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Espagne : Des graffitis antisémites dans l’ancienne ville « Tuez les Juifs »

Le maire de cette petite ville a fait en sorte, ces derniers années, de remettre en lumière le passé de la ville qui avait été initialement un refuge pour les Juifs

Un panneau de Castilla Mota de Judios a subi des actes de vandalisme antisémites avec des références à l'inquisition. (Autorisation : Lorenzo Gutierrez via JTA)
Un panneau de Castilla Mota de Judios a subi des actes de vandalisme antisémites avec des références à l'inquisition. (Autorisation : Lorenzo Gutierrez via JTA)

MADRID (JTA) — D’importants graffitis antisémites ont été réalisés dans une toute petite ville espagnole qui avait été connue, dans le passé, pour avoir été un refuge pour les Juifs avant de prendre pour nom un cri de ralliement en faveur de leur mise à mort.

Les résidents de Castrillo Mota de Judíos, un village du nord de l’Espagne, ont découvert les graffitis pratiquement à leur réveil, lundi.

Les graffitis sont apparus à quatre endroits différents : A l’entrée de la mairie de la ville ; sur le panneau annonçant l’entrée du village, sur la route ; sur le site qui devrait accueillir un futur centre séfarade et sur le panneau commémorant le jumelage de la localité espagnole avec une ville israélienne, Kfar Vradim.

Aucun Juif ne vit plus dans la ville, qui ne compte en tout qu’une cinquantaine d’habitants. Les vandales s’en sont pris à l’histoire du village et aux efforts livrés par le maire actuel, Lorenzo Rodriguez, pour la préserver.

La ville avait été appelée à l’origine Castrillo Motajudíos, ou le fort de la colline juive, en 1035 – quand les Juifs fuyant un pogrom voisin s’étaient établis là. Elle avait ensuite été renommée Castrillo Matajudíos — Le fort « tuez les Juifs » – en 1627, pendant une période de persécutions religieuses extrêmes, pendant l’inquisition.

La localité avait retrouvé son nom de Castrillo Mota de Judíos suite à un référendum du maire au mois de juin 2015. Depuis, le maire fait en sorte de faire revivre le passé juif de la ville. Son projet le plus récent est la construction du Centre de commémoration juive de Castilla y León qui devrait ouvrir ses portes le long du Camino de Santiago, un itinéraire emprunté chaque année par des centaines de milliers de pèlerins chrétiens.

Certains graffitis découverts cette semaine ont apporté des modifications aux panneaux de la ville, en rappelant son ancien nom. L’un d’entre eux faisait l’éloge de Torquemada, responsable de triste mémoire de l’Inquisition qui avait torturé, tué et expulsé les Juifs qui vivent en Espagne. « Vive les rois catholiques », était-il ainsi écrit sur l’un des panneaux.

Rodriguez a révélé ces actes de vandalisme dans une série de Tweets, lundi, condamnant leurs auteurs.

« Ce sont des individus lâches, intolérants et ignorants qui n’accordent aucune valeur au patrimoine ou aux hommes, pas plus qu’ils ne respectent quoi que ce soit ou quiconque », a-t-il écrit. « Ces esprits intolérants n’ont pas leur place ici ».

La Fédération des communautés juives d’Espagne a aussi condamné les graffitis.

« Ces agressions et ces menaces contre le maire Lorenzo Rodriguez sont inacceptables et elles révèlent le danger des idéologies qui ont emmené l’Europe vers la catastrophe », a noté le groupe dans un communiqué. « Nous défendons avec force le maire de Castrillo Mota de Judíos, nous l’encourageons à continuer à œuvrer à faire revivre le passé juif du village, dans un esprit de coexistence pacifique et tolérant ».

Rodriguez a indiqué qu’il ne se laisserait pas dissuader. Il a porté plainte auprès de la police espagnole, mardi matin, avant de poster sur Twitter une autre déclaration pleine de défiance.

« Nous allons continuer à faire revivre notre passé, notre culture et notre identité », a-t-il écrit. « Ce qui est arrivé à Castillo est un exemple de la lâcheté de certains groupes et individus qui utilisent la violence pour afficher leur manque total de connaissance, dans le seul but de nuire ».

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