d’une blouse bleue et de gants blancs, ausculte une fillette qui, souffrant de maux de ventre, se tortille sur un lit.

Chaque mois, l’établissement accueille entre 8 500 et 9 500 patients qui viennent de la région et ses environs.

« Quand on a créé cet hôpital, il n’y avait pas un seul dispensaire, ni aucune installation médicale dans toute la région », lance fièrement le dr Hatem, 32 ans, qui préfère ne pas donner son nom de famille.

En quittant Alep, la petite équipe a dû repartir à zéro.

« Où que nous allions, on voulait rester ensemble et créer un hôpital pour enfants », confie-t-il.

Avec l’aide d’une ONG syrienne basée en Turquie, Independent Doctors Association, et de l’organisation caritative britannique CanDo, une campagne de financements participatifs a permis de récolter en moins d’un mois des dons venus du monde entier: de quoi établir et faire fonctionner un nouvel hôpital pendant un an.

« On n’aurait jamais imaginé pouvoir récolter les fonds nécessaires en seulement trois semaines », s’enthousiasme le médecin. « Cela a permis au personnel d’Alep de sentir qu’il existe encore un peu d’humanité dans ce monde ».

Une femme se tient à l’entrée de »l’hôpital de l’Espoir » dans le village rebelle d’Al-Ghandoura, dans la province d’Alep (nord), le 1er août 2018. (Crédit : AFP/Nazeer AL-KHATIB)

Besoin de dons

Les équipements médicaux ont été acheminés depuis le Royaume-Uni via la Turquie voisine.

Petit à petit, l’établissement s’est doté de neuf couveuses pour nouveaux-nés, une clinique pour les cas de malnutrition, un laboratoire entièrement équipé et des services d’urgences.

Pour faire face à l’afflux de patientes, autrefois redirigées vers d’autres hôpitaux, un service d’obstétrique et de gynécologie a finalement été inauguré.

Aujourd’hui le personnel soignant compte une trentaine de personnes. « L’équipe est pratiquement la même que celle d’Alep, mais on a dû augmenter les effectifs en raison de l’importante charge de travail », affirme le dr Hatem.

Une nouvelle campagne de financements participatifs a été lancée en avril mais elle n’a pas atteint l’objectif escompté. Néanmoins, l’hôpital continue de recevoir des dons d’ONG, dont celle d’Independent Doctors Association et de Help Refugees et espère bénéficier du soutien du Fonds de l’ONU pour l’enfance (Unicef) pour poursuivre sa mission.

L’hôpital soigne aussi de nombreux déplacés venus d’autres régions de Syrie, notamment de Raqa (nord) ou de Homs (centre).

Le directeur administratif de l’hôpital, Riad Najjar, 31 ans, se félicite du chemin parcouru. « Il y a une amertume qui vous accompagne quand vous quittez votre ville. Mais ici aussi, on a une chance de pouvoir aider les gens ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...