Eau dessalée : Des carences à l’origine de crises cardiaques ?
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Eau dessalée : Des carences à l’origine de crises cardiaques ?

Des désaccords entre le ministère de la Santé et l'Autorité de l'eau ont retardé la mise en oeuvre d'un projet-pilote d'ajout de magnésium de deux ans

Un ouvrier de l'usine de désalinisation Sorek au sud de Tel Aviv, le 1er novembre 2015 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Un ouvrier de l'usine de désalinisation Sorek au sud de Tel Aviv, le 1er novembre 2015 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

L’eau dessalée a toujours été présentée comme une solution miracle en Israël : celle au défi incarné par le triplé composé de climat désertique, de voisinage hostile et de réchauffement global. Au cours de la dernière décennie, les machines vrombissantes installées le long des rives de la Méditerranée ont permis aux Israéliens d’avoir la certitude que de l’eau coulerait à travers leurs pommeaux de douche et que les piscines des hôtels seraient remplies – alors même que la pire sécheresse en un siècle avait amené le lac de Tibériade à son niveau le plus bas jamais enregistré.

Mais les responsables de la santé avertissent d’une ombre qui viendrait noircir les merveilles chatoyantes de l’eau dessalée. L’eau de mer dessalée ne possède aucun des minéraux trouvés naturellement dans les nappes phréatiques – ces minéraux nécessaires aux êtres humains pour assurer une croissance et un développement sain, et en particulier le magnésium.

Un manque de magnésium dans l’eau pourrait contribuer à des centaines de morts par crise cardiaque chaque année, selon une étude réalisée par l’université Bar-Ilan, la caisse d’assurance-maladie Clalit et l’hôpital Tel Hashomer en 2018.

L’étude a examiné 178 000 malades membres de la Clalit, la plus importante mutuelle au sein de l’Etat juif. Elle a divisé les patients en deux groupes : Un groupe vivant dans des zones où le dessalement entre dans un plus grand pourcentage en termes de production d’eau potable, comme la côte, et un groupe vivant dans des régions comme la haute-Galilée ou le plateau du Golan, qui n’ont actuellement aucun accès à l’eau dessalée et dont l’eau provient d’autres sources.

L’étude a montré que les habitants des zones consommant de l’eau dessalée sont six fois plus exposés au risque de problèmes cardiaques, et notamment celui de mourir d’une attaque.

Les visiteurs remplissent leurs verres avec de l’eau de mer traitée dans une usine de dessalement près de Hadera, en Israël (Crédit : Shay Levy / Flash90)

Le ministère de la Santé a estimé en 2012 qu’approximativement 250 décès, chaque année, pouvaient être attribués à une déficience en magnésium.

En réponse à un rapport similaire émis par l’université Bar-Ilan et l’hôpital Tel-Hashomer qui avait été rendu public en 2016, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait donné pour instruction au ministère de la Santé de mettre en place un projet-pilote examinant la logistique et les coûts nécessaires à l’ajout de magnésium dans l’eau dessalée. Mais deux ans plus tard, rien n’a commencé – et la quantité annuelle d’eau dessalée utilisée par les Israéliens a doublé.

Bonne jusqu’à la dernière goutte

« Le dessalement, c’est comme évoquer le divin », dit Peretz Darr, consultant en eau et ancien chef du département de l’eau urbaine au sein du groupe d’ingénierie hydraulique Tahal. « C’est l’une des merveilles de la légende israélienne et ce n’est pas vraiment plaisant de devoir approfondir et analyser le sujet ».

La qualité de l’eau est souvent mise au second plan et pourtant, elle peut devenir un problème mortel même dans les pays développés, ajoute Darr, évoquant le cas de Flint, dans le Michigan, où du plomb présent dans l’eau de la ville a entraîné de graves problèmes sanitaires.

« Nous sommes d’accord sur le fait que Flint incarne l’un des plus grands problèmes relatifs à la qualité de l’eau dans le monde et là-bas [seulement], cinq personnes sont mortes », a rappelé Darr.

Darr, qui a aidé à mettre en place des directives d’efficacité relatives à l’eau durant les périodes de sécheresse pour le commissaire chargé de la question, pense que l’estimation avancée par le ministère de la Santé de 250 décès des suites d’une attaque cardiaque entraînés par une carence en magnésium est trop prudente. Il s’inquiète également de l’impact d’un manque de magnésium dans le développement des enfants, se référant à des études qui font le lien – de manière fragile toutefois – entre déficience en minéraux et taux plus élevé de TDAH.

« Nous parlons d’enfants dont les capacités mentales subissent les effets de cette eau, sachant que rien n’est fait par ailleurs », dit-il. « C’est une situation qui est vraiment bizarre, elle est même presque incroyable ».

Certains minéraux sont d’ores et déjà ajoutés dans l’eau dessalée. Les usines y ajoutent du calcium avant qu’elle ne soit distribuée via les systèmes de canalisations nationaux, parce que l’eau dessalée, légèrement acide et corrosive, peut les endommager avec le temps. Le calcium aide à combattre l’acidité et l’ajout n’est pas onéreux. Le calcium, en tant que minéral, est aussi bénéfique pour les êtres humains et les végétaux.

Une vue générale de la plus grande usine de désalinisation sur la mer Méditerranée, à Ashdod. Illustration. (Crédit: Edi Israel/Flash90)

Darr, le ministère de la Santé et un certain nombre d’autres responsables de la Santé publique veulent que du magnésium soit ajouté à l’eau dessalée, pour garantir que la population bénéficiera de la dose nécessaire de ce minéral.

Mais l’Autorité de l’eau a estimé le coût du projet à 600 millions de shekels et le gouvernement doit trouver le moyen de le financer sans pour autant augmenter le prix de l’eau pour les consommateurs.

De plus, moins de 5 % de l’eau, dans les foyers, est utilisée pour la cuisine et la consommation, selon l’Autorité de l’eau, explique le porte-parole Uri Schor. « Nous parlons de centaines de millions de shekels quand seulement un petit pourcentage de l’eau n’arrive finalement jusqu’à vos lèvres », note Schor.

Tout ce que vous voulez savoir sur le magnésium

Le magnésium est un minéral essentiel pour la croissance et le développement des êtres humains et il est impliqué dans plus de 300 réactions biologiques du corps. En premier lieu, le magnésium touche les muscles, et en particulier les muscles cardiaques, améliorant la capacité d’un individu à survivre à une attaque. Le magnésium affecte aussi le fonctionnement nerveux, la production énergétique, la production des protéines et les synthèses de l’ADN et de l’ARN.

Les personnes déficientes en magnésium ressentent rarement d’effets secondaires et souffriront d’attaques cardiaques dans la même proportion que les individus ayant un taux normal du minéral dans le corps. Mais les études montrent que leur survie, en cas d’attaque cardiaque, est revue à la baisse.

Des manques en magnésium peuvent également entraîner une ostéoporose et des problèmes de masse osseuse ainsi qu’une hypertension. Ils peuvent aussi générer une déficience des capacités cognitives, de la fatigue et un surplus d’agressivité. Les scientifiques ont étudié les liens entre les déficiences en magnésium, en zinc et en cuivre et le TDAH chez les enfants, mais ces recherches n’ont pas été suffisamment importantes pour être véritablement concluantes.

L’usine de désalinisation de Sorek, au sud de Tel Aviv, le 22 novembre 2018 (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Les gens qui ont un régime équilibré – avec beaucoup de légumes verts et des fruits secs – obtiennent généralement la majorité de leur magnésium de leur alimentation.

Le ministère de la Santé recommande 320 à 360 mg/jour de magnésium pour les femmes et 410 à 420 mg/jour pour les hommes. Prendre des multi-vitamines chaque jour, qui comprennent habituellement 50 mg de magnésium, peut facilement venir à bout des carences et maintenir le taux désiré de magnésium quotidien.

Mais pour de nombreuses personnes dont le régime n’est pas équilibré – en particulier dans les catégories socio-économiques défavorisées – l’eau a été de tout temps une sources importante de magnésium.

Dans les nappes phréatiques israéliennes, toutefois, les niveaux de magnésium s’élèvent à environ 25-30 mg/l, ce qui fait de l’eau d’Israël une eau « dure » – ou riche en minéraux. Auparavant, les eaux souterraines se mélangeaient aux eaux de surface provenant du lac de Tibériade. Si l’eau de surface ne possède pas de magnésium, la combinaison de l’eau « dure » et de l’eau de surface avait permis de créer une eau plus riche en magnésium que celle qui est disponible aujourd’hui sur la majorité du territoire de l’Etat juif.

En Israël, toute l’eau est mélangée dans ce labyrinthe de canalisations qui constituent le système national de distribution. Quand on ouvre le robinet, le mélange d’eau qui va remplir un verre sera variable d’un jour à l’autre, notamment en ce qui concerne le pourcentage d’eau dessalée ou la provenance de l’eau souterraine. Personne ne boit uniquement de l’eau dessalée et personne ne boit seulement de l’eau issue d’une nappe phréatique sauf dans les régions de haute-Galilée et du Golan, où il n’y a pas d’eau dessalée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu boit un verre d’eau avant de s’adresser aux Iraniens sur la gestion de la sécheresse, le 10 juin 2018 (Capture d’écran : : YouTube)

Dans les zones où l’eau est « dure » – avec un contenu minéral élevé – les habitants assurent environ 20 % de leurs besoins en magnésium grâce à leur consommation d’eau, selon le ministère de la Santé (On peut « voir » les minéraux dans l’eau dans la matière dure blanche qui reste au fond d’une bouilloire électrique très utilisée. Quand l’eau bout, une partie du carbonate de calcium se solidifie et se pose au fond, devenant plus importante avec le temps. Le calcium est un élément de base – et c’est la raison pour laquelle il est possible d’utiliser des citrons ou de l’acide citrique pour nettoyer une bouilloire électrique).

Le professeur Ram Reifen de l’Ecole des sciences de la nutrition à l’université Hébraïque affirme que même si on compte sur l’eau pour assurer 5 % des besoins quotidiens en magnésium, ce pourcentage est encore significatif et en manquer est une véritable carence.

« Cinq pour cent est un pourcentage énorme », explique Reifen. « Vous pouvez manger en suivant un régime sain et équilibré et suffisamment de légumes verts et de viandes, et obtenir vos 90 % de besoins en magnésium. Mais si vous ne buvez jamais d’eau riche en magnésium, alors vous en manquez en permanence et ça vient s’ajouter », dit-il.

Les manques en magnésium vont au-delà de l’eau potable. Les animaux qui boivent de l’eau dessalée absorberont également moins de magnésium, et c’est aussi le cas des récoltes. Les plantes et les animaux ont eux aussi besoin de magnésium pour une croissance saine. Avec le temps, alors que le magnésium disparaîtra dans le sol, les légumes et la viande en contiendront moins également. Ce qui signifie que les gens – même ceux qui suivent un régime sain et équilibré – pourraient ne plus obtenir tout leur magnésium à partir de leur alimentation.

N’oubliez pas de prendre vos vitamines

Certains responsables, issues notamment de l’Autorité de l’eau, affirment que le magnésium ne devrait pas être ajouté aux système de distribution d’eau parce qu’il y a des moyens alternatifs d’obtenir ce type de minéraux.

La même chose est avancée au sujet du fluor, ajouté dans l’eau du pays pour lutter contre les caries.

Il existe un mouvement qui s’oppose à l’ajout de fluor dans l’eau distribuée dans le pays, qui estime que les individus doivent se montrer responsables lorsqu’il s’agit d’hygiène dentaire : Se brosser les dents, utiliser du fil dentaire et faire des bains de bouches.

Des Israéliens manifestent contre le fluor ajouté dans l’eau devant les bureaux du ministère de la Santé de Jérusalem, le 12 mars 2013 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais les catégories socio-économiques défavorisées ne suivent pas souvent ces précautions et, sans fluor dans l’eau, ce sont elles qui souffrent le plus des caries. Et c’est la raison pour laquelle de nombreux groupes médicaux – notamment le syndicat pédiatrique israélien et autres regroupements de médecins – s’étaient opposés en 2014 à une décision prise par le ministre de la Santé de l’époque, Yael German de Yesh Atid, de mettre un terme à l’ajout de fluor dans les eaux nationales. German avait estimé que cet ajout contrevenait aux droits de la personne. Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman (YaHadout HaTorah) a ré-institué cette pratique à la fin de l’année 2017.

Le magnésium pose, en quelques sortes, un problème similaire. Les Israéliens qui peuvent se payer des multi-vitamines trouvent ainsi des moyens alternatifs d’obtenir du magnésium.

« C’est l’un des arguments avancés par ceux qui y sont opposés : ‘Oh, il suffit de prendre des pilules’, » dit Darr. « Mais les gens ne prendront pas tous des pilules. Cela n’arrivera pas au niveau national ».

Mais personne d’autre n’en ajoute

L’eau de surface – l’eau venant des lacs et des ruisseaux, comme c’était le cas de l’eau potable en Israël lorsqu’elle provenait du lac de Tibériade – possède également peu, sinon pas de magnésium. Les nappes phréatiques en ont parce que l’eau absorbe le magnésium et autres minéraux au contact du sol.

Aux Etats-Unis, 68 % des Américains boivent de l’eau de surface. Et personne n’évoque pour autant un ajout de magnésium dans l’eau potable à grande échelle dans le pays, selon Schor.

« Je ne connais pas un seul pays dans le monde entier qui ajoute du magnésium dans l’eau », note Schor.

De jeunes Israéliens se rafraîchissent dans une rivière du plateau du Golan, dans le nord d’Israël, le 10 aout 2018 (Crédit : David Cohen/Flash90)

En Israël, l’eau dessalée représente un pourcentage de plus en plus grand de l’eau utilisée – depuis l’usage agricole jusqu’à la boisson. Actuellement, Israël dessale 600 000 mètres-cubes d’eau par an, l’équivalent d’environ
70 % de la consommation domestique. Alors que de nouvelles usines de dessalement sont actuellement en phase de planification, l’eau dessalée va compter de plus en plus dans l’eau sortie du robinet, et les carences en magnésium vont commencer à augmenter, avertissent les responsables de la santé.

L’eau que boivent aujourd’hui les Israéliens continuera à faire des vagues demain. Le pays excelle en termes de recyclage de l’eau, avec plus de 80 % de l’eau s’écoulant des canalisations qui est traitée et recyclée en eau d’irrigation.

Alors que la quantité d’eau dessalée ne cesse d’augmenter dans les canaux d’écoulement pour être finalement utilisée dans les champs agricoles de l’Etat juif, les scientifiques et les exploitants des terres doivent eux aussi se concentrer sur les effets à long-terme de son utilisation.

Des flux importants sur le plateau du Golan, le 26 janvier 2018 (Crédit : Maor Kinsbursky/Flash90)

Le bore a donné une dure leçon, explique le professeur Jack Gilron, chef du département de dessalement et de traitement de l’eau à l’institut Zuckerberg de recherche sur l’eau à l’université Ben-Gurion.

L’eau de mer possède naturellement du bore, un élément chimique. Tout d’abord, les usines de dessalement ont enlevé suffisamment de bore pour assurer une quantité raisonnable de cet élément pour la consommation humaine. Mais les récoltes y sont bien plus sensibles que les personnes.

Lorsque l’eau recyclée est arrivée dans les champs, les végétaux ont souffert de forts niveaux de bore. Dorénavant, les usines de dessalement filtrent davantage le bore pour garantir que l’eau pourra être exploitée pour l’usage agricole – et indépendamment de ce pour quoi elle sera finalement utilisée, dit Gilron. Enfin, les normes exigées pour l’agriculture déterminent maintenant la quantité de bore ôtée de l’eau dessalée. Un processus similaire de recherche et d’action doit être mis en oeuvre en ce qui concerne le magnésium, explique-t-il.

« Nous apprenons sur le tas. Quand on prend de l’eau dessalée, il faut réfléchir à ce qui manque dedans ».

Un champ irrigué en goutte-à-goutte dans le sud d’Israël. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

L’eau dessalée présente certains aspects que les agriculteurs apprécient beaucoup, dont le manque de sel. L’eau des nappes phréatiques, en particulier dans la région du Negev, est naturellement saline, ce qui peut nuire aux récoltes. L’eau dessalée – comme son nom l’indique – ne possède pas de sel, ce qui est nettement préférable pour les végétaux comme pour la terre.

Gilron favorise pour sa part l’ajout de magnésium à l’eau dessalée mais seulement aux sources qui sont le plus nécessaires et non à travers le système de distribution tout entier. « On peut absolument ajouter de l’eau là où il le faut », précise-t-il. « On peut l’ajouter au niveau de l’irrigation, en particulier parce que cette dernière, lorsqu’elle se fait avec de l’eau dessalée, présente véritablement un grand intérêt – même plus qu’en ce qui concerne la consommation humaine directe ».

Gilron note qu’ajouter du magnésium dans les champs entraînera une hausse des coûts pour les agriculteurs – un élément qui devra être pris en compte par le gouvernement.

Un homme répare un combiné d’arrosage dans un camp de la vallée de Hefer (Photo d’illustration : Gili Yaari /Flash90)

« Il est important de souligner que nous ne sommes pas en train de dire que cette eau est dangereuse », commente Amir Itzhaki, directeur du département de la santé environnementale au ministère de la Santé. L’eau qui coule dans les robinets des Israéliens, ajoute-t-il, est de bonne qualité. Aucune directive de l’Organisation mondiale de la Santé ou autre instance internationale ne recommande que du magnésium soit ajouté à l’eau dessalée et Israël ne se dérobe pas face à son devoir. Au contraire, le pays, qui est déjà leader en dessalement, commence lentement à comprendre l’impact à long-terme de l’usage de l’eau dessalée.

« Le conflit n’est pas entre les experts et le ministère de la Santé », précise Itzhaki. « Le ministère de la Santé pense que c’est la bonne chose à faire ».

Le vrai conflit oppose plutôt le ministère de la Santé et l’Autorité de l’eau, concernant celui qui, au final, paiera la facture de cet ajout de magnésium. Il porte également sur la question de savoir où – ou plutôt si – le minéral doit être ajouté au système de distribution.

Le ministère de la Santé recommande d’ajouter environ 20 mg à 30 mg de magnésium par litre d’eau, ce qui placerait l’eau dessalée au même niveau de teneur en magnésium que les eaux souterraines israéliennes. L’Autorité de l’eau n’a aucune objection à cela – dans la mesure où la Knesset l’approuve et le finance.

Itzhaki indique que l’entreprise TAHAL cherche actuellement les moyens de mettre en place un programme pilote qui examinerait les moyens d’introduire du magnésium dans l’eau et le processus le plus efficace dans cet objectif. Il estime qu’ajouter du magnésium coûtera entre 60 millions et 180 millions de shekels par an, ce qui vient contredire l’estimation bien plus élevée de l’Autorité de l’eau.

L’usine de désalinisation de Sorek qui est l’une des plus grandes du monde, le 22 novembre 2018 (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Selon Itzhaki, le ministère de la Santé devrait avoir accès à une présentation de cette recherche dans les prochains mois, qui sera suivie par une période de temps supplémentaire qui permettra de tester les recommandations de TAHAL. La décision finale concernant l’ajout éventuel de magnésium dans les 600 000 mètres-cubes d’eau dessalée utilisée par les Israéliens chaque année reviendra à la Knesset, tout comme cela avait été le cas pour l’introduction de fluor.

La Knesset devra également décider de l’endroit où le magnésium sera ajouté – au niveau national ou dans les exploitations agricoles – et qui paiera la facture.

Si le coût est assumé par les consommateurs, alors le prix de l’eau au mètre-cube pourrait augmenter de 10 à 30 agorot, dit Itzhaki. Une famille de quatre personnes qui utilise 10 mètres-cubes d’eau par mois – quantité allouée aux familles au prix le plus bas – connaîtrait alors une hausse d’environ 6 shekels par cycle de facturation sur deux mois.

En 2013, une enquête effectuée par le Bureau central des statistiques avait révélé que 41 % des Israéliens sont prêts à payer plus cher leur eau pour bénéficier d’une eau du robinet de qualité dans les foyers.

Un agriculteur de Kadesh Barnea, à l’ouest du Néguev, inspectant ses récoltes de tomates cerises. Illustration. (Crédit :Gili Yaari/Flash90)

Le shekel au milligramme

Schor, porte-parole de l’Autorité de l’eau, déclare que l’ajout de fluor coûte environ 40 millions de shekels par an – une somme relativement modeste. « Si le ministère de la Santé veut ajouter quelque chose à l’eau, s’il dit qu’une personne a besoin de x, y, ou z, pas de problème : Mais il doit payer », s’exclame-t-il. « Et il ne veut pas le faire, il veut que ce soit nous qui réglions la facture ».

Schor explique que si le ministre de la Santé s’inquiète des carences en magnésium dans le secteur agricole, il doit donc subventionner les additifs de magnésium pour les agriculteurs. Ces derniers utilisent actuellement des fertilisants enrichis au magnésium lorsqu’ils craignent que leurs végétaux en manquent.

Contrairement aux êtres humains, les végétaux qui présentent des carences en magnésium sont faciles à détecter – avec des feuilles fanées, tachetées, dit le docteur Uri Yermiyahu, chef du centre de recherche de Gilat au centre Volcani du ministère de l’Agriculture et du développement rural.

En 2007, Yermiyahu a publié un article dans Science qui tirait la sonnette d’alarme sur les tomates, le basilic et les fleurs cultivées dans la région d’Ashkelon, à proximité de l’usine de dessalement, qui étaient irriguées avec de l’eau dessalée et qui manquaient de magnésium.

« Je serais heureux qu’ils ajoutent du magnésium », s’exclame Yermiyahu, dont les recherches se concentrent sur l’agriculture en conditions aride ou semi-aride.

« Dans l’agriculture, ce qui va arriver avec le temps, c’est qu’il y aura de moins en moins de magnésium ».

« C’est beaucoup moins cher d’ajouter du magnésium à la source [dans l’usine de dessalement] que dans des fertilisants », ajoute-t-il.

An agricultural aircraft sprays crops with fertilizers, pesticides, and fungicides. (photo credit: Doron Horowitz/Flash90)
Un avion agricole répand des fertilisants, des pesticides et des fongicides (Crédit : Doron Horowitz/Flash90)

Darr, consultant pour l’eau auprès de l’Etat d’Israël pendant 19 ans et jusqu’en 1995, se dit frustré de voir le gouvernement traîner des pieds. « Si le ministère de la Santé dit qu’il faut faire quelque chose, alors il faut faire quelque chose », estime-t-il. « Si un ingénieur vous dit que tel bâtiment n’est pas sûr, alors vous le quittez ».

Israël se trouve dans une situation unique parce que le pays a à la fois assumé un rôle pionnier dans la désalinisation et qu’il a une scène de santé publique forte. Ce qui permet aux experts d’étudier les effets de la consommation de cette eau comme cela n’a jamais été le cas dans un autre pays, explique Darr.

« C’est très pertinent, en particulier en Amérique, sur la côte ouest, où on construit des usines de désalinisation et où les gens n’ont pas véritablement conscience de ce problème », poursuit-il.

“Israël ne va pas dans la bonne direction. Le pays aurait dû le faire mais il ne l’a pas fait. Si Israël était passé à l’action sur ce sujet – en apportant la quantité de magnésium nécessaire [dans le système de distribution], cela aurait été réellement précurseur. Mais on ne l’a pas fait ».

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