Gantz bloque la légalisation « irresponsable » des avant-postes de Netanyahu
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Gantz bloque la légalisation « irresponsable » des avant-postes de Netanyahu

Le Premier ministre aurait tenté d'ajouter la reconnaissance de six implantations illégales à l'ordre du jour du cabinet la veille de la prise de fonction de Joe Biden

L'avant-poste d'Avigayil, au sud-est de Hébron en Cisjordanie, le 21 février 2010. (Kobi Gideon / FLASH90)
L'avant-poste d'Avigayil, au sud-est de Hébron en Cisjordanie, le 21 février 2010. (Kobi Gideon / FLASH90)

Après que le gouvernement a approuvé 780 nouvelles unités de logement dans les implantations de Cisjordanie cette semaine, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenté mardi de légaliser également six avant-postes non reconnus, mais en a été empêché par le ministre de la Défense Benny Gantz.

Cette proposition a été présentée la veille de l’investiture du président américain élu Joe Biden, ce qui pourrait compliquer encore davantage le début des relations entre Jérusalem et la nouvelle administration. L’approbation de ces logements dans les implantions a reçu une large attention internationale et a été condamnée notamment par les Palestiniens, l’Union européenne et les Nations unies.

La réunion du cabinet de mardi ne devait porter que sur la crise du coronavirus et l’extension d’un confinement national, mais mardi matin, Netanyahu a tenté de mettre à l’ordre du jour une proposition qui inclurait la reconnaissance des communautés d’Avigayil, Asael, Kedem Arava, Metzoke Deragot, Ovnat (actuellement considéré comme un quartier de Mitzpeh Shalem) et Tel Tzion, qui sont considérées comme illégales selon la loi israélienne actuelle, selon les ministres du parti Kakhol lavan de Gantz.

Gantz a rapidement décidé de rayer ce point de l’ordre du jour, déclarant que « lors de la réunion du cabinet, aucune proposition diplomatiquement irresponsable ne sera soulevée à un moment aussi sensible ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le ministre de la Défense Benny Gantz dirigent une réunion hebdomadaire du cabinet, au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 7 juin 2020. (Marc Israel Sellem)

Le mois dernier, la Knesset a présenté un projet de loi controversé qui, s’il était adopté, légaliserait des dizaines d’avant-postes non reconnus. Il permettrait également de les relier officiellement aux réseaux d’électricité et d’eau.

La loi sur les avant-postes, soumise par le député d’extrême droite Bezalel Smotrich, du parti Yamina, a été adoptée en lecture préliminaire à 59-39 dans la chambre principale de la Knesset et a été envoyée à une commission avant d’être renvoyée en séance plénière pour être approuvée par trois autres votes.

Alors que la communauté internationale considère toute activité de construction d’implantations comme illégale, Israël fait la différence entre les maisons légales construites et autorisées par le ministère de la Défense sur des terres appartenant à l’État, et les avant-postes illégaux construits sans les permis nécessaires, parfois sur des terres palestiniennes privées.

Il existe quelque 120 avant-postes dans toute la Cisjordanie. La plupart de ces petites communautés ont été établies par des juifs sionistes religieux désireux d’étendre la présence israélienne en Cisjordanie tout en empêchant la création d’un futur État palestinien.

Le projet de loi de Smotrich prévoit que 65 localités illégales termineront le processus de légalisation au cours des deux prochaines années ; s’il devient loi, il officialisera immédiatement leur raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité. Selon le plan de Smotrich, certains des avant-postes seraient identifiés comme des « quartiers » d’implantations existantes, tandis que d’autres seraient enregistrés comme de nouvelles implantations.

La police des frontières se rend à l’avant-poste illégal de Shevah Haaretz près de Yitzhar pour participer à la démolition de deux bâtiments, le 24 octobre 2019. (Sraya Diamant/Flash90)

Gantz a également rejeté ce plan lorsqu’il a été proposé dans les délibérations du gouvernement avant le vote. Mais trois membres importants de sa faction Kakhol lavan ont voté en faveur du projet de loi de Smotrich – les députées Omer Yankelevitch, Pnina Tamano-Shata et Hila Shai-Vazan.

La majorité des implantations et des avant-postes sont situés sur des terres définies par l’accord d’Oslo II de 1995 comme la zone C, ce qui signifie qu’Israël est responsable des questions civiles et de sécurité dans cette zone. La zone C constitue environ 60 % de la Cisjordanie.

On estime qu’entre 200 000 et 300 000 Palestiniens vivent dans la zone C, bien qu’un recensement précis n’ait pas été effectué. Si certaines localités palestiniennes de la zone C sont reconnues par l’État, la plupart ne le sont pas, car le gouvernement militaire israélien approuve rarement leurs plans ou délivre des permis de construire.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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