Eurovision : paillettes, échasses et zéro politique pour la première demi-finale
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Eurovision : paillettes, échasses et zéro politique pour la première demi-finale

L'émission a été vue par 200 millions de personnes dans le monde : l'Australie, favorite, et 9 autres pays iront en finale ; certains spectateurs ont reçu des messages menaçants

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Après près d’une année entière de préparatifs, le concours de l’Eurovision a débuté à Tel Aviv avec des paillettes, de la pyrotechnie et du kitsch lors de la première demi-finale, au cours de laquelle les pays se sont affrontés pour obtenir leur place en finale, qui est prévue samedi.

Vêtus de manière excentrique et interprétant des hymnes pop aux tonalités parfois ringardes ou des chansons d’amour pleines de sincérité, les représentants de 17 pays sont montés sur la scène de Tel Aviv dans l’espoir d’être sélectionnés pour le tour suivant.

Le spectacle a été l’occasion de découvrir une variété vertigineuse de styles, du rock métal grinçant incarné par le groupe steampunk islandais à la pop accrocheuse d’une chanteuse chypriote très dénudée.

Dix pays ont gagné leur billet pour la finale – la Grèce, la Biélorussie, la Serbie, l’Estonie, Chypre, la République tchèque, l’Australie, l’Islande, Saint-Marin [micro-État situé au centre-nord de l’Italie] et la Slovénie – au terme des votes des spectateurs et de jurés des 41 pays participant au concours.

L’Australienne Kate Miller-Heidke chante « Zero Gravity durant la première demi-finale du 64e concours de l’Eurovision organisé au centre des expositions de Tel Aviv, le 14 mai 2019 (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

L’Australienne Kate Miller-Heidke, qui a interprété sa ballade puissante « Zero Gravity » habillée en princesse des glaces – qui n’aurait pas dénoté dans « La Reine des neiges » de Disney – est d’ores et déjà considérée comme l’une des artistes favorites pour la victoire, ce qui serait une première.

Elle et ses danseuses ont arpenté la scène, faisant des va-et-vient dressées sur des échasses – ou ce que les commentateurs locaux ont préféré décrire comme des « brochettes ».

S’il s’est économisé sur scène, le duo slovène constitué de Zala Kralj et de Gasper Santl a toutefois livré une prestation tendre au cours de laquelle les deux artistes ne se sont pas quittés du regard. Il participera également à la finale de samedi.

Les Slovènes Zala Kralj et Gasper Santl chantent « Sebi » durant la première demi-finale du 64e concours de l’Eurovision organisé au centre des expositions de Tel Aviv, le 14 mai 2019 (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Les Pays-Bas, la Suède, la Russie et la France sont également considérés comme des favoris – avec le néerlandais Duncan Laurence en tête de liste chez les parieurs. La France, Israël et les autres puissances européennes bénéficient d’un billet direct pour le second tour tandis que les Pays-Bas, la Russie et la Suède s’affronteront jeudi, lors des dernières demi-finales.

Le titre plein d’entrain « Better Love », interprété par la Grecque Katerine Duska, pourrait bien également créer la surprise.

La Grecque Katerine Duska chante « Better love » durant la première demi-finale du 64e concours de l’Eurovision organisé au centre des expositions de Tel Aviv, le 14 mai 2019 (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Parmi ceux qui ont échoué mardi soir, le DJ finlandais Darude, producteur connu pour son tube « Sandtorm » en 1999. Les candidats du Monténégro, de la Pologne, de la Hongrie, de la Belgique, de la Géorgie et du Portugal ont également été écartés de la compétition.

Le spectacle qui a duré environ deux heures a débuté à 22 heures au centre des expositions de Tel Aviv après des mois de préparatifs pour accueillir ce qui est considéré comme le plus important concours musical du monde.

Israël accueille cette année l’Eurovision après la victoire de Netta Barzilai lors de l’édition précédente organisée au Portugal, avec son hymne féministe « Toy ».

Barzilai a interprété son tube hier soir, et la lauréate de l’Eurovision de 1998, Dana International, a chanté « Just The Way You Are » de Bruno Mars devant une salle qui n’était malheureusement pas comble.

Environ 2 000 billets des demi-finales n’ont pas été vendus, selon la Douzième chaîne israélienne.

(De gauche à droite) La présentatrice israélienne de télévision Lucy Ayoub, la top-model Bar Refaeli et l’animateur de télévision Erez Tal sur scène pendant la première demi-finale du 64e concours de l’Eurovision organisé au centre des expositions de Tel Aviv, le 14 mai 2019 (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Le concours avait fait l’objet de plaintes portant sur les prix élevés des billets et des logements à Tel Aviv. Les organisateurs s’étaient également inquiétés d’une campagne de boycott pro-palestinienne concertée et des tensions avec Gaza qui ont entraîné deux journées de combats intenses, la semaine dernière.

Et pourtant, des milliers de fans étaient présents dans la salle, brandissant des drapeaux et encourageant leurs candidats. L’ambiance enthousiaste a semblé laissé de côté l’actualité politique qui, selon de nombreux Israéliens, risquait de venir entacher les festivités.

Le représentant de l’Islande, Hatari, avait suscité la controverse en Israël en jurant initialement d’utiliser l’Eurovision pour exposer « le visage de l’occupation ». Mais lors d’une conférence de presse à l’issue des demi-finales, Hatari a transmis un message résolument positif. « Nous devons nous unir et nous rappeler qu’il faut aimer », a-t-il dit, suite à la « haine qui est en recrudescence en Europe ».

L’Islandais Hatari chante « Hatrið mun sigra » pendant la première demi-finale du 64e concours de l’Eurovision organisé au centre des expositions de Tel Aviv, le 14 mai 2019 (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Environ 200 millions de téléspectateurs dans le monde ont regardé le spectacle.

Les craintes de tentatives de perturbation de l’événement de la part de militants propalestiniens ne se sont pas concrétisées mais certains téléspectateurs qui se trouvaient chez eux, regardant le concours sur le site internet de la chaîne publique Kan, ont vu leur programme interrompu par une vidéo menaçant de lancer des roquettes sur des zones situées à proximité des lieux où se déroule la compétition, selon les médias en hébreu.

Des membres arabes de la Knesset et des activistes protestent contre l’Eurovision accueillie à Tel Aviv, le 14 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Kan a fait savoir dans un communiqué que le message n’avait concerné qu’un petit nombre de spectateurs et qu’une enquête était en cours sur l’incident.

La deuxième demi-finale aura lieu jeudi soir, avant la grande finale de samedi.

Le concurrent israélien Kobi Marimi marche sur le tapis orange au cours de la cérémonie d’ouverture du concours de l’Eurovision, place Habima à Tel Aviv, le 12 mai 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le crooner Kobi Marimi, qui représente Israël avec « Home », une chanson remplie de tristesse, ne montera pas sur scène avant la finale de samedi, même si sa cote est plutôt basse auprès des parieurs.

Attendue également à Tel Aviv samedi, la popstar Madonna, qui a repoussé mardi les appels des militants du BDS à annuler sa prestation.

« Je n’arrêterai jamais de jouer ma musique pour me conformer à l’agenda politique de qui que ce soit, pas plus que je ne cesserai de m’exprimer contre les violations faites aux droits humains dans le monde, où qu’elles surviennent », a dit la chanteuse dans une déclaration retransmise par les médias américains.

Vingt-six pays au total vont concourir samedi soir : les 20 qui auront franchi le stade des demi-finales ainsi que la France, Israël, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.

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