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Frappes de l’Iran contre ses opposants kurdes en Irak, un mort et 8 blessés

Le pouvoir iranien accuse ces groupes d'attiser les troubles en Iran, déclenchés par la mort de Mahsa Amini trois jours après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran

Drapeau kurde irakien (Crédit : Domaine public / Wikimedia)
Drapeau kurde irakien (Crédit : Domaine public / Wikimedia)

L’Iran a lancé une nouvelle série de frappes aux missiles et aux drones lundi contre des groupes d’opposition kurdes iraniens basés au Kurdistan d’Irak voisin, tuant au moins une personne et blessant huit autres, selon des responsables locaux.

Le pouvoir iranien accuse ces groupes, de longue date dans sa ligne de mire, d’attiser les troubles en Iran, confronté à des manifestations déclenchées le 16 septembre par la mort de la jeune kurde iranienne Mahsa Amini trois jours après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran.

L’Iran a confirmé des frappes contre des « groupes terroristes » basés dans la région autonome du Kurdistan d’Irak (nord), limitrophe du territoire iranien.

« Cinq missiles iraniens ont visé un bâtiment du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) », a indiqué à l’AFP Tariq al-Haidari, maire de la ville de Koysanjaq, située à l’est de Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

C’est dans cette localité que se trouvait une antenne du PDKI, farouchement opposé au pouvoir iranien.

« Il y a un mort et huit blessés. Il s’agit de Kurdes iraniens », a détaillé le ministère de la Santé de la région autonome.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont montré des panaches de fumée noire s’élever dans le ciel, après les frappes.

Au même moment, « quatre frappes de drones » ont visé des bases du Parti communiste iranien et du groupe nationaliste kurde iranien Komala dans la région de Zrgoiz, a expliqué Atta Seqzi, un chef de Komala, joint par l’AFP.

D’après lui, les militants ont été « prévenus de l’imminence des frappes » et ont évacué les installations. « Il n’y a ni mort, ni blessé. »

Un missile n’a pas explosé au moment de l’impact, mais les autres projectiles ont « endommagé » les bâtiments visés, a-t-il dit.

« Pas silencieux »

En Iran, une source militaire iranienne a confirmé des attaques avec « des missiles et des drones » contre « des sièges des partis terroristes » en Irak.

Les personnes visées étaient des « terroristes ayant activement participé aux émeutes des deux derniers mois, notamment en provoquant des incendies contre des banques et des bâtiments administratifs dans plusieurs localités » du Kurdistan iranien, a affirmé le général Mohammad-Taghi Osanlou, commandant d’une base des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran, à la télévision publique.

Les autorités iraniennes qualifient d' »émeutes » les manifestations contre la mort de Mahsa Amini qui avait été arrêtée pour avoir enfreint selon la police des mœurs le strict code vestimentaire en Iran.

Une moto du Basij, le groupe paramilitaire iranien, incendiée pendant une manifestation dénonçant la mort de Mahsa Amini, 22 ans, décédée alors qu’elle se trouvait sous la garde de la police des mœurs, à Téhéran, le 10 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Middle East Images)

Les groupes d’opposition kurdes iraniens ont dénoncé la répression sanglante de la contestation et appelé à des « manifestations pacifiques ».

L’Iran a accentué ses attaques contre ces groupes depuis le début des protestations. Fin septembre, au moins 14 personnes ont été tuées et 58 blessées, « en majorité des civils », dans des bombardements iraniens, selon les forces antiterroristes du Kurdistan d’Irak.

L’Iran, a indiqué lundi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Téhéran, ne restera « pas silencieux face aux menaces des groupes terroristes séparatistes » au Kurdistan d’Irak.

« Violation de la souveraineté » 

La mission de l’ONU en Irak a, elle, « condamné ces nouvelles attaques aux drones et missiles au Kurdistan qui violent la souveraineté de l’Irak ».

« Nous condamnons fermement la poursuite des attaques de missiles et de drones de l’Iran contre la région du Kurdistan irakien. Nous demandons à l’Iran, qui a violé de manière répétée et éhontée la souveraineté de l’Irak, de mettre fin à ces attaques », a affirmé le porte-parole du département d’Etat, Ned Price, dans un communiqué.

Le Kurdistan d’Irak, dont les autorités entretiennent des relations très tendues avec le gouvernement central de Bagdad, est aussi régulièrement le théâtre de bombardements turcs.

Dans les zones frontalières de la Turquie, Ankara vise les bases arrière du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe armé kurde turc que la Turquie et ses alliés occidentaux considèrent comme « terroriste ».

Les autorités à Bagdad sont vent debout contre ces campagnes menées par les voisins turcs et iraniens sur leur sol. Mais aucune mesure de rétorsion irakienne n’est généralement prise.

Samedi à Bagdad, le Premier ministre irakien Mohamed Chia al-Soudani a expliqué que son gouvernement devait « prendre toutes les mesures conformément aux législations internationales en vigueur ».

« Nous rejetons toute agression de n’importe quel pays, que ce soit de l’Iran ou de la Turquie. »

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