France : déconstruire la propagande nazie à travers des photos d’Hitler
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France : déconstruire la propagande nazie à travers des photos d’Hitler

Le Pavillon Populaire de Montpellier accueille une exposition inédite sur les clichés d'Heinrich Hoffmann et sur l'impact majeur de la photographie dans les esprits

Hermann Goering et Adolph Hitler pendant une exposition sur "l'art dégénéré", en Allemagne, dans les années 1930. (Crédit : domaine public)
Hermann Goering et Adolph Hitler pendant une exposition sur "l'art dégénéré", en Allemagne, dans les années 1930. (Crédit : domaine public)

Dévoiler les ressorts de la propagande nazie en montrant ce qui se cache derrière plus de 200 photographies d’Hitler, c’est l’ambitieux projet d’une exposition inédite proposée du 27 juin au 23 septembre par le Pavillon Populaire de Montpellier, dans le sud de la France.

« Un dictateur en images » montre pour la première fois un corpus de 240 photographies du « Führer » choisies parmi quelque 12 000 prises de 1924 à 1945 par son photographe officiel Heinrich Hoffmann (1885-1957).

Cette exposition, qui pourrait paraître « risquée politiquement », est « historique », estime le directeur artistique du Pavillon populaire Gilles Mora, qui a voulu proposer une « réflexion politique en images », disposant d’une « qualité scientifique indéniable ».

Le Mémorial de la Shoah et les historiens Johann Chapoutot et Denis Peschanski ont participé à son élaboration.

« Hitler se défie des photographes et les fuit au début de sa carrière politique mais il comprend très vite l’importance de ce mode de représentation pour projeter l’image de ‘chef’ qu’il souhaite imposer au public », explique Alain Sayag, commissaire de l’exposition.

« Artiste ‘raté’, il trouve en Heinrich Hoffmann celui qui va donner une forme visuelle à cette fiction », relève-t-il.

Cette image construite se met au point de 1924 à 1927. L’exposition permet aux visiteurs de voir une quarantaine de photographies prises en août 1927 lorsqu’Adolf Hitler travaillait sa gestuelle d’orateur dans l’atelier munichois du photographe.

Cette iconographie se fige après la prise de pouvoir en 1933 et sera reproduite à l’infini sur des timbres, des cartes postales qui rapporteront de juteux droits d’auteur au photographe et à son modèle : on y retrouve les thèmes du « guide qui conduit la nation », de « l’adoration des foules », ou encore des scènes à la banalité affectée avec des enfants ou des animaux qui participent à l’élaboration du mythe d’un Führer proche de son peuple.

Affiche de l’exposition Un dictateur en images à Montpellier (Crédit : musée)

L’image du Führer, « au centre du régime nazi », n’est « jamais une représentation du monde réel mais une présentation codifiée de celui-ci », relève le commissaire d’exposition.

Ces « images de facture plutôt médiocre » visent « à obtenir l’adhésion du ‘peuple’ par un matraquage massif et continu, dans le cadre d’une propagande qui doit devenir une foi », explique Alain Sayag.

Or ce sont ces photographies de propagande d’Heinrich Hoffmann, tombées dans le domaine public, « que l’on retrouve dans tous les livres d’Histoire coupées de leur contexte », le plus souvent sans date et sans auteur, s’indigne-t-il.

D’où « l’importance de situer ces images et de les analyser afin de montrer à quel point elles sont construites ».

Simple témoin au procès de Nuremberg, Hoffmann sera traduit devant un tribunal bavarois et condamné, le 31 janvier 1947, à dix ans de prison, à la confiscation de tous ses biens, à la déchéance de ses droits et à l’interdiction d’exercer sa profession à l’issue de sa condamnation. En réalité, il sera relâché en février 1950, et un jugement en appel le rétablira dans 20 % de ses biens.

En contrepoint de ces images fabriquées d’Hitler, le Pavillon populaire propose un second volet reprenant une exposition du Mémorial de la Shoah de 2013 et intitulé « Regards sur les ghettos« .

Prises par des photographes de propagande allemande cherchant à reproduire les stéréotypes nazis, par des « curieux » ou encore des captifs juifs témoignant de leur quotidien dans les ghettos d’Europe orientale entre 1939 et 1945, ces images dressent un constat glaçant des conséquences les plus terribles de la propagande nazie.

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