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France : 139 communes membres du réseau « Villes et Villages des Justes de France »

Châteaumeillant sera distingué lors d’une cérémonie en juin prochain grâce aux efforts d’Ida Rozenberg-Apeloig, réfugiée juive dans la commune pendant la Shoah

L’église de Châteaumeillant, dans le Cher. (Crédit : Manfred Heyde / CC BY-SA 3.0)
L’église de Châteaumeillant, dans le Cher. (Crédit : Manfred Heyde / CC BY-SA 3.0)

Châteaumeillant, dans le Cher, est la prochaine commune qui va rejoindre le réseau « Villes et Villages des Justes de France ».

En novembre dernier, la commune de Beuil, dans les Alpes-Maritimes, était distinguée. De l’été 1943 à l’été 1944, une centaine de Juifs y ont été hébergés, cachés et sauvés.

Créé en 2010, ce titre distingue les localités qui ont caché des Juifs pendant la Shoah. Breuil était la 139e commune à le recevoir, a rapporté France 3. Comme pour le titre de Juste parmi les nations, une enquête est diligentée par le musée-mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, avant la remise de la distinction.

L’inscription d’une commune au rang des « Villes et Villages des Justes de France » se fait uniquement s’il n’y a eu aucune contrepartie pour les habitants qui ont aidé des Juifs.

Châteaumeillant, qui compte 1 751 habitants, sera distinguée lors d’une cérémonie en juin prochain grâce aux efforts d’Ida Rozenberg-Apeloig, réfugiée juive dans la commune pendant la Shoah.

Châteaumeillant, dans le Cher. (Crédit : Wikipédia)

Depuis des années, elle a fait de ce projet la « mission de sa vie », a rapporté le journal Le Berry Républicain. Pendant la guerre, environ 150 Juifs, « soit une quarantaine de familles », y ont trouvé refuge, « pendant quelques jours ou plusieurs années, entre 1939 et 1945 ».

« Début 1940, ma mère, mon frère Benjamin et moi, quittons Paris pour rejoindre Châteaumeillant comme réfugiés. Mon père est démobilisé, à la suite de l’Armistice de juin, et nous rejoint dans cette ville où nous sommes restés près de cinq ans et où mon petit frère, Jean, a vu le jour en 1942 », a expliqué Ida Rozenberg-Apeloig, 84 ans, au Berry Républicain.

« Après la disparition de la zone libre, et l’arrivée des troupes allemandes, la famille, par prudence, se disperse et mes parents me placent chez un couple sans enfant. Ces gens m’expliquent, à moi petite fille de cinq ans, que si je rencontre ma mère ou mon père dans la rue, je ne dois pas leur parler ni aller vers eux. Nous réussissons à échapper aux arrestations et, bien sûr, à la déportation et, en 1945, nous sommes remontés sur Paris. »

« Toute ma vie, je serai reconnaissante à Châteaumeillant. Aujourd’hui, je veux l’honorer et dire ‘merci’ à ses habitants qui, malgré les risques encourus, ont recueilli, caché et sauvé la très grande majorité des Juifs, hommes, femmes et enfants, qui étaient venus se réfugier dans la commune », dit-elle.

En 2004, elle avait apposé à titre personnel une plaque de remerciement – toujours présente – sur le mur extérieur du musée des Vieux Métiers.

Plaque commémorant le sauvetage de Juifs par la population de Châteaumeillant durant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : ManiacParisien / CC BY-SA 4.0)

Lors du Conseil municipal du 8 décembre dernier, qui s’est tenu en présence du président de la République Emmanuel Macron, les élus municipaux ont voté pour l’adhésion au Comité français pour Yad Vashem, première étape dans le processus de reconnaissance.

La décision a été prise « dans un souci de devoir de mémoire pour ne pas oublier le passé alors que la Seconde Guerre mondiale s’éloigne et que les témoins sont de moins en moins nombreux », a indiqué le maire Frédéric Durant.

« Je suis fier de pouvoir mettre sous la lumière des projecteurs cette résistance que je qualifie de passive, par rapport aux faits militaires de résistance que l’on connaît davantage car il y a eu beaucoup de combats dans le secteur de Châteaumeillant, mais qui est tout aussi importante dans notre histoire. Je considère celles et ceux qui ont accueilli des Juifs à cette époque, et qui sont restés discrets même des années plus tard, comme des héros ordinaires », a-t-il déclaré.

En septembre dernier, le Comité français pour Yad Vashem avait indiqué à Ida Rozenberg-Apeloig que l’inscription de la commune au réseau était possible, à condition que la mairie remplisse un dossier.

La cérémonie qui aura lieu en juin doit se tenir en présence de responsables politiques et d’Ida Rozenberg-Apeloig, qui espère pouvoir à cette occasion témoigner de son histoire auprès des écoliers de la ville.

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