Excuses de Gefen après avoir comparé une Palestinienne à Anne Frank
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Excuses de Gefen après avoir comparé une Palestinienne à Anne Frank

L'artiste a dit ne vouloir que dénoncer "l'occupation" ; le ministre de la Défense, qui avait cherché à interdire ses chansons, déclare que tout est pardonné

Le chanteur et poète Yonatan Gefen,  à l'EMI, l'Association des artistes israéliens, cérémonie de remise des prix d'excellence pour l'ensemble de la carrière, tenue à Petah Tikva, le 17 février 2016. (Tomer Neuberg/Flash90)
Le chanteur et poète Yonatan Gefen, à l'EMI, l'Association des artistes israéliens, cérémonie de remise des prix d'excellence pour l'ensemble de la carrière, tenue à Petah Tikva, le 17 février 2016. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le poète et parolier israélien Yonatan Gefen s’est excusé pour un poème qu’il a écrit en comparant une adolescente palestinienne militante à Anne Frank, victime de l’Holocauste, disant que sa seule intention était de sensibiliser le public à « l’occupation israélienne ».

Lors d’un mini concert samedi soir, Gefen a dit au public : « C’était une erreur et je m’en excuse, surtout auprès de ceux qui ont été personnellement offensés ».

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, avait cherché à faire interdire Gefen sur la radio de l’armée pour sa comparaison entre Anne Frank et la militante palestinienne Ahed Tamimi, dont la famille est connue pour ses provocations publiques contre la présence des soldats de Tsahal en Cisjordanie. Les deux hommes avaient été critiqués pour leurs comportements : Liberman pour avoir tenté d’interférer avec la programmation d’une station de radio nationale, et Gefen pour sa comparaison.

Après que les médias ont rapporté les excuses de Gefen, Liberman a tweeté, « Celui qui confesse [leurs péchés] et y renonce sera pardonné » – une citation du livre biblique des Proverbes.

Capture d’écran de la vidéo de Yonatan Gefen s’adressant au public lors d’un concert à Petah Tikva, le 27 janvier 2018. (Twitter)

Lors du concert, Gefen a pris quelques minutes pour s’adresser au public concernant le poème controversé qui a eu pour effet, a-t-il dit, de voir les médias camper devant chez lui l’empêcher de sortir de chez lui pendant une semaine.

« Les Palestiniens ont le droit de choisir leurs héros culturels », a-t-il expliqué, ajoutant que son intention était de ramener « l’occupation israélienne » de la Cisjordanie à la Une des journaux.

« Je voulais montrer que tout comme nous avons nos héros nationaux… les Palestiniens sont également autorisés à avoir les leurs », a-t-il dit. L’erreur que j’ai commise a été de mettre sur la liste Hannah [Szenes] et Anne [Frank], que personne n’admire autant que moi… et je m’en excuse de tout mon cœur. De la même manière, j’aurais pu écrire qu’Ahed Tamimi est au même niveau que « Wonder Woman » Gal Gadot. »

Interrogé par un membre de l’auditoire qui lui demandait pourquoi il avait choisi de présenter ses excuses lors du concert et non dans une déclaration aux médias, Gefen s’en est alors pris à la presse.

« Les médias sont des ordures », a-t-il répondu. « Ils cherchent des ragots et me prennent pour un idiot. Je les déteste. Je n’ai aucune envie de m’adresser aux médias parce qu’ils ne font que déformer les choses, parce qu’ils cherchent juste le sensationnel et les ragots. »

Ahed Tamimi (au centre), une Palestinienne de seize ans, assiste à une audience devant le tribunal militaire d’Ofer en Cisjordanie le 15 janvier 2018. (AFP Photo/Thomas Coex)

« Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, je peux dire que c’était une erreur et je m’excuse particulièrement auprès de ceux qui ont été personnellement offensés », a-t-il déclaré.

La polémique a commencé lundi dernier lorsque Gefen a posté le poème comparant Tamimi, emprisonnée pour avoir entre autres giflé un soldat de Tsahal, aux icônes de l’Holocauste Frank et Szenesh, ainsi qu’au roi David et à Jeanne d’Arc.

Gefen, 70 ans, a posté le poème sur Instagram à côté d’une photo de Tamimi en face d’un soldat de Tsahal :
Une jolie fille de 17 ans a commis une terrible action
et quand un fier officier israélien
a encore une fois envahi sa maison
elle lui a donné une gifle.
Elle est avec ça et avec cette claque
avec cinquante ans d’occupation et d’humiliations.
Et quand le jour viendra où l’histoire de cette lutte sera racontée,
toi, Ahed Tamimi,
la rousse,
comme David qui a giflé Goliath,
fera partie des rangs de
Jeanne d’Arc, Hannah Szenes et Anne Frank.

Anne Frank, l’une des victimes les plus célèbres de l’Holocauste, est connue pour le journal qu’elle tenait et qui décrit en détail sa vie cachée à Amsterdam entre 1942 et 1944, avant d’être tuée par les nazis.

Szenes était l’une des parachutistes juives qui ont été parachutées en Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale pour secourir les Juifs hongrois sur le point d’être déportés dans des camps de la mort nazis. Elle fut arrêtée, torturée et exécutée et est une héroïne nationale en Israël.

Liberman, indigné par la comparaison faite par Gefen, a tweeté mardi matin qu’il avait « demandé au commandant de la radio de l’armée de cesser de passer les chansons ou d’interviewer Yonatan Gefen dans toutes les émissions de la station », et qu’il « appelait tous les médias en Israël à faire de même ».

La tentative de Liberman de mettre Yonatan Gefen sur une liste noire a été largement condamnée par les artistes et les politiciens de l’opposition, qui ont qualifié le ministre de la Défense de « commissaire de la pensée ».

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