Fake news : une « nuisance » plutôt qu’une menace, dit un chef de la cybersécurité
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Fake news : une « nuisance » plutôt qu’une menace, dit un chef de la cybersécurité

Les Américains tirent la sonnette d'alarme sur la manipulation des médias ; les experts israéliens ne voient aucun signe d'interférence russe dans la politique israélienne

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Illustration : Fake News. (Crédit : iStock)
Illustration : Fake News. (Crédit : iStock)

Le phénomène des fake news en Israël est une « nuisance constante » plutôt qu’une réelle menace, a estimé le chef du National Cyber Bureau au bureau du Premier ministre, minimisant l’impact de ce phénomène en Israël, contrairement à son impact aux États-Unis, où il a semé le chaos lors des élections présidentielles de 2016.

S’exprimant devant un panel la semaine dernière lors d’une conférence sur la cyber-sécurité à l’occasion de la Cyber Week, Eviatar Matania a déclaré que les effets des fake news peuvent être tempérés par l’instruction et la sensibilisation.

En février, Robert Mueller, procureur spécial américain, a mis en examen 13 Russes accusés d’avoir interféré dans les élections présidentielles de 2016 à travers la manipulation sur les réseaux sociaux, afin d’aider le candidat républicain Donald Trump à gagner.

Le docteur Eviatar Matania, directeur général du Directoire du National Cyber Bureau,a u bureau du Premier ministre. (Crédit : Cyber Week)

« Nous devons construire une population résiliente, ce qui signifie que nous devons éduquer les gens à ne pas croire tout ce qu’ils voient. Nous avons besoin de médias vibrants et indépendants, avec des idées nouvelles, et nous avons besoin que tout le monde endosse ses responsabilités, pas seulement le gouvernement, mais également les entreprises », a dit Matania.

« Si nous faisions tout cela, nous pourrions venir à bout du problème des fake news. Je suis optimiste. »

Lior Tabansky, chef du Cyber Research Development du Blavatnik Interdisciplinary Cyber Research Center de l’université de Tel Aviv, a déclaré qu’il n’avait pas eu d’indication concernant des tentatives russes d’interférer dans les élections israéliennes au moyen des fake news ou d’autre influence dissimulée.

« Nous n’avons rien vu de cela », a déclaré Tabansky au Times of Israel en marge du panel, auquel il a pris part.

Plusieurs sociétés israéliennes ont fait les gros titres récemment, pour avoir supposément proposé de la manipulation sur les réseaux sociaux pour le compte de la campagne de Trump, mais les panelistes ne se sont pas exprimés sur la question de l’industrie israélienne des fake news.

A l’extérieur de l’auditorium ou le panel s’est réuni, le Times of Israel a pu voir un représentant de l’une de ces sociétés, réseauter avec un autre participant.

« Prendre à la légère n’est pas une bonne idée »

Les Américains présents lors de ce panel étaient moins optimistes que les deux Israéliens sur les effets possibles des fake news et sur les tentatives de répression de ce phénomène.

« Quand une nation ennemie a entrepris une campagne secrète soutenue par les ressources des services de sécurité de l’Etat pour saboter ces mêmes institutions qui sont supposées proposer une résilience à long terme, il faut savoir si vous êtes du côté du récepteur, que c’est quelque chose de sérieux, et le prendre à la légère n’est pas une bonne idée », a déclaré Michael Sulmeyer, directeur du projet de cyber-sécurité au Belfer Center de l’université d’Harvard.

« Si vous êtes un pays victime d’une campagne secrète convenue, vous trouvez le meilleur moyen de vous défendre », a-t-il ajouté.

Le docteur Michael Sulmeyer de la Harvard Kennedy School lors d’un panel sur les Fake News l’université de Tel Aviv, le 19 juin 2018 (Crédit : capture d’écran Facebook)

Le professeur Martin Libicki, de la Naval Academy a également tiré la sonnette d’alarme, quand il a fait remarquer qu’il n’était pas certain que les États-Unis soient assez résilients à ce stade de leur histoire pour résister à un assaut de fake news.

« Un économiste, lauréat du prix Nobel il y a deux ans, s’est penché sur l’espérance de vie aux États-Unis et a déterminé, sans surprise, qu’elle augmente, à l’exception d’un groupe », a-t-il dit.

« Si vous êtes blanc, avec un faible niveau d’éducation, votre espérance de vie est limitée. C’est lié à la crise des opioïdes. C’est lié l’augmentation de 30 % des taux de suicides. Je pense que cela émane, en partie, de la croissance démographique raciale, et en partie de la dégradation de la situation économique des personnes peu instruites », a dit Libicki. « J’aimerais croire, et il y a des raisons de le faire, que des sociétés saines peuvent supporter des fake news, mais je pense que nous ne vivons pas nécessairement dans des sociétés saines. »

Le professeur Martin Libicki de l’US Naval College (Crdit : Cyber Week)

Un autre intervenant, Ben Wizner, directeur du Speech, Privacy, and Technology Project à l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), a appelé à la mise en œuvre de réglementations pour freiner la publicité chez les géants Google et Facebook.

« Nous observons une prééminence de deux sociétés de publicitaires, Facebook et Google, comme deux goulots d’étranglement à travers lesquels passent la majeure partie des nouvelles et des informations. Si nous voulons sérieusement gérer cette constellation de problèmes que nous appelons fake news, il faut sérieusement réduire le monopole de ces deux plate-formes », a-t-il dit. « Cela voudrait dire adhérer à une forme de régulation anti-trust, que nous n’avons pas vue depuis une génération, au moins aux États-Unis. »

La théorie du contrôle

Tabanksy, de l’université de TLB a décrit une théorie russe appelée la « théorie du contrôle refléxif », qui, selon lui, est au cœur des efforts de la guerre de l’information mis en œuvre par la Russie contre des pays étrangers.

« Les Russes pensent que les réseaux sociaux ont un algorithme, et qu’une fois qu’ils le découvrent, on peut entrer des données qui font que le système se comporte comme vous le souhaitez, mais le système pense qu’il se comporte rationnellement, qu’il fait ce qui lui est naturel », dit-il.

« Le message des Russes est le suivant : la démocratie n’est pas une vraie démocratie : c’est un faux régime, un régime défaillant, et nous avons une meilleure alternative. »

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