Gaza: la surpopulation dans les abris pourrait favoriser la propagation du COVID
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Gaza: la surpopulation dans les abris pourrait favoriser la propagation du COVID

Les services de santé à Gaza mettent en garde contre une "3e vague encore plus cruelle" du virus ; le plus grand laboratoire a été fermé suite à une frappe israélienne à proximité

Des familles palestiniennes dont les maisons ont été endommagées par les frappes de l'aviation israélienne en réponse aux tirs de roquettes sont déplacées vers une école des Nations unies à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 mai 2021. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des familles palestiniennes dont les maisons ont été endommagées par les frappes de l'aviation israélienne en réponse aux tirs de roquettes sont déplacées vers une école des Nations unies à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 mai 2021. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Alors que des dizaines de milliers de Palestiniens cherchent à s’abriter suite aux frappes israéliennes, menées en représailles au plus de 3 800 roquettes tirées par le Hamas sur Israël, les refuges surpeuplés pourraient favoriser une nouvelle vague de la pandémie du coronavirus, ont annoncé les services de santé officiels de l’enclave côtière mercredi soir, soumis au groupe terroriste.

Les frappes aériennes israéliennes ont détruit des zones résidentielles dans les villes gazaouies et ont conduit des habitants craignant pour leur vie à rechercher d’autres zones de l’enclave. Sur une population de 2 millions d’habitants, au moins 72 000 Palestiniens ont été déplacés depuis le début du conflit avec Israël la semaine dernière, selon les Nations unies.

Environ 48 000 personnes ont trouvé refuge dans certaines des 58 écoles dirigées par l’agence onusienne controversée de l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNWRA). Cette organisation est responsable de refuges palestiniens et travaille avec un réseau de services sociaux dans la bande de Gaza.

Comme des milliers de Palestiniens de Gaza, Oum Jihad Ghabayin a quitté sa maison sans bagage, ni de masque pour se protéger contre le coronavirus. Cette mère de six enfants a quitté le nord de la bande de Gaza et a trouvé abri dans une école de l’UNRWA, l’agence onusienne d’aide aux réfugiés palestiniens.

« Depuis que nous sommes arrivés vendredi, nous ne nous sommes pas douchés une seule fois », raconte-t-elle à l’AFP. « L’eau est coupée pendant de longues heures et il y a un manque total d’hygiène ».

« Les gens sont entassés dans des salles de classes. Il y a un risque d’exposition énorme. Nous étions déjà dans une seconde vague, maintenant nous sommes inquiets d’une troisième vague encore plus cruelle qui pourrait arriver, » a déclaré le docteur Abd al-Lafi al Haj, l’un des responsables du ministère de la Santé gazaoui.

Des Palestiniens inspectent des bâtiments détruits à la suite de frappes aériennes israéliennes pendant la nuit à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, le 14 mai 2021 (Crédit : AP Photo / Khalil Hamra)

Des dizaines de milliers ont trouvé refuge chez des proches. De nombreux gazaouis vivent déjà dans des logements surpeuplés avec leur famille proche et plus éloignée.

« Nous verrons peut-être des cas où toute la maison, où tout le refuge seront exposés de manière massive, » a dit Sacha Bootsman qui dirige la branche gazaouie de l’OMS.

Bootsman a dit que l’OMS travaille à procurer aux Gazaouis des refuges individuels.

Alors qu’Israël a réussi à laisser la pandémie derrière elle grâce au succès de sa campagne vaccinale, moins de 2 % des Gazaouis ont été vaccinés.

De nombreux Gazaouis semblent avoir déjà été contaminés par le coronavirus, fait remarquer Bootsman, signifiant qu’il y a probablement déjà un certain niveau d’immunité présent dans la population.

Mais le laboratoire principal de Gaza a également arrêté de fonctionner suite à des dommages causés par des frappes aériennes israéliennes de l’autre coté de la rue du laboratoire, a annoncé lundi soir le ministre de la Santé du Hamas, Yousef Abu Rish.

L’armée israélienne a annoncé ne pas viser de cible civile et tente d’éviter au maximum les dommages dans les zones résidentielles autant que possible. Elle déplore que le Hamas place délibérément ces infrastructures militaires précisément dans ces zones civiles. Certaines roquettes perdues lancées par des groupes terroristes au sud d’Israel ont dû sans doute causer des dégâts au sein de la bande de Gaza, bien que les dégâts causés par ces roquettes soient difficilement mesurables.

La protection des infrastructures médicales et du personnel de santé est un « impératif en toutes circonstances », a insisté lundi le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Il est essentiel que les normes humanitaires internationales soient totalement respectées ».

D’après le ministère de la Santé de Gaza, 227 palestiniens dont 64 mineurs ont été tués dans le conflit ouvert entre Israël et le Hamas. 12 personnes ont été tuées par des tirs de roquettes palestiniens, dont un garçon de 5 ans et une adolescente de 16 ans.

Les médecins se battent sur deux fronts

Depuis le début des hostilités entre Israël et le groupe terroriste du Hamas lundi dernier, les médecins de Gaza se battent sur deux fronts : sauver à la fois les blessés de guerre et les malades de la Covid.

Deux jours après les frappes aériennes, le laboratoire doit encore reprendre ses opérations. Mais Bootsman affirme que même avant les bombardements, la vaccination contre le coronavirus et la campagne de test étaient pratiquement à l’arrêt en raison des violences ».

Un homme passe devant les décombres de l’immeuble résidentiel de Yazegi qui a été détruit par une frappe aérienne israélienne menée à Gaza City en représailles aux roquettes tirées par le Hamas, dimanche 16 mai 2021. (Crédit : AP Photo / Adel Hana)

« Les gens avaient simplement trop peur de sortir de chez eux », a dit Bootsman.

Avant l’escalade, les autorités de Gaza menaient en moyenne environ 1 600 tests de dépistage par jour avec un taux de positivité parmi les plus forts au monde (28 %).

Au total, plus de 105 600 personnes ont été malades et 986 sont décédées dans l’enclave palestinienne aux infrastructures défaillantes. Et sur les 122 000 doses de vaccins acheminées, plus de la moitié n’a pas été administrée, selon l’OMS.

La frappe aérienne attribuée à l’armée israélienne visait le bâtiment Faisal al-Shawa dans le quartier chic de Al-Rima dans Gaza City. Le laboratoire se situe à proximité du batiment al-Shawa, d’après les médias gazaouis.

L’armée israélienne n’a pas répondu à la demande de commentaire concernant la frappe aérienne. Un porte-parole a annoncé lundi soir qu’une enquête était menée mais « qu’au vu des nombreuses frappes ayant eu lieu, cela prenait du temps pour déterminer ce qui s’était passé ».

Les infrastructures médicales de Gaza sont sous une pression énorme en raison des restrictions sécuritaires d’Israël et de l’Egypte qui durent depuis plus de 15 ans.

Dans les hôpitaux, les unités de soins étaient déjà dépassées par le nombre de patients. Et aujourd’hui, les établissements ont dû se réorganiser. Certaines unités dédiées au coronavirus ont été fermées ou transférées ailleurs, pour pouvoir accueillir les centaines de Palestiniens blessés dans des frappes israéliennes.

Al-Haj a établi une liste de fournitures médicales qui, dit-il, n’étaient pas parvenues à Gaza plusieurs mois avant que le Hamas ne prenne le contrôle de l’enclave en 2007 : de nouvelles ambulances, des tables d’opération, et certaines ampoules de plafonniers.

« A Gaza nous parlons d’un système de santé qui n’a pas vu son équipement remplacé depuis 10 ou 15 ans », dit Al-Haj.

Al-Haj a visité le centre médical Sheba à Ramat Gan il n’y a pas longtemps et a fait part de la différence perçue dans l’équipement disponible, dit-il.

« Les civils en payent le prix. Comment est-ce possible que nous ne puissions pas prendre soin de nos concitoyens de la même manière qu’Israel peut aider ses citoyens à Barzilai, Soroka, ou Tel Hashomer (Sheba) ? », at-il dit.

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