Ecrasés dans les urnes, les travaillistes et le Meretz envisagent la fusion
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Ecrasés dans les urnes, les travaillistes et le Meretz envisagent la fusion

Zandberg, cheffe du Meretz, a dit que "c'est un moment où des choses nouvelles sont possibles. Pour la travailliste Yachimovich: "nous sommes tous deux la gauche sioniste"

La dirigeante du parti du Meretz Tamar Zandberg lors des primaires du Meretz à Tel Aviv, le 14 février 2019 (Crédit :  Flash90)
La dirigeante du parti du Meretz Tamar Zandberg lors des primaires du Meretz à Tel Aviv, le 14 février 2019 (Crédit : Flash90)

Les responsables des partis travailliste et du Meretz s’intéressent à la possibilité d’une fusion entre les deux formations suite au pire résultat enregistré par les travaillistes lors des élections nationales du 9 avril.

Le légendaire parti travailliste, qui avait dirigé Israël à sa fondation en 1948 et durant les 30 années qui avaient suivi et qui aura été le pilier du centre-gauche israélien depuis des décennies, a remporté 4,45% des votes, ne glanant que six sièges lors des élections de la semaine dernière.

Le Meretz, pour sa part, a gagné 3,63 % des voix – un score légèrement plus élevé que le seuil électoral d’entrée à la Knesset, fixé à 3,25 % – et occupera quatre sièges, manquant de peu un cinquième, selon les chiffres officiels.

Le sort réservé aux deux partis est largement considéré comme un signe de la désaffection croissante des électeurs pour le processus de paix avec les Palestiniens, actuellement moribond, auquel les deux formations sont étroitement identifiées. En 1992, l’année de la fondation du Meretz, les travaillistes avaient remporté 44 sièges et le Meretz 12, formant la fondation du 25e gouvernement israélien sous Yitzhak Rabin, qui devait lancer le processus de paix d’Oslo.

L’actuelle présidente du Meretz Tamar Zandberg avait vivement recommandé une fusion entre les deux formations avant la course du 9 avril mais sa proposition avait été rejetée par le parti Travailliste, qui craignait que son aile la plus belliqueuse ne rejoigne Kakhol lavan, une union centriste, dont l’attrait avait été considéré comme une menace majeure pour l’électorat de centre-gauche.

La cheffe de l’opposition Shelly Yachimovich aux abords du bureau de vote du parti Travailliste à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Il doit y avoir un acteur plus significatif à gauche en Israël, Juif et arabe », a expliqué dimanche Zandberg au quotidien Haaretz. « Les composantes qui permettront de construire un tel groupe devront inclure les travaillistes, le Meretz et un élément arabe significatif, comme Hadash – ou une partie de Hadash. Je n’exclus rien. Cela vaut le coup d’y réfléchir. Les votes pour le Meretz dans les dernières élections [qui ont compris un grand nombre d’électeurs arabes] montrent que c’est possible. »

Les deux partis arabes ont remporté un total de dix sièges lors du scrutin.

Zandberg a expliqué qu’elle considérait cet échec électoral comme une opportunité.

« C’est le moment où une chance nous est offerte de mettre ça en place », a-t-elle confié à Haaretz. « Et je prévois de passer à l’action pour réaliser ce projet. Nous devons commencer dès maintenant à le mettre en oeuvre. Les élections en Israël arrivent par surprise et c’est un moment où des choses nouvelles deviennent possibles ».

L’enthousiasme de Zandberg n’a pas été néanmoins partagé dans les cercles politiques arabes. Un député de Hadash a ainsi rejeté la suggestion faite par Zandberg, dimanche.

« Hadash ne réfléchit à aucune alliance avec le Meretz ou avec un autre parti. Nous nous concentrons sur le fait de renforcer la formation et d’élargir sa base en tant que premier et plus grand parti politique au sein du public arabe », a commenté le député Yousef Jabareen.

Le député communiste Yousef Jabarin assiste à une réunion de la Knesset, le 22 décembre 2015 (Yonatan Sindel / Flash90)

Jabareen a déclaré à Haaretz que ce positionnement était partagé par d’autres leaders de formation, ajoutant que « les résultats électoraux placent sur nous la lourde responsabilité de continuer à diriger la lutte parlementaire et publique pour la pleine égalité civile et nationale ».

Mais cet appel à l’unité pourrait trouver davantage d’écho au parti travailliste, où l’ex-chef de la formation Shelly Yachimovich, députée influente, a dit être ouverte à une telle possibilité, écrivant jeudi sur Facebook que son mouvement « doit abandonner pour le moment les rêves irréalistes du retour au pouvoir et construire un parti qui puisse être une option claire et nette n’ayant rien en commun avec la droite extrême, mais aussi avec le centre extrême ».

« Cette option exige que, malgré la difficulté, nous réfléchissions courageusement à une fusion avec le Meretz. Personne ne sait mieux que moi combien de différences de nuances nous séparent… Mais nous devons également l’admettre : nos similarités sont nombreuses. Nous sommes tous deux la gauche sioniste, patriote, sociale-démocrate, libérale, libre ».

Mais cette initiative semble également rencontrer de la résistance au sein du parti travailliste, semblable à celle qui était apparue lors de la proposition d’union pré-électorale de Zandberg.

Le président de l’Union sioniste Avi Gabbay à Ashkelon, le mardi 12 novembre 2018. (Crédit : Ra’anan Cohen)

« S’associer au Meretz peut être la bonne chose à faire mais cela peu également diviser le parti Travailliste et ses partisans », a déclaré un député du parti non-identifié, ce week-end.

« Les travaillistes ont une aile significative qui est plus belliqueuse et qui ne partage pas la langue du Meretz ou ses messages, et c’est une situation qui pourrait entraîner une scission », a-t-il ajouté.

Haaretz a par ailleurs cité un haut-responsable travailliste qui a estimé qu’il était « trop tôt » et que ce n’était pas « le bon moment » pour réfléchir à une telle alliance.

« Aujourd’hui, nous devons traverser un processus de guérison. Le parti doit désigner un nouveau président, trouver le moyen de gérer son déficit budgétaire et la manière de se construire en tant qu’alternative au gouvernement avec le faible budget de six sièges, » a-t-il expliqué..

Le financement des campagnes est public dans les élections israéliennes et il est basé sur la taille du parti dans la Knesset sortante.

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