En coulisses, le Hamas rejette la détente entre Israël et la Turquie
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En coulisses, le Hamas rejette la détente entre Israël et la Turquie

Selon un journal libanais, la faible réponse des dirigeants de Gaza à l’accord n’a eu lieu qu’à la demande d’Ankara, malgré les remerciements publics à Erdogan

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Khaled Meshaal, pendant un rassemblement du Congrès national africain en l'honneur du Hamas au Cap, en Afrique du Sud, le 21 octobre 2015. (Crédit : Rodger Bosch/AFP)
Khaled Meshaal, pendant un rassemblement du Congrès national africain en l'honneur du Hamas au Cap, en Afrique du Sud, le 21 octobre 2015. (Crédit : Rodger Bosch/AFP)

Le Hamas s’oppose fortement à l’accord de réconciliation entre Israël et la Turquie, malgré avoir publié un communiqué de remerciements pour les efforts d’Ankara pour apporter de l’aide à la bande de Gaza aux abois, a annoncé mardi un média libanais.

Des sources proches des dirigeants du groupe terroriste palestinien dirigeant la bande de Gaza ont affirmé qu’Ankara avait pressé le leadership du Hamas de réfréner ses critiques jusqu’à la signature de l’accord avec Israël, a annoncé la Deuxième chaîne en citant le journal libanais Al-Akhbar.

Le mouvement terroriste, grand allié de la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan, est resté silencieux toute la journée de lundi alors que se multipliaient les réactions à la réconciliation des deux pays.

« La Turquie a demandé qu’ils restent calmes et ne réagissent pas à l’accord, ont déclaré les sources anonymes. Les Turcs ont promis de continuer les délibérations sur la question humanitaire [à Gaza] dans les prochains temps. »

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours adressé aux mukhtars (dirigeants des gouvernements locaux) au complexe présidentiel d'Ankara, le 16 mars 2016. (Crédit : AFP/Adem Altan)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours adressé aux mukhtars (dirigeants des gouvernements locaux) au complexe présidentiel d’Ankara, le 16 mars 2016. (Crédit : AFP/Adem Altan)

L’accord, annoncé lundi et signé par les ministres des Affaires étrangères d’Israël et de Turquie mardi, restaurera des relations diplomatiques complètes entre Jérusalem et Ankara en échange des engagements turcs à lutter contre le terrorisme et à cesser son opposition à Israël au sein des forums internationaux.

Israël a promis d’autoriser une aide turque dans la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, tout en maintenant son blocus de l’enclave. L’accord stipule aussi que la Turquie pourra construire une centrale électrique et une usine de désalement à Gaza. L’aide turque transiterait par le port israélien d’Ashdod avant de parvenir aux Palestiniens.

Israël a de plus accepté de payer 20 millions de dollars de dédommagement aux familles des dix Turcs tués pendant un raid de l’armée israélienne contre un navire tentant de briser le blocus maritime de Gaza en 2010. La Turquie a accepté de n’entreprendre aucune action judiciaire contre les soldats israéliens impliqués.

Dans un communiqué publié mardi sur le site internet du Hamas, l’organisation a publiquement remercié Erdogan pour son soutien et pour ses efforts pour essayer de lever le blocus de Gaza, mais n’a pas fait de commentaire sur la restauration des relations de la Turquie avec Israël.

Dans ce texte en anglais, le Hamas exprime « sa gratitude et son estime au président Erdogan » et au peuple turc tout en affirmant « espérer que la Turquie continue à soutenir le peuple palestinien, à œuvrer à la levée totale du blocus et à faire pression sur l’occupant sioniste pour qu’il cesse ses agressions ».

Cependant, les dirigeants du Hamas ont discrètement fait savoir qu’ils étaient absolument contre la normalisation des relations turques avec Israël, et des responsables du Hamas en Iran et au Liban se sont exprimés contre l’accord, a annoncé la Deuxième chaîne.

Osama Hamdan, responsable du Hamas au Liban, a écrit sur son compte Twitter que l’accord était une décision turque et n’impliquait pas le Hamas.

Khaled Qaddumi, représentant du Hamas en Iran, a déclaré que l’accord était « totalement mauvais » et ne devrait pas être légitimé en étant associé au Hamas.

De son côté, le Jihad islamique, deuxième groupe terroriste des Territoires palestiniens, a dit « refuser que toute partie arabe ou musulmane s’engage dans la normalisation avec l’ennemi sioniste », tout en saluant malgré tout « tout effort arabe ou musulman visant à alléger les souffrances du peuple palestinien ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la conférence de presse annonçant les détails de l'accord de réconciliation entre Israël et la Turquie, à Rome, le 27 juin 2016. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la conférence de presse annonçant les détails de l’accord de réconciliation entre Israël et la Turquie, à Rome, le 27 juin 2016. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Aussitôt après l’annonce de la réconciliation lundi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait affirmé que le blocus maritime que son pays impose depuis 10 ans à la bande de Gaza resterait en vigueur. « C’est un intérêt sécuritaire de haute importance pour nous. Je n’étais pas prêt à le renégocier », a-t-il expliqué.

Selon la Banque mondiale et l’ONU, le blocus maritime, terrestre et aérien a virtuellement tué toute exportation de Gaza, menant l’économie de la petite enclave coincée entre Egypte, Israël et Méditerranée au bord du gouffre. Il prive également de mouvement la grande majorité des 1,9 million de Palestiniens de Gaza.

Mais pour Israël, ce blocus est nécessaire pour empêcher l’entrée de matériaux permettant aux groupes armés de produire leurs arsenaux artisanaux.

L’accord permettra aux deux pays d’échanger des ambassadeurs. Même s’il a été signé mardi par les officiels turcs et israéliens, l’accord doit encore être ratifié par les gouvernements des deux pays. Plusieurs ministres israéliens ont déclaré qu’ils s’opposeraient à l’accord pendant le vote du cabinet de sécurité prévu mercredi.

Les relations déjà détériorées entre Israël et la Turquie avaient été significativement dégradées en 2010, quand un commando israélien avait lancé un raid mortel avant l’aube sur un navire d’une flottille de six bateaux en mai 2010 qui essayaient de briser le blocus maritime imposé par Israël sur Gaza. Les commandos avaient été violemment attaqués par les activistes présents à bord du Mavi Marmara, battant pavillon turc, et neuf citoyens turcs, dont un détenant également la citoyenneté américaine, avaient été tués dans les combats qui avaient suivi, et un dixième était ensuite décédé de ses blessures. Nombre de soldats israéliens avaient été blessés.

Les soldats de Tsahal Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (à droite) (Crédit : Flash90)
Les soldats de Tsahal Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (à droite) (Crédit : Flash90)

Netanyahu a déclaré qu’Ankara avait aussi promis d’aider au retour de deux soldats israéliens tués en 2014, et dont les corps seraient aux mains du Hamas, et de deux citoyens israéliens qui seraient détenus par le groupe. Les familles des soldats ont critiqué le Premier ministre pour ne pas avoir rendu la réconciliation avec la Turquie dépendante du retour des corps par le Hamas.

Un responsable du Hamas a déclaré lundi que le groupe terroriste ne négocierait pas la restitution des corps des soldats israéliens et la libération des civils avant que ses conditions préliminaires ne soient remplies, jetant des doutes sur l’efficacité de la promesse turque.

Une demande israélienne pour que la Turquie cesse d’héberger des membres du Hamas a été rejetée, et le groupe continuera à maintenir une présence politique dans le pays.

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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