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Égypte : Une clinique aide les femmes excisées à reprendre le contrôle de leur corps

Bien qu'illégale depuis 2008, cette pratique millénaire reste répandue dans le pays patriarcal et conservateur, où de nombreuses cliniques la proposent

La Dr. Reham Awwad utilisant une illustration sur un téléphone pour décrire la procédure de reconstruction chirurgicale du clitoris à la clinique "Restore FGM", au Caire, le 11 juin 2023. (Crédit :Khaled Desouki/AFP)
La Dr. Reham Awwad utilisant une illustration sur un téléphone pour décrire la procédure de reconstruction chirurgicale du clitoris à la clinique "Restore FGM", au Caire, le 11 juin 2023. (Crédit :Khaled Desouki/AFP)

En Égypte, des campagnes appellent à ne plus exciser les petites filles. Mais si l’État veut protéger les générations futures, les 28 millions de femmes déjà mutilées, elles, n’ont qu’une seule clinique, privée, pour les aider.

Nourhane, la trentaine, a sauté le pas fin 2021. Cette habitante d’Alexandrie, dans le nord côtier, qui témoigne sous un pseudonyme, a fait appel à la chirurgienne Reham Awwad pour « redevenir celle qui décide pour [son] corps ».

Huit mois après une opération de reconstruction, ses douleurs chroniques ont laissé place à « des sensations complètement nouvelles » et « une nette amélioration physique mais aussi psychologique », a-t-elle déclaré à l’AFP.

C’est seulement depuis 2020 qu’il est possible de faire ce genre d’opérations en Égypte.

En fondant Restore FGM, la Dr. Awwad et son confrère Amr Seifeldin ont offert aux victimes un rare espace dans le pays où révéler son excision reste un tabou.

Entourés de psychologues, ils proposent thérapies, injections de plasma pour régénérer les tissus endommagés et reconstruction clitoridienne.

« L’opération, c’est le dernier recours », a insisté Dr. Awwad. L’injection de plasma couplée à un suivi psychologique « permet de réduire de 50 % le recours à la chirurgie » et d’éviter un nouveau geste traumatisant.

C’est pourtant cette option qu’envisage Intissar, qui utilise également un pseudonyme. « Quelque chose a été brisé chez moi et je veux le réparer », a raconté cette quadragénaire à l’AFP.

À 10 ans, « ma grand-mère m’a emmenée chez un médecin qui m’a excisée » et elle répétait : ‘c’est pour ton bien, tu seras mieux comme ça' ». Ses parents, pourtant médecin et directrice d’école, avaient donné leur accord pour l’opération pendant l’été – le pic des excisions de fillettes, selon la militante Lobna Darwish.

Vieille tradition aujourd’hui médicalisée 

Pour lutter contre cette pratique, « il faut mener des campagnes de prévention dans les écoles avant les vacances d’été », a plaidé Darwish, en charge du genre à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR).

Car les chiffres sont vertigineux : 86 % des Égyptiennes mariées de 15 à 49 ans étaient excisées en 2021, selon les autorités. L’Unicef estime à 200 millions le nombre de femmes excisées dans le monde. Plus d’une sur dix est Égyptienne.

Dans le plus peuplé des pays arabes, l’excision consiste à l’ablation du clitoris et des petites lèvres. Elle cause, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), douleurs, hémorragies, infections, relations sexuelles douloureuses et complications durant l’accouchement.

Bien qu’illégale depuis 2008 et régulièrement dénoncée par les autorités musulmanes et chrétiennes, cette pratique millénaire reste répandue dans le pays patriarcal et conservateur, où de nombreuses cliniques la proposent.

Après des années de campagne contre les exciseuses traditionnelles les trois quarts des Égyptiennes excisées l’ont été par un médecin, selon les chiffres officiels.

« L’excision traverse les classes sociales », a affirmé Intissar, aujourd’hui journaliste.

Promue comme une opération « esthétique », a-t-elle poursuivi, elle vise en réalité « à déconnecter les femmes de leurs corps et de leur plaisir ».

« On nous a dit que c’était religieux, que c’était mieux, plus propre », a abondé Nourhane, mutilée à 11 ans avec sa soeur de 8 ans sous le regard des femmes de sa famille.

Un miroir pour se découvrir 

La loi durcit régulièrement les peines contre les médecins pratiquant l’excision ou les parents.

Mais, pour Darwish, cette « criminalisation » est contre-productive car personne ne veut dénoncer sa propre famille.

« Il faut surtout des cours d’éducation sexuelle et faire connaître le numéro vert » créé en 2017 par l’État, a-t-elle affirmé.

Pour Dr. Awwad, les médecins manquent aussi d’information. « Ils n’entendent parler de chirurgie reconstructrice ni durant leurs études ni durant leur internat », a-t-elle accusé.

Les femmes, elles, connaissent mal leur anatomie. À chaque première consultation, Dr. Awwad remet à ses patientes un miroir pour qu’elles découvrent leurs organes génitaux.

Intissar est passée par là. « J’ai appris qu’on m’avait retiré les deux lèvres et une partie du clitoris. Je pensais qu’on m’avait seulement retiré un petit bout de peau. J’étais très en colère », a-t-elle raconté.

Nourhane a aussi connu la colère. D’abord contre sa propre mutilation mais aussi contre le peu d’aide pour la procédure de reconstruction chirurgicale. Il lui aura fallu près d’un an pour obtenir une donation couvrant l’opération : 1 200 euros, soit dix fois le salaire moyen en Égypte.

« Les médicaments aussi coûtent cher, il faut que les responsables règlent cette question et proposent la chirurgie réparatrice dans les hôpitaux publics », a-t-elle affirmé.

Mais Nourhane a déjà enregistré une victoire. Elle est parvenue, avec sa mère, à empêcher l’excision de ses deux nièces.

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