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Deux Juifs soupçonnés de terrorisme et d’agression raciale contre un Arabe israélien

L’embargo sur l’affaire vient d’être levé : les suspects auraient blessé la victime à la tête, lors d’une provocation violente dans le quartier de Sheikh Jarrah, en octobre dernier

Capture d’écran de la vidéo montrant Muhammad Zahran, à gauche, qui tombe au sol après avoir été frappé par des Juifs israéliens dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, le 31 octobre 2022. (Twitter. Utilisé conformément à l’article 27a de la Loi sur les droits d’auteur)
Capture d’écran de la vidéo montrant Muhammad Zahran, à gauche, qui tombe au sol après avoir été frappé par des Juifs israéliens dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, le 31 octobre 2022. (Twitter. Utilisé conformément à l’article 27a de la Loi sur les droits d’auteur)

Deux Israéliens juifs ont été interpellés la semaine dernière, soupçonnés de terrorisme et d’infractions à caractère raciste, pour avoir attaqué le mois dernier un habitant du quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, et lui avoir occasionné des blessures à la tête.

Les détails de l’affaire peuvent désormais être publiés, depuis la levée de l’embargo par la Cour suprême, à la demande du journal Yedioth Ahronoth.

Les deux suspects, âgés d’une vingtaine d’années, sont accusés d’avoir agressé Muhammad Zahran, 52 ans, le 13 octobre dernier, alors qu’il se tenait devant chez lui, lors d’une nuit de violents affrontements entre Juifs et Arabes, dans ce quartier sensible.

Peu de temps avant les faits, un Israélien juif de 17 ans avait été modérément blessé à la tête par une pierre, au moment où de jeunes juifs et arabes se lançaient des projectiles.

Les deux incidents se sont produits à une centaine de mètres de distance.

Le tribunal de première instance de Jérusalem a ordonné mardi que les suspects soient maintenus en détention pendant quatre jours supplémentaires.

Lors de l’audience, un représentant de la police a déclaré que l’agression n’était pas un « acte de vengeance en réaction à un incident grave » – la blessure du jeune homme de 17 ans – mais « la provocation pure et simple d’un groupe de Juifs ».

« Il s’agit d’une attaque contre une personne totalement étrangère à l’incident précédent », a souligné l’officier, évoquant l’altercation entre Juifs et Arabes à coups de pierres.

La police a précisé que le principal suspect, dont elle détenait des preuves de la culpabilité, a gardé le silence tout au long de l’enquête, qu’il a donc ralentie et entravée.

L’autre suspect, qui n’est pas accusé d’avoir frappé la victime, était présent lors des faits et avait pris part aux affrontements précédents, a ajouté la police.

Des images de vidéosurveillance de l’incident donnent à voir Zahran, debout à l’entrée de sa maison, rejoint par un groupe d’hommes qui, sans aucune provocation de sa part, lui assène des coups à la tête et le font tomber à terre avant de s’éloigner.

Le Shin Bet a indiqué dans un communiqué que huit personnes étaient impliquées dans l’agression de Zahran, père de famille de quatre enfants sans antécédents policiers et étranger à toute violence.

« Ces hommes ont voulu s’en prendre à un Arabe pour se venger des affrontements entre Arabes et Juifs qui ont eu lieu ce jour-là », a déclaré le Shin Bet.

Il a ajouté que les deux suspects vivaient dans les implantations cisjordaniennes de Yitzhar et Beit El, et qu’ils étaient venus à Sheikh Jarrah « pour se battre avec des Arabes ».

« Il convient de noter que contrairement aux informations parfois contradictoires sur le sujet », l’affrontement n’est pas le fruit de provocations de part et d’autre, a déclaré le Shin Bet, attribuant la responsabilité des violences aux Juifs rassemblés ce soir-là.

La police avait déclaré à l’époque avoir procédé à l’interpellation de cinq suspects. L’identité des détenus n’avait alors pas été rendue publique.

Des policiers dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est après un affrontement, le 13 octobre 2022. (Crédit : Police israélienne)

Plus tôt cette semaine, un suspect arabe a été arrêté pour avoir lancé la pierre qui a blessé l’adolescent juif.

Son cas, traité par la police israélienne, a été immédiatement rendu public, alors que la situation de l’un des deux suspects juifs a fait l’objet d’un embargo de communication et est traité par l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet.

La différence de traitement a joué un rôle déterminant dans la décision de la Cour suprême de lever l’embargo lundi, a rapporté Ynet.

Le tribunal a qualifié de « non convaincant » le motif donné pour refuser la publication – un risque pour la sécurité nationale.

Il a également noté ne pas avoir été informé des raisons pour lesquelles les informations concernant le suspect arabe avaient pu être publiées, mais pas celles des suspects juifs.

En ordonnant que les affaires soient traitées de la même manière, le tribunal a également ordonné que les suspects juifs soient autorisés à rencontrer un avocat.

Les avocats des deux hommes ont déclaré que leurs clients avaient été détenus pendant six jours sans être autorisés à leur parler.

Adi Kedar, Nati Rom et Avihai Hajabi, de l’organisation d’aide juridique Honenu, ont en outre affirmé que lors de leur première rencontre avec les suspects, mardi, leurs clients s’étaient plaints de violations de leurs droits, et notamment de harcèlement de la part des enquêteuses, de privation de sommeil, d’interrogatoire le jour de Shabbat et de privation de leur droit à la prière.

Les avocats ont déclaré dans un communiqué: « Les droits des suspects ont été bafoués : on les a empêchés de voir leur avocat et imposé une enquête agressive ».

Ils ont en outre fait valoir que l’affaire n’aurait pas dû être traitée par le Shin Bet.

Sheikh Jarrah, dont certaines parties sont historiquement connues sous le nom de Shimon Hatzadik, est devenu l’un des quartiers les plus tendus de Jérusalem.

Les nationalistes juifs tentent, de longue date, d’en expulser les habitants palestiniens dans le cadre de différends juridiques anciens qui ont contribué à déclencher une guerre de 11 jours entre Israël et les terroristes du Hamas, dans la bande de Gaza, l’année dernière.

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