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Des Turcs d’Allemagne prédisent un exil des artistes et des intellectuels

Après une tentative de coup d'Etat en 2016, le président turc réélu a mis hors jeu plusieurs de ses plus redoutables opposants, tout en renforçant son emprise sur les médias

Un partisan du président turc Recep Tayyip Erdogan porte un drapeau à son effigie sur ses épaules et fait le Bozkurt isareti (salut du loup gris), un symbole nationaliste turc et pan-turc de la main, alors que les gens célèbrent sa victoire au second tour de l'élection présidentielle, devant le palais présidentiel d'Ankara, le 29 mai 2023. (Crédit: Adem ALTAN / AFP)
Un partisan du président turc Recep Tayyip Erdogan porte un drapeau à son effigie sur ses épaules et fait le Bozkurt isareti (salut du loup gris), un symbole nationaliste turc et pan-turc de la main, alors que les gens célèbrent sa victoire au second tour de l'élection présidentielle, devant le palais présidentiel d'Ankara, le 29 mai 2023. (Crédit: Adem ALTAN / AFP)

Il travaillait depuis six ans entre Berlin et Istanbul. Mais depuis la victoire d’Erdogan dimanche, Bugra Erol, un artiste turc de 36 ans, a pris sa décision : il va déménager en Allemagne pour de bon.

« La vie a été difficile pour les artistes comme moi au cours de la dernière décennie et le résultat des dernières élections, c’est la cerise sur le gâteau », confie ironiquement à l’AFP Erol, arrivé à Berlin en 2017, en quête de liberté artistique.

« J’ai l’impression d’avoir passé ma vie à lutter », soupire-t-il, admettant qu’Istanbul serait « toujours (sa) vraie maison ».

Après la réélection pour cinq ans du président Recep Tayyip Erdogan, beaucoup d’artistes et d’intellectuels turcs craignent qu’une génération entière de jeunes créateurs quitte leur pays.

La Turquie est en outre confrontée à l’une des pires crises économiques de son histoire avec une inflation supérieure à 40 % sur un an.

Après une tentative de coup d’Etat en 2016, Erdogan, au pouvoir depuis vingt ans, a mis hors jeu plusieurs de ses plus redoutables opposants, tout en renforçant son emprise sur les médias.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime devant le parlement à l’Assemblée nationale générale de la Turquie à Ankara, le 1er octobre 2022. (Crédit : Adem ALTAN / AFP)

Refuge pour les dissidents

Depuis la vague de protestation du parc de « Gezi », partie d’Istanbul en mai 2013, « de plus en plus de gens ont quitté la Turquie » et « leur nombre a encore augmenté ces dernières années », constate Isil Egrikavuk, une performeuse turque installée à Berlin.

Dénoncée par des organisations de défense des droits de l’Homme et d’avocats, la répression s’est encore durcie après la tentative de putsch en 2016.

« Certaines personnes attendaient le résultat des élections pour décider si elles partaient ou restaient. Et je pense qu’avec ce résultat, la fuite des cerveaux va continuer », prédit-elle.

Egrikavuk, 42 ans, se dit « un peu soulagée » de voir qu’Erdogan n’a pas eu la victoire facile : il a gagné après un duel en deux tours, une première, face au social-démocrate Kemal Kiliçdaroglu.

Kemal Kilicdaroglu, 74 ans, chef du Parti républicain du peuple (CHP) de centre-gauche, pro-laïque, s’exprime au siège du parti à Ankara, Turquie, le dimanche 14 mai 2023. (Crédit : AP Photo)

« Cela montre qu’il n’est pas aussi fort, que la moitié du pays ne veut pas de lui », juge-t-elle.

Mais elle ressent également « du désespoir ou de la tristesse » parmi l’opposition ou les gens plus ouverts, libéraux et qui souhaitent davantage de liberté.

L’Allemagne compte la plus grande communauté turque ou d’origine turque résidant à l’étranger, soit près de trois millions de personnes.

Une majorité d’entre eux a voté pour Erdogan lors des deux tours du scrutin. Mais ces dernières années, l’Allemagne est devenue aussi un refuge pour les dissidents, attirant des artistes, des musiciens, des intellectuels, opposés au régime d’Erdogan ou frustrés par la restriction des libertés en Turquie.

Espoir intact

Certains hommes politiques en Allemagne ont manifesté leur déception après le résultat des élections, comme le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Ozdemir, dont les parents sont originaires de Turquie.

Sur Twitter, le ministre écologiste s’en est pris au comportement électoral des Turcs en Allemagne et notamment aux supporters d’Erdogan qui « font la fête sans avoir à répondre des conséquences de leur choix, au contraire de nombreux Turcs dans leur pays qui doivent affronter « pauvreté et absence de liberté ».

Can Dündar, journaliste turc exilé, qui vit depuis 2016 à Berlin, sous le coup d’un mandat d’arrêt en Turquie, pense aussi que de nombreux jeunes créateurs vont désormais quitter la Turquie.

« Le pays est insupportable maintenant (pour les jeunes) dans tous les sens du terme, économiquement, psychologiquement, socialement. La vie quotidienne est dure, les conditions économiques horribles », dit-il à l’AFP.

Mais cet ancien rédacteur en chef du quotidien de centre-gauche Cumhuriyet, emprisonné en Turquie en novembre 2015 pour un reportage sur des livraisons d’armes par Ankara à des groupes jihadistes en Syrie, a toujours eu l’intention de retourner dans sa patrie.

« Dès le premier jour, c’était mon but de revenir au pays et de me battre pour le rétablissement de la démocratie. Et je le veux toujours », prévient-il. Fin 2020, il a été condamné en Turquie par contumace à 27 ans et 6 mois de prison.

Son espoir est malgré tout intact car, selon lui, « la Turquie n’est pas une démocratie comme la France et l’Allemagne mais ce n’est pas non plus le Belarus ou l’Iran ».

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