France: Regain de polémique autour de Polanski, en lice pour une pluie de Césars
Rechercher

France: Regain de polémique autour de Polanski, en lice pour une pluie de Césars

L'annonce des nominations du film a aussitôt relancé la polémique sur le cinéaste de 86 ans, qu'une partie de l'opinion publique et les féministes n'acceptent plus de voir honorer

Le réalisateur Roman Polanski lors d'une séance photo à la projection du film "D'après une histoire vraie" à Paris, le 30 octobre 2017. (Photo AP / François Mori)
Le réalisateur Roman Polanski lors d'une séance photo à la projection du film "D'après une histoire vraie" à Paris, le 30 octobre 2017. (Photo AP / François Mori)

Nouveau rebond dans la polémique sur Roman Polanski : son film « J’accuse » a reçu mercredi une pluie de nominations pour les César, les Oscars français, malgré une sortie perturbée par une nouvelle accusation de viol contre le réalisateur franco-polonais.

Thriller historique sur l’affaire Dreyfus (un des grands scandales politiques de l’histoire de France moderne) avec Jean Dujardin, couronné par le Grand prix du jury à la Mostra de Venise (Italie), « J’accuse » est en lice pour 12 prix pour les récompenses suprêmes du cinéma français, notamment dans les catégories reines de la meilleure réalisation et du meilleur film.

Cette annonce a aussitôt relancé la polémique sur le cinéaste de 86 ans, qu’une partie de l’opinion publique et les féministes n’acceptent plus de voir honorer. Une multitude de réactions sont apparues sur les réseaux sociaux, et le sujet Polanski figurait dans les principales tendances sur Twitter.

« 12 nominations pour le film ‘J’accuse’ de Polanski ! 12 comme le nombre de femmes qui l’accusent de viols ! Honte @Les César », a immédiatement réagi sur Twitter l’association Osez le féminisme, avant d’appeler à manifester devant la salle Pleyel à Paris, où se tiendra le 28 février la 45e cérémonie des César.

La secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa s’est interrogée sur « le message qui est envoyé ». « Manifestement, le cinéma n’a pas terminé sa révolution en ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles », a-t-elle jugé.

L’Académie des César « n’est pas une instance qui doit avoir des positions morales », a répondu son président Alain Terzian, interrogé après l’annonce de ces nominations. « Sauf erreur de ma part, 1,5 million de Français sont allés voir son film. Interrogez-les », a-t-il ajouté.

Toujours poursuivi par la justice américaine dans le cadre d’une procédure pour détournement de mineure lancée en 1977, Roman Polanski est visé par une nouvelle accusation de viol de la Française Valentine Monnier, qu’il conteste.

Cette photographe affirme avoir été frappée et violée par Polanski en 1975 en Suisse quand elle avait 18 ans. Son témoignage s’ajoute aux accusations de plusieurs femmes ces dernières années, pour des faits prescrits.

Appels au boycott

En 2017, les César avaient déjà été au coeur d’une controverse concernant le réalisateur, qui avait dû renoncer à présider la cérémonie sous la pression des féministes.

Son film « J’accuse » a, lui, suscité de multiples remous depuis l’annonce de sa sélection pour la Mostra de Venise en septembre.

Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski (3g), accompagné du producteur Alain Goldman (2g), de l’acteur français Jean Dujardin (C), de l’acteur français Gregory Gadebois (3d), de l’acteur français Louis Garrel (à droite) et de l’actrice française Emmanuelle Seigner (2d) arrivent à l’avant-première de son dernier film « J’accuse » à Paris, le 4 novembre 2019. (Crédit : Thomas SAMSON / AFP)

Le film raconte l’histoire du capitaine Dreyfus, Français de confession juive accusé à tort de trahison à la fin du XIXe siècle sur fond d’antisémitisme, scandale majeur de l’histoire du pays.

Roman Polanski a dit à plusieurs reprises qu’il voyait dans cette affaire un écho à sa propre histoire, exaspérant encore davantage ses détracteurs.

Le film a ensuite connu une sortie compliquée en France en novembre, des manifestants ayant bloqué des séances et appelé à le boycotter, même s’il a attiré le public avec 1,52 million de spectateurs.

Ce sujet est d’autant plus sensible que le monde du cinéma français a été secoué en novembre par les déclarations de l’actrice Adèle Haenel, qui a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d' »attouchements » et de « harcèlement » quand elle était adolescente. Celui-ci a été mis en examen (inculpé) à la mi-janvier pour agressions sexuelles par un juge d’instruction parisien.

Adèle Haenel figure d’ailleurs parmi les nommées pour le César de la meilleure actrice pour « Portrait de la jeune fille en feu », aux côtés, entre autres, de sa partenaire dans le film Noémie Merlant, d’Eva Green dans « Proxima » ou de Karin Viard dans « Chanson douce ».

Du côté des hommes, Jean Dujardin est en lice pour son rôle dans « J’accuse », face notamment à Daniel Auteuil dans « La Belle époque » ou Vincent Cassel et Reda Kateb dans l’indispensabl »Hors normes ».

Parmi les favoris aux César, le film de Polanski est suivi par « Les Misérables » de Ladj Ly, film coup de poing sur les banlieues, et « La Belle époque » de Nicolas Bedos, avec onze nominations chacun, puis « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma, histoire d’amour interdite entre deux femmes aux destins opposés au XVIIIe siècle, avec dix nominations.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...