En déclarant être sensible au « Grand Israël », Netanyahu suscite l’ire de pays arabes
L'Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie, l'Égypte, la Ligue arabe et l'AP ont condamné la réponse du Premier ministre et dénoncé une "mentalité imprégnée d'illusions colonialistes"
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Plusieurs pays arabes ont exprimé leur consternation mercredi après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré la veille qu’il se sentait proche de la vision du « Grand Israël ».
Dans une interview diffusée mardi soir sur la chaîne i24News, le présentateur Sharon Gal a demandé à Netanyahu s’il se sentait proche d’une vision du « Grand Israël », ce à quoi il a répondu : « Très proche. »
Le terme « Grand Israël » désigne Israël dans ses frontières élargies conformément aux descriptions bibliques ou historiques. Il existe plusieurs versions de ce concept, dont certaines incluent des parties de l’actuelle Jordanie, du Liban, de la Syrie, de l’Égypte, de l’Irak et de l’Arabie saoudite. Il a été popularisé après la Guerre des Six Jours de juin 1967 pour désigner également Israël et les territoires qu’il venait de reprendre : Jérusalem-Est, la Cisjordanie, la bande de Gaza, la péninsule du Sinaï et le plateau du Golan.
Il est toujours plébiscité par certaines personnalités ultranationalistes en Israël, qui expriment le souhait d’annexer, voire de contrôler une grande partie de ces territoires.
Gal, qui a brièvement été membre de la droite à la Knesset, a posé cette question après avoir remis à Netanyahu ce qu’il a présenté comme une amulette représentant « une carte de la Terre promise », qui n’apparaît pas à l’écran.
Le présentateur du journal télévisé vend des pendentifs qui semblent représenter une carte d’un « Grand Israël » relativement maximaliste.
אתה מתחבר לחזון ארץ ישראל השלמה?
נתניהו: מאוד pic.twitter.com/n0STPVHtrG— עמיאל ירחי (@amiel_y) August 12, 2025
L’Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et la Ligue arabe ont tous publié des déclarations condamnant la réponse de Netanyahu et avertissant qu’elle menaçait la stabilité régionale et mondiale.
Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères n’a pas répondu à notre demande de commentaire.
Dans un communiqué, le ministère jordanien des Affaires étrangères a déclaré condamner la réponse de Netanyahu, la qualifiant « d’escalade dangereuse et provocatrice ».
La déclaration citait Sufyan Qudah, porte-parole du ministère, qui a rejeté « catégoriquement ces propos incendiaires ».
« Ces affirmations et ces illusions, reprises et propagées par les extrémistes du gouvernement israélien, encouragent la poursuite du cycle de violence et de conflit », a-t-il ajouté.
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a également condamné cette déclaration, affirmant que Le Caire avait demandé des éclaircissements à Israël compte tenu « des implications d’une provocation susceptible de déstabiliser la région, du rejet de la poursuite de la paix dans la région et de l’insistance sur l’escalade ».
« Cela va à l’encontre des aspirations des parties régionales et internationales qui aspirent à la paix, à la sécurité et à la stabilité pour tous les peuples de la région », a-t-il ajouté.
Dans sa propre déclaration, le ministère des Affaires étrangères du Qatar a exprimé « sa condamnation et sa dénonciation » de la réponse de Netanyahu, « la considérant comme une extension de l’approche de l’occupation fondée sur l’arrogance, alimentant les crises et les conflits ».
Doha a ajouté que « les fausses allégations israéliennes et les déclarations incendiaires absurdes ne porteront pas atteinte aux droits légitimes des nations et des peuples arabes », et a réitéré « le soutien total du Qatar à tous les efforts visant à instaurer une paix juste, globale et durable dans la région ».
Le ministère saoudien des Affaires étrangères a fermement condamné cette déclaration et a rejeté « en bloc les idées et les projets d’implantation et d’expansion adoptés par les autorités d’occupation israéliennes ».
Il a également mis en garde « la communauté internationale contre les violations flagrantes et continues de l’occupation israélienne, qui […] menacent la sécurité et la paix tant au niveau régional que mondial ».
La Ligue arabe a qualifié la réponse de Netanyahu de « violation flagrante de la souveraineté des États arabes et de tentative visant à compromettre la sécurité et la stabilité dans la région ».
« Cette déclaration reflète des intentions expansionnistes et agressives qui ne sauraient être acceptées ni tolérées », a-t-il ajouté, estimant qu’elle « révèle une mentalité imprégnée d’illusions colonialistes ».
L’Autorité palestinienne (AP) a également condamné cette réponse, la qualifiant de « provocation et d’escalade dangereuse qui menace la sécurité et la stabilité de la région, découlant des politiques coloniales expansionnistes de l’État d’occupation ».
Ramallah a souligné son « attachement à ce qui a été approuvé par la légitimité internationale et le droit international concernant la création d’un État palestinien indépendant, avec Jérusalem-Est pour capitale, sur les frontières de 1967 ».
L’idée qu’Israël annexe des portions de pays arabes voisins dans le cadre du projet du « Grand Israël » n’est pas très répandue parmi les Israéliens modérés, mais la présence de certains ministres ultranationalistes au sein de la coalition de Netanyahu a donné plus de poids à ce concept.
Le ministre ultranationaliste des Finances, Bezalel Smotrich, avait déjà provoqué la colère de la communauté internationale en mars 2023 lorsqu’il avait prononcé un discours à Paris depuis une tribune sur laquelle figurait une carte du « Grand Israël », ce qui avait conduit la Jordanie à rappeler son ambassadeur en Israël en signe de protestation.
En réponse à ce tollé, le ministère des Affaires étrangères avait alors réaffirmé qu’Israël était « attaché à l’accord de paix de 1994 avec la Jordanie. La position de l’État d’Israël, qui reconnaît l’intégrité territoriale du Royaume hachémite, n’a pas changé ».
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